Projeté à partir du 25 septembre dans les cinémas du Royaume-Uni, Shadows of Beirut raconte le retour à Beyrouth d’une jeune femme partie depuis 25 ans. Inspiré de l’histoire personnelle de son interprète principale, Tala Calil, le film de Tina Gharavi compte également au casting l’acteur franco-marocain Assaad Bouab, connu pour son rôle de jeune millionnaire dans la série Dix pour cent. C’est un tout autre costume qu’il enfile ici, au fil d’une aventure mêlant famille, mémoire, traumatismes et démons du passé.


Dans le cadre intimiste d’un bar de l'hôtel londonien The Kensington, il y a de l’émotion dans l’air. Une vraie émotion, pas celle que l’on décrit bien trop souvent pour tenter d'apporter à une histoire une certaine dimension. Là, les sourires sont de sortie, la complicité, évidente, mais surtout prime le bonheur d’être ensemble et de se remémorer, cinq ans après le tournage du film, les souvenirs inoubliables d’une histoire familiale.
Tala Calil, Assaad Bouab, Souraya Baghdadi et la réalisatrice Tina Gharavi semblent, à travers ce long métrage, avoir écrit un chapitre de leur carrière qui les a marqués pour toujours. À quelques heures de présenter leur travail au public à l’occasion d’une avant-première, ils se sont confiés à lepetitjournal.com sur cette expérience magnifique, à la fois personnelle et collective, et touchante à bien des égards.
« Il n’y aurait pas de Lana sans Rami »
Dans Shadows of Beirut, Tala Calil incarne Lana, une jeune femme qui retourne à Beyrouth 25 ans plus tard pour retrouver son père mourant. Elle doit alors affronter une histoire familiale qu’elle avait laissée derrière elle et tenter de comprendre ce qui la lie encore à son pays d’origine. Le film s’inspire directement de l’expérience personnelle de Tala Calil, qui en est également l’une des scénaristes et productrices.
Mais pour l’actrice, difficile de dissocier le film de celles et ceux qui l’ont accompagnée. « Être ici, avec Assaad, Tina et Souraya, c’est un immense privilège ! Chacun a apporté quelque chose d’exceptionnel. » Son regard se tourne naturellement vers la réalisatrice, Tina Gharavi : « Tina a cru au projet depuis le début, c’est elle qui m’a encouragée à jouer ce rôle que je ne voulais pas interpréter au départ. »
Installé à côté de Tala, Assaad Bouab, acteur franco-marocain que l’on a notamment vu dans la série Dix pour cent, incarne ici Rami, un personnage qui va progressivement permettre à Lana de tomber le masque. « Il n’y aurait pas de Lana sans Rami, car Lana n’évolue que grâce à Rami », explique Tala. Rami lui conseille de « lâcher prise », même si lui-même est confronté à ses propres blessures.
Pour Assaad Bouab, réfléchir et travailler sur cette relation s’est avéré passionnant. Il décrit son personnage « plus extravagant que Lana », mais dont la joie apparente dissimule beaucoup de choses : « Cette face visible de l’iceberg qu’on voit de Rami, cette joie, cette légèreté, cache tout ce qu’il y a en dessous et qu’il ne veut pas trop montrer. »
Le comédien raconte aussi, avec beaucoup de pudeur, avoir cherché à accompagner Tala dans sa propre histoire : « J’étais très heureux de pouvoir être là, d’être témoin de tout ça et d’être à l’écoute de ce que Tala proposait. »
Shadows of Beirut, un film tourné durant la pandémie de Covid-19
Et si ces souvenirs suscitent autant d'émotions, c’est non seulement que l’histoire de Shadows of Beirut a énormément touché les acteurs, mais aussi que le film sort enfin, cinq ans après la fin de son tournage. Un tournage qui s’est déroulé en Bulgarie et au Liban en pleine crise du Covid-19.
Une sacrée expérience dont l’équipe garde en mémoire des scènes presque surréalistes : « On avait les masques, les tests à réaliser », se souvient Tina Gharavi. Souraya Baghdadi acquiesce : « C’était un moment suspendu dans le temps, dans un studio en Bulgarie. » Et le froid est venu s’ajouter à des conditions déjà bien particulières : « Il a neigé à Beyrouth », s’exclame Tala Calil, avant de raconter une incroyable scène tournée avec Souraya Baghdadi : « J’étais en petite tenue de karaté en coton, Souraya était en petit pyjama. Il faisait -15 degrés ». « On l’a refait quinze fois. On avait tellement froid. J’avais les quadriceps qui tremblaient », complète Souraya. « On était tétanisées. J’espère que ça ne se voit pas dans le film. »
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Une histoire de famille, même entre les acteurs
En plus de partager des moments complices sur le plateau, Tala Calil et Souraya Baghdadi possèdent un lien fort hérité du passé. En effet, Souraya Baghdadi connaissait très bien la mère de sa compère : « Souraya était l’une des meilleures amies de ma maman lorsqu’elles étaient jeunes », raconte l’interprète de Lana.
Ce qui crée cette impression que plusieurs époques se rejoignent : « Avec Tala, c’était une relation nouvelle, avec l’impression que le temps se télescopait entre 1975, au moment où j’ai connu sa maman, pendant la guerre au Liban, et l’époque actuelle », explique Souraya Baghdadi.
« On pouvait être libre de se tromper, libre de chercher, libre de proposer, de recommencer. Je n’ai jamais autant ressenti une telle bienveillance sur un tournage.»
Pour Tina Gharavi, qui a réalisé ce film, cette dimension personnelle était justement au cœur du projet. « Tala a été d’une grande aide pour réaliser ce film. C’est une histoire très personnelle pour elle. Il n’y avait qu’elle pour jouer ce personnage. » La réalisatrice présente d’ailleurs le film comme un véritable témoignage issu du réel : « C’est presque un documentaire. Un mélange entre un documentaire et une fiction. »
Dans ce sens, la confiance accordée par la réalisatrice n’est pas étrangère à cette authenticité perçue dans le film : « On pouvait être libre de se tromper, libre de chercher, libre de proposer, de recommencer. » confie Assaad Bounab. « Je n’ai jamais autant ressenti une telle bienveillance sur un tournage. »
Retourner chez soi, 25 ans plus tard
Avec le prisme familial, Shadows of Beirut aborde également la question du retour. Celui d’une femme vers une ville, une famille et une partie d’elle-même qu’elle avait laissée derrière elle. Pour Assaad Bouab, cette dimension évoque ces grands bouleversements intérieurs et la façon dont on tente de les gérer au mieux : « C’est un retour sur une terre, un pays, une famille qu’on a quittés il y a 25 ans. Ils ont changé, on a changé et on se retrouve. »
« Je pense que ce film m’a sauvé dix ans de thérapie psychologique », s’amuse Tala Calil, tout en étant sérieuse. « Ça m’a forcé à faire des choses que je n’étais pas prête à faire. »
L’actrice poursuit : « Je pense que personne ne peut vivre ce que l’on a vécu mais j’espère que tout l’amour qu’on a mis dans ce film passe à travers l’écran ». Elle espère surtout que les spectateurs se reconnaîtront, à leur manière, dans les questions posées par le film : celles de l’histoire familiale et des blessures que l’on tente de panser en écrivant au passé








































