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J. Vidor : "L’e-commerce compense les pertes de ventes en boutique"

Par Déborah Collet | Publié le 26/03/2020 à 16:30 | Mis à jour le 26/03/2020 à 16:50
e-commerce coronavirus ventes

La semaine dernière, tous les commerces "non-essentiels" fermaient leurs portes pour laisser la place au e-commerce et aux services de drive. Alors que les cours financiers mondiaux s’effondrent, qui sont les secteurs qui voient leurs ventes en ligne augmenter ? En Chine, la quarantaine a permis à l’e-commerce d’élever ses ventes de 15 %. Jonathan Vidor, président et fondateur de JVWEB, PME partenaire de Google, accompagne les e-commerçants dans le développement de leurs plateformes et examine les comportements des acteurs de ce marché. Il analyse pour nous les impacts du coronavirus sur l’e-commerce. 

 

 

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Est-ce que le confinement profite à l’e-commerce ? 

À la date d’aujourd’hui, la situation de l'e-commerce est très contrastée en fonction des domaines d’activité. Le premier grand gagnant du confinement est le secteur de l’alimentation, les services de drive ont pris le relai. Les épiceries fines et les entreprises qui livrent des ingrédients à domicile voient leurs demandes doublées. C’est le cas d’un de nos clients, Les Commis qui propose des paniers recettes accompagnés d’ingrédients de producteurs, livrés à domicile. Les supermarchés sont actuellement saturés et ils n’arrivent pas à livrer l’intégralité de leurs commandes. Les consommateurs se sont rabattus sur des sites "premium" avec pour certains d’entre eux, des abonnements et une image de marque plus qualitative. Forcément, un site qui vend des produits de producteur sera toujours plus qualitatif à l’esprit des consommateurs qu’une chaîne de supermarché comme Carrefour par exemple. 

 

La puériculture, tous les produits à destination des nourrissons triomphent de ses ventes en ligne. Par exemple, les chaussures pour bébé connaissent un pic de vente. Les parents ont peur de ne plus avoir assez de stocks et que le nouveau-né manque de quelque chose. Si vous allez mettre au monde un nouveau-né dans les mois à venir, vous pensez à acheter une poussette. Il est important pour ces familles d’acheter le nécessaire avant qu’il ne soit trop tard. 

 

Dans le secteur de la mode, on peut constater des contrastes entre la mode luxueuse et la mode premium. Les vêtements de luxe ne se vendent pas beaucoup pendant cette période de crise. En revanche, sur le secteur de la mode premium, les ventes progressent depuis samedi dernier. Le prix d’une paire de basket dans la mode premium tourne autour des 400 euros. Pour les grandes chaînes de vêtements et les vêtements "pas chers" leurs ventes sont en roue libre. 

 

Le secteur du sport est également gagnant notamment grâce aux ventes en ligne de basket.

Le secteur de la presse est en légère progression. Les Français s’abonnent à de nouveaux magazines notamment les quotidiens et les hebdomadaires. 

En tête des achats en ligne, on retrouve les jeux vidéo et les consoles. On peut constater un record de pré commandes sur Internet. 

 

 

Quels sont les secteurs qui font face à de grosses difficultés de ventes en ligne ? 

Les petites annonces sont les grands perdants en temps de confinement. Les personnes n’osent plus toucher quoi que ce soit qui a été déjà porté ou utilisé. Les ventes entre particuliers comme sur le site Leboncoin sont donc très compliquées. 

 

Les Français ont dû restreindre ou annuler leurs projets de voyage ce qui impacte gravement l’ensemble du secteur du tourisme. Les achats et le trafic sur les sites de voyage ont fortement baissé. Le secteur du tourisme reste à l’abandon puisque nous n’avons plus le droit de sortir de la maison et de voyager. Nous n’avons pas à l’esprit de réserver pour nos prochaines vacances d’été. 

 

 

Netflix, Amazon, Google voient leurs actions grimper. Est-ce que le confinement ne profite qu’aux grandes entreprises multinationales ? 

Nous pouvons observer deux types de multinationales, les multinationales numériques et celles qui ne sont pas numériques. Amazon, leader mondial de l’e-commerce, voit la demande qui lui est adressée augmenter avec la crise sanitaire. Tous nos clients e-commerçants, qui sont sur Amazon, connaissent des hausses de chiffres d’affaires importantes. 

 

À l’inverse, Google est perdant sur deux aspects, ils ont moins de clics et ils vendent moins cher leurs clics. Nous avons des annonceurs qui ont arrêté de vendre de la publicité notamment dans le secteur automobile. Pour la plupart, les entreprises n’ont plus de stock pour livrer ou pour d’autres ne se font plus livrer du tout. Résultat, il y a moins de pression publicitaire, les commerçants ne signent plus pour acheter de la publicité, de ce fait, les prix baissent. En France, le prix de la publicité a baissé de 38% depuis samedi dernier. 

 

Facebook et Instagram connaissent la même problématique, mais ils arrivent à compenser cette perte avec le nombre d’utilisateurs présents sur leurs plateformes, qui sont deux fois plus nombreux en ce moment. 

 

Sur d’autres éditeurs du numérique comme Netflix, Dropbox ou Webex, leurs services d’e-commerce connaissent une progression de ventes. Par exemple, "Zoom.us", un service de vidéo que nous utilisions entre la France et la Chine a multiplié son nombre de souscripteurs. C’est-à-dire que par semaine, ils ont 5 fois plus de personnes qui s’abonnent à leur plateforme. 

 

Les multinationales ont aussi un gros avantage, car elles sont implantées dans plusieurs pays. Ce qui leur permet de continuer leurs activités dans les pays qui ne sont pas en confinement général comme c’est le cas pour l’Angleterre. Pour une entreprise qui est basée exclusivement en France, forcément, c’est plus compliqué. Cependant, nous pouvons observer que les Français achètent moins qu’en tant normal depuis le début du confinement. 

 

Les ventes en ligne seront meilleures dans les trois semaines à venir.

 

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Toute l'équipe JVWEB

 

La bonne forme du e-commerce, n’est-elle que passagère ou va-t-elle continuer ? 

Les ventes en ligne seront meilleures dans les trois semaines à venir. Cette semaine, tout le monde a dû s’organiser, à la maison avec les enfants et pour le travail avec la mise en place du télétravail. Ce week-end, ils auront le temps de souffler et acheter sur Internet. 

 

Certains des e-commerçants n’ont pas pu être livrés, à cause de problèmes de logistique, soit par rapport aux colis soit par rapport au fait qu’ils n’ont pas été livrés. Leurs capacités de ventes ont été impactées. À partir de la semaine prochaine, ils pourront livrer et ainsi les ventes du e-commerce devraient potentiellement grimper.  

 

Les e-commerçants ont dû faire face à des clients apeurés. Certains de mes clients ont reçu des messages leur affirmant "J’ai reçu votre colis, qu’est ce qui me prouve qu’il est "safe". Pour certains, ils n’ont pas voulu récupérer et ouvrir leur colis et ils l’ont renvoyé. Les e-commerçants ont communiqué sur les gestes barrières et mis en place des mesures de précaution sanitaire pour rassurer les consommateurs. La plupart des sites d’e-commerce ont des messages de prévention et expliquent dans le détail le processus de réception et d’envoi des colis.

 

 

Est-ce que l'e-commerce est l'avenir pour les petits commerces de proximité ?

Non, je ne pense pas que l’avenir des commerces de proximité tels que les fleuristes, les épiceries, les cordonneries, les boulangeries reposent sur la vente en ligne, l’e-commerce. Les Français se renseignent d’abord sur Internet, mais ils veulent pouvoir ensuite, voir le produit et le tester. 

 

Dans le secteur de la mode féminine, nous investissons dans des campagnes publicitaires des marques comme Caroll, Jennyfer pour inviter le consommateur à consulter les sites en ligne. Nous avons à côté des points de ventes et nous savons que les femmes vont vouloir venir en boutique pour essayer le vêtement.

 

Par exemple, pour la puériculture, les parents souhaitent tester les produits avant l’achat pour ne pas prendre de risque à pour leur nourrisson. Une poussette vaut entre 700 à 800 euros environ et sert de 2 à 3 ans, ce qui oblige les parents à voir physiquement ce qu’ils vont choisir. Autant vous dire que vous n’allez pas acheter une poussette qui n’est pas facile à déplier et galérer pendant 3 ans. 

 

Les acheteurs potentiels pensent ainsi : "J’achète sur Internet et je retire en magasin" ou "Je pré-sélectionne sur internet un produit et je vais le chercher en boutique". Ils commandent sur la borne du magasin quand il n’y a plus de stock en boutique et se la font livrer à domicile. 

 

 

Comment les entreprises françaises peuvent-elles adapter leurs services ? 

Pour les entreprises françaises et de manière globale, il y a deux manières de procéder. Elles peuvent soit créer un site d’e-commerce ou adopter le modèle des places de marché, également appelé "market-place". Ce sont des sites qui proposent une offre qui n’est pas la propriété de la plateforme comme Amazon, Darty, Redoute. Quand le visiteur effectue un achat, la Marketplace e-commerce envoie au vendeur une alerte pour qu’il puisse expédier son produit. C’est donc un associé qui va vous vendre son produit et le faire livrer chez vous. L’avantage de commencer par les places de marché, c’est qu’en une semaine, vous allez pouvoir effectuer votre toute première vente. C’est un bon moyen de gagner de l’argent pendant cette période de confinement et de mettre un pied à l’étriller. Je conseille à tous les commerçants de commencer par les places de marché avant même de créer son site. 

 

 

Un de nos clients "TGL" a créé et fabriqué une société de tampons et de plaquettes signalétiques à Montpellier. Il avait sa boutique physique depuis 1966. Depuis 5 ans, il s’est mis à Internet, et ses ventes en lignes représentent, aujourd’hui, 50 % de son chiffre d’affaires. Le commerçant est passé de 3 à 6 salariés au fur et à mesure des années. Sa boutique est fermée mais il arrive à réaliser un chiffre d’affaires grâce à son site d’e-commerce. L’e-commerce permet de compenser les pertes de ventes en boutique.

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Déborah Collet

Spécialisée en communication et dans les relations médias, elle est aujourd’hui stagiaire au sein de la rédaction internationationale. EFAP Lille, École des Nouveaux Métiers de la Communication
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