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Julien Hémard : Le management dans le respect de la culture locale

Par SKEMA Alumni | Publié le 09/07/2019 à 10:00 | Mis à jour le 09/07/2019 à 10:30
Julien Hémard, Pernod-Ricard, expatriation

L’Asie, l’Australie, l’Angleterre, et aujourd’hui les États-Unis : Julien Hémard a eu l’occasion de vivre de nombreuses expatriations au fil de sa longue carrière chez Pernod Ricard. Durant ses 25 années au sein du groupe français, il apprend, évolue et s’adapte à différents milieux, langues et cultures. Aujourd’hui CCO (Chief Commercial Officer) au siège de New York, Julien revient sur ses expériences enrichissantes autour du monde, durant lesquelles adaptation, sens de l’entrepreneuriat et goût du challenge ont été les maîtres-mots.

 

Skema AlumniEN PARTENARIAT AVEC SKEMA ALUMNI

 

 

    

Pouvez vous nous raconter votre évolution au sein du groupe Pernod Ricard ?

Julien Hémard : Dès le début de ma carrière, j’ai souhaité travailler à l’étranger. J’ai commencé chez Pernod Ricard à l’occasion d’un VIE (Volontariat International en Entreprise), à Taïwan, où j’ai ensuite continué à travailler pendant 4 ans, avant de partir en Angleterre pendant 3 ans, puis en Chine, aux Philippines et en Australie, toujours chez Pernod Ricard. Il y a trois ans, j’ai eu l’occasion de venir travailler comme CCO pour le groupe au siège de New York, afin de gérer toute la fonction commerciale aux États-Unis.

J’avais toujours rêvé de travailler aux États-Unis, et cela m’a permis de parfaire mon expérience internationale. Et dans l’industrie des vins et spiritueux, c’est le marché le plus grand et le plus dynamique. C’était donc une opportunité très intéressante à saisir.

    

Quels sont les principaux challenges rencontrés lors de vos expatriations ?

Le plus important challenge au fil de ces expatriations était de réussir à m’adapter de façon à créer une certaine dynamique, et une culture du succès et de la performance, mais surtout de réussir à inspirer des équipes en respectant leurs habitudes et leur mode de fonctionnement.

J’essaie, à chaque nouvelle expatriation, d’écouter l’autre, et d’être très ouvert d’esprit. Lors de mon expatriation en Chine par exemple, j’ai beaucoup lu Confucius et Lao Tseu. La littérature et la philosophie m’ont beaucoup aidé à mieux comprendre les modes de pensées locaux, à être plus ouvert, et à mieux appréhender certaines réactions face à mon mode de fonctionnement, plus franco-français, cartésien et direct. J’ai appris à communiquer de manière plus efficace et impactante, car j’arrivais à adapter mon message pour qu’il soit bien reçu par mon interlocuteur.


Humainement et professionnellement, que retirez-vous de vos expériences internationales ?

    

J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir vivre toutes ces belles aventures dans ma carrière. J’en retire aujourd’hui une grande richesse intellectuelle, grâce à toutes les rencontres et les découvertes que j’ai pu faire. Cela m’a aussi beaucoup fait évoluer au niveau personnel, car le fait de changer constamment de pays demande de se réinventer un peu à chaque fois. Mon parcours m’a aussi permis de développer une grande capacité d’adaptation et d’écoute.

D’ailleurs, il y a une analogie en sport qui me vient à l’esprit : on pourrait distinguer les meilleurs joueurs d’une équipe par leur capacité à s’adapter et à s’améliorer. Ce sont un peu comme des “éponges”, contrairement à des joueurs qui croient avoir atteint leur maximum, et pensent ne plus avoir besoin d’apprendre et de s’améliorer. J’ai toujours essayé de fonctionner comme une éponge, en me remettant en question à chaque nouvelle expatriation.

J’ai aussi la chance d’avoir une famille qui me soutient et me suit partout. Ma femme et mes enfants m’ont toujours accompagné et ont su s’adapter rapidement. Eux aussi adorent voyager, découvrir de nouvelles cultures, et vivre des expatriations. Leur soutien a grandement facilité mon adaptation dans chaque nouveau pays.

Quelles sont les particularités, au niveau des valeurs et du mode de management, d’un groupe français basé à l’étranger ?

Les méthodes de management du groupe sont très ancrées dans la culture française, mais elles ont aussi beaucoup été exposées à un contexte international, où il est important de savoir s’adapter à la culture et au mode de management du pays. C’est ce qui fait la force de Pernod Ricard : nous sommes très respectueux de la culture locale, tout en essayant de mettre en place une culture qui nous est propre, avec un mode de management assez français, et des valeurs issues de la famille Ricard, à la tête du groupe. Par exemple, la société est très marquée par des valeurs telles que l’entrepreneuriat, la prise de risque, la confiance mutuelle, la convivialité, le travail en équipe et la collaboration. Nous nous efforçons d’adapter ces valeurs selon les pays et les cultures locales.

Comment Pernod Ricard a-t-il évolué aux ÉtatsUnis ces dernières années ?

Les États-Unis représentent, de loin, le plus gros marché pour Pernod Ricard. Depuis quelques années, nous nous sommes réorganisés pour cibler une croissance supérieure à la croissance du marché. Le marché américain est vraiment très dynamique, avec une croissance de 4 à 5 % chaque année. La taille du groupe aux États-Unis représente environ 20 % du chiffre d’affaires global, sachant que Pernod Ricard est présent dans presque tous les pays du monde. Le groupe est le numéro 2 des vins et spiritueux à l’échelle internationale, avec un chiffre d’affaires total qui s’élève à 9 milliards d’euros.



Les habitudes de consommation des Américains diffèrent-elles beaucoup de celles des Français ? Quelles sont les principales tendances ?

Les Américains boivent beaucoup moins de vin que les Français, et un peu plus de bière, mais ce marché n’est pas en croissance. Ce sont surtout les spiritueux qui sont en très forte croissance dans le pays. Les Américains en consomment beaucoup plus que les Français, et il y a une très forte culture du cocktail. Aux États-Unis, les marques fortes sont Jameson, le whisky irlandais, la vodka suédoise Absolut, le whisky écossais The Glenlivet, et le rhum des Caraïbes, Malibu. C’est aussi ce qui fait la force et le succès du groupe : l’entreprise s’est beaucoup diversifiée, avec un portefeuille de marques très riche, à vocation mondiale.

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ? Envisagez-vous de rester à New York ?

Sur le court terme, je suis très content à New York, j’aime beaucoup cette ville et je souhaiterais y rester encore quelque temps. Mais j’aime aussi beaucoup les nouveaux challenges. L’avantage de Pernod Ricard est, entre autres, d’être décentralisé et d’offrir à ses équipes et collaborateurs la possibilité de s’expatrier, d’être un entrepreneur et de prendre des risques.

J’ai d’ailleurs toujours rêvé d’être entrepreneur, et le fait d’arriver dans un nouveau pays me donne un peu l’impression de créer ma propre société à chaque fois. C’est un vrai challenge personnel. Donc à partir du moment où je peux garder cette dimension d’entrepreneuriat et de challenge, je pense que je serai toujours heureux.

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes qui souhaitent construire une carrière à l’étranger ?

Je pense que le plus important est de rester ouvert d’esprit face aux différences culturelles. Même si l’on a parfois du mal à comprendre les gens, leurs habitudes et leurs traditions, il faut savoir faire abstraction de ces différences et les accueillir pleinement. C’est la meilleure façon d’apprendre et de s’enrichir humainement, et c’est ce qui permet de profiter au mieux de ses expériences à l’international.

 

Propos recueillis par Soraya Ben Aziza

 

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