“Les salles sont perpétuellement dans un équilibre économique fragile”. Face à ces difficultés, 30 millions d’euros seront mobilisés sur trois ans par l’IRIS, une nouvelle initiative internationale lancée lors du Sommet Lumière, le 7 septembre 2026. Portée par la France, le Maroc, la Corée du Sud, le Portugal et la Grèce, elle entend préserver la diversité des œuvres et soutenir les salles indépendantes face à la concurrence des plateformes.


À la suite du Sommet Lumière organisé en France le 7 septembre 2026, une aide d’un milliard d’euros sur 5 ans a été annoncée par Emmanuel Macron et le président sud-coréen Lee Jae Myung.
Sommet Lumière : le cinéma mondial se mobilise face à l’IA et aux nouveaux usage
Plusieurs pistes ont été évoquées : bâtir un front international pour contrer la concurrence des plateformes gratuites, renforcer la coopération entre pays, garantir le respect des droits d'auteur, reprendre la main sur le développement de l'IA, instaurer une gouvernance mondiale du cinéma et préserver la diversité des œuvres. D’après Vie Publique, le cinéma a enregistré une baisse de fréquentation de 14% en France.
Plusieurs personnalités du monde du cinéma, réalisateurs et acteurs, se sont associés à la création d’une organisation internationale de soutien au cinéma indépendant nommée IRIS (International Resilience Initiative for Independent Screens). C’est une initiative internationale inédite en partenariat avec le Maroc, la Corée du Sud, le Portugal et la Grèce, à laquelle 30 millions d’euros sont attribués. Elle a pour objectif de « soutenir les salles indépendantes, les distributeurs et les réseaux qui assurent la circulation des œuvres à travers le monde ». Cette somme d’argent sera levée sur trois ans et débutera dès 2027.

Les difficultés des salles de cinéma indépendantes
Les salles indépendantes reçoivent une aide moins importante, au niveau national ou international, en comparaison avec la production de films. À l’image du cinéma The Bioscope à Johannesburg en Afrique du Sud. « Nous, en Afrique du Sud, nous n'avons jamais réussi à obtenir le soutien du gouvernement », explique Russell Grant, cofondateur et propriétaire du cinéma The Bioscope, qui diffuse des films français le deuxième dimanche de chaque mois depuis 16 ans. « Je pense que c'est parce qu'on a toujours été dans la ville de Johannesburg, où beaucoup d'argent culturel a été investi dans les zones rurales de l'Afrique du Sud, pour aider les gens à sortir de la ville.»
Selon lui, le cinéma en Afrique du Sud rencontre quelques difficultés. « Je sais qu'avec la production des films, il y a eu une mauvaise gestion des fonds et de la corruption. Une chose qui n'a certainement pas aidé, c'est qu'en Afrique du Sud, nous avons passé une période où l'appui de l'électricité n'était pas stable.» Une aide précieuse pour continuer de voir vivre le cinéma indépendant.
« Cette annonce de 30 millions de soutiens supplémentaires pour maintenir une diversité de programmation est une très bonne nouvelle pour les salles qui sont perpétuellement dans un équilibre économique fragile », explique Laurent Bogen, attaché culturel de l’Institut Français du Chili. En France, un film sort en salle puis reste exclusif pendant une période de 4 mois avant de pouvoir être accessible sur d’autres supports comme des chaînes payantes mais aussi sur des plateformes de streaming. C’est la règle de la chronologie des médias.
Laurent Bogen précise que « Les pressions sont récurrentes pour ne plus respecter la chronologie des médias français ». C’est pourquoi, selon lui, le cinéma est fragile et pourrait être en danger dans le futur. « L'engagement des cinémas "indépendants" pour maintenir une diversité de programmation dans leurs salles doit continuer à être soutenu », poursuit-il.
Le statut des professionnels du cinéma différents selon les pays
L’IRIS est une initiative conjointe entre plusieurs pays européens. Pour Rafael Lewandowski, réalisateur, producteur et animateur d'un ciné-club consacré au cinéma français, en Pologne, cette aide permettrait de développer davantage de projets interpays. « À mon sens, il faudrait que ça stimule et encourage les partenariats, notamment des partenariats régionaux ou en Europe, de coproduction entre plusieurs pays, » déclare Rafael Lewandowski. « Je pense sincèrement que c'est à la fois la force de l'Europe et en même temps ce qui peut nous sauver dans ces temps difficiles. »
Cette aide financière de 30 millions d’euros, échelonnée sur trois ans, permettra aux cinéastes, aux producteurs ou encore aux auteurs de vivre plus sereinement de leur profession. « Je pense que le cinéma indépendant a besoin de cette aide essentielle au développement, car dans certains pays, il est très difficile de travailler pendant un an sur un scénario, par exemple, poursuit-il. Les aides à l'écriture sont très réduites. En France, les artistes bénéficient d'un système social qui est vraiment exceptionnel et rare en Europe, ce qui leur permet de tenir entre des projets. Dans le pays dans lequel je vis, en Pologne, il n'y a pas du tout ce système d'aide et donc entre deux projets, le réalisateur, l'auteur et même le producteur finalement fonctionnent sur leurs fonds propres.»
Protéger, renforcer, cultiver… pour accompagner les cinémas indépendants
Pour accompagner les cinémas indépendants, quatre axes vont être développés :
- Protéger : l’intervention auprès du cinéma en danger ou menacé grâce à des financements, des savoir-faire et un soutien international d’urgence.
- Renforcer : former des professionnels et ouvrir de nouvelles salles.
- Mettre en relation : créer du lien entre les acteurs des salles indépendantes, parfois confrontés aux mêmes difficultés.
- Cultiver : enseignement du cinéma auprès de la nouvelle génération.
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Dès 2027, l’IRIS devra réunir 10 millions d’euros par an pendant trois ans. La France contribuera à hauteur d’un million d’euros, via le ministère de la Culture et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Sa gouvernance doit être définie à l’automne 2026.
Pour les salles indépendantes, l’enjeu sera désormais de transformer cette annonce en réalité et d’obtenir les moyens de continuer à programmer, à faire circuler les œuvres mais surtout, à faire vivre des cinémas parfois fragilisés par leur modèle économique.
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