Mercredi 22 septembre 2021
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Vanessa Barros - « Il y a des tas de professionnalismes différents »

Par Damien Bouhours | Publié le 14/12/2020 à 17:45 | Mis à jour le 14/12/2020 à 18:54
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Avec Ne touchez pas à mon professionnalisme, Vanessa Barros s’attaque au sujet sensible des conflits interculturels dans le milieu professionnel. Comment faire du vivre ensemble, un « travailler ensemble » ? Comment apaiser les tensions qui apparaissent par incompréhension ? Comment naviguer dans une troisième culture avec vos différents interlocuteurs internationaux ? Autant de questions auxquelles Vanessa Barros apporte une réponse dans cette interview. 

 

Comment vous est venue l'idée de ce livre ? 


J’ai travaillé pendant près de 20 ans à l’international en tant que gestionnaire de grands comptes dans la publicité. J’ai été amenée à gérer des équipes multiculturelles et j’ai constaté la difficulté à gérer les différences de points de vue et de comportement dans le milieu professionnel et au-delà. J’ai également l’expérience d’élever trois garçons dont l’un avec des traits autistiques. Cela m’a ouvert à une culture très différente, elle aussi, une perception du monde où les « guitares acoustiques » deviennent des « guitares à moustique » par exemple (nous vivions alors en Asie). Ce questionnement m’a amenée à reprendre les études. Ce livre est tiré de la recherche que j’ai effectuée pendant 5 ans pour ma thèse, en interviewant plus de 200 cadres supérieurs internationaux.

 

Vous avez eu la chance d'avoir la préface d'Ouided Bouchamaoui, lauréate du Prix Nobel de la Paix. Comment s'est organisée cette collaboration ?

J’ai eu la chance de rencontrer Mme Bouchamaoui lors d’une conférence organisée par la HEIP à Paris. J’ai été frappée par son intervention, son optimisme, sa vision d’un avenir où toutes les cultures auraient leur place, où l’Afrique et sa jeunesse seraient plus centrales. J’ai bien évidemment été absolument fascinée par son histoire et comment en quelques mois elle et ses collègues du quartet ont réussi à faire accepter une constitution, à organiser des élections démocratiques et à éviter un bain de sang en Tunisie mais également dans toute la région. Je me suis présentée à la fin de la séance et lui ai envoyé mon manuscrit. Elle a accepté d’en écrire la préface à ma plus grande joie.

 

Est-ce que les tensions se créent plus facilement dans un contexte de travail à l'international ? 

La dimension internationale crée immédiatement une complexité du fait des différences de valeurs et de comportements qui s’affrontent. Bien que la population des expatriés soit devenue assez homogène et adopte souvent des techniques de management assez similaires (souvent venues de l’occident), il reste en chacun de nous des différences importantes. Les valeurs culturelles qui nous sont propres peuvent créer un désaccord avec un collègue. Ce désaccord peut violer des besoins fondamentaux en nous, soit liés à notre identité soit aux tâches que nous souhaitons accomplir. Si nous nous sentons mis en questions, nous pouvons prendre peur et en retour nous mettre en colère contre l’autre.

 

Trop souvent, nous partons du principe que notre façon d’appréhender le monde est la seule ou la meilleure.

 

Est-ce que les conflits interculturels émergent par un manque de remise en question et une mise en cause de l'"autre" ? 

Absolument ! Le titre du livre reflète ce phénomène. Trop souvent, nous partons du principe que notre façon d’appréhender le monde est la seule ou la meilleure. La notion de professionnalisme est parfois utilisée comme un alibi et cache un certain ethnocentrisme : celui de considérer que notre vision du professionnalisme est la bonne. Un bon réflexe serait de se demander, lorsque nous trouvons quelqu’un incompétent si à leur tour la personne nous perçoit comme ultra professionnel et compétent. Ce n’est probablement pas le cas. Qui sommes-nous pour juger qu’un perception de la hiérarchie différente de la nôtre n’est pas bonne, ou que notre notion du temps est la meilleure ? Il y a des tas de professionnalismes différents qui, chacun à leur manière sont aussi efficaces les que les autres.

 

L’idée est moins de trouver un compromis entre deux cultures, que de construire ensemble une troisième culture

 

Parlez-nous de la troisième culture que vous mettez en avant dans votre ouvrage ? 

Cette troisième culture est l’ensemble de normes et de valeurs qu’un groupe crée, et qui permet de respecter les valeurs de chacun tout en collaborant de manière harmonieuse. L’idée est moins de trouver un compromis entre deux cultures, que de construire ensemble une troisième culture. C’est bien beau de prôner la diversité partout. Si cette diversité n’est pas bien gérée, elle rend la collaboration au travail très compliquée. Il est essentiel d’inclure cette diversité en donnant à tous la parole et en créant un cadre qui puisse convenir et où les différentes sensibilités peuvent s’épanouir et collaborer de façon harmonieuse. Cette troisième culture est justement le sujet de l’ouvrage que je suis en train d’écrire avec un collaborateur.

 

Quel serait le principal conseil que vous donneriez à un manager qui travaille avec des équipes internationales ? 

Ne jamais partir du principe que notre vision du monde est la seule et du coup apprendre à observer plutôt qu’à interpréter. Ne pas essayer de deviner ce que l’autre va dire ou faire du fait de ses origines ou de son apparence physique. Réaliser que chaque individu a des préférences culturelles propres et au travers de l’observation de son comportement, détecter ses orientations et les gérer efficacement.

 

Ne touchez pas à mon professionnalisme est disponible à la vente ici

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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