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« Les prix sont trop élevés pour les Américains » : le bilan économique de Trump

Depuis le début de son mandat, Donald Trump promet une Amérique plus riche, plus forte et moins chère. Le président revendique un bilan économique spectaculaire. Pourtant, derrière ce discours, les indicateurs racontent une réalité bien plus contrastée. Que vaut vraiment le bilan économique de cette première année de mandat ?

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©Paul-Alain Hunt
Écrit par Manal Oumaline
Publié le 6 février 2026, mis à jour le 11 février 2026

 

 

Depuis son investiture, Donald Trump ne cesse de vanter un redressement économique qu’il présente comme historique. Selon lui, l’Amérique serait sortie du “désastre”  laissé par les démocrates. Derrière le discours politique, l’économie américaine reste fragile, comme le souligne Thérèse Rebière, professeure des universités en économie au Cnam, auprès de la rédaction lepetitjournal.com . Le principal décalage tient au “message global adressé à la situation économique du pays”. Elle rappelle que Donald Trump a construit sa campagne sur l’idée d’une économie “catastrophique”. Alors que, plusieurs indicateurs s’étaient redressés sous la politique de Biden, avec un chômage stabilisé et une inflation moins élevée. 

Un an plus tard, l’inflation “continue de peser sur les consommateurs” et le marché du travail “tourne au ralenti”, en partie à cause de l’attentisme des entreprises. Face à cette contradiction, l’administration privilégie une lecture sélective des chiffres, mettant en avant certains indicateurs “alignés avec le discours présidentiel”. En réalité, non seulement les prix n’ont pas baissé depuis fin 2025, mais l’inflation est aujourd'hui à 1,1 %. La croissance américaine actuelle repose principalement sur la consommation des ménages, financée en partie par l’endettement, alors que ni l’investissement productif ni l’emploi industriel ne montrent de véritable dynamique de reprise (création d’emploi, investissements durables, etc). 

 

Inflation : une pression constante pour les ménages

L’inflation a été l’un des thèmes centraux de la campagne présidentielle de 2024. Donald Trump promettait de faire baisser rapidement les prix. Un an plus tard, le constat est nuancé. Certains prix ont reculé ponctuellement, comme ceux de l’essence ou des œufs, mais cela n’est pas directement attribuées à l’action présidentielle. Selon l’experte économique, promettre de “faire baisser les prix” n’a “pas de sens d’un point de vue économique”. L’enjeu est plutôt de contenir la hausse afin de la ramener autour de la cible de 2 % fixée par la Réserve fédérale. Fin 2025, les prix restent trop élevés, surtout pour des dépenses essentielles comme l’électricité. Cette situation explique pourquoi près de 60 % des Américains désapprouvent aujourd’hui l’action du président sur l’inflation.

L’inflation qui était à 2,7%, en novembre 2025, se situe au même niveau qu’à la fin de l’année 2024. Cette situation ne s'est pas  améliorée depuis le « Liberation Day », l'annonce des droits de douanes plus élevés, imposée par Washington pour plusieurs partenaires commerciaux, telle que la Chine ou encore l’Union européenne.  

 

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Ce qui a déclenché une guerre commerciale de surenchère avec Pékin, mais aussi avec d'autres pays étrangers qui rétorque avec d'autres frais. Une guerre commerciale qui a directement affecté les prix des importations américaines, faisant chuter le déficit commercial de 31.2 milliard d'euros. La hausse des prix des importations impacte directement le prix des produits et augmente le coût de la vie des consommateurs. L'idée selon laquelle ces droits de douane seraient supportés par les pays étrangers “ne s’est pas vérifiée”. La baisse du dollar en 2025 a rendu les hausses de prix plus visibles pour les consommateurs américains.

 

Wall Street et l’IA profitent à l'économie, pas aux jeunes 

Les performances de Wall Street et les annonces d’investissements massifs, notamment dans l’intelligence artificielle sont régulièrement présentées par l’administration républicaine comme des preuves de la vitalité de l’économie. Pourtant, ces dynamiques profitent peu à l’emploi. Comme l’explique Thérèse Rebière, les investissements dans l’IA soutiennent les marchés financiers, mais leur impact sur l’emploi reste “très limité”. Les datacenters génèrent de l’activité lors de leur construction, mais “très peu une fois en exploitation”. À court terme, l’IA tend même à “détruire des emplois”, en particulier chez les jeunes les plus qualifiés.

 

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Le développement de l’IA bouleverse le marché du travail. Les jeunes entrants sont particulièrement touchés. Résultat ? Le chômage des jeunes (16-19 ans) dépasse désormais les 10 %, tandis que les emplois à temps partiel subi progressent fortement.

 

mur de Wall Street banque New York drapeau usa
©Robb Miller

 

Industrie, agriculture, énergie : les promesses déçues des secteurs

L’un des objectifs affichés de la politique tarifaire était de relancer l’industrie américaine. Or, plusieurs secteurs  dont le domaine manufacturier ont continué de perdre des emplois en 2026, avec environ 68.000 postes supprimés, selon La Tribune. Dans l’agriculture, les représailles commerciales, notamment chinoises, ont nui aux producteurs, et la politique migratoire stricte rend plus difficile l’embauche de travailleurs étrangers. Dans l’agriculture, la Chine s’est “presque exclusivement tournée vers le Brésil” pour ses importations de soja, souligne la professeure. 

Dans le secteur pétro-gazier, la baisse des prix mondiaux du pétrole limite la rentabilité des nouveaux forages. L’une des contradiction économique majeure de la campagne “Make America Great Again”, est de vouloir faire baisser le taux d’inflation des consommateurs tout en relançant la production nationale via des investissements. 

 

gens qui s'exclament devant mur affiche les fluctuations de la bourse

 

Les conséquences pour les entreprises et consommateurs Françaises 

Les entreprises françaises exportant vers les États-Unis subissent directement les effets de cette politique économique. Avec des droits de douane plus élevés, qui atteint aujourd'hui les 15%, supérieur aux frais de douanes de son voisin anglophone. Pour certaines entreprises françaises localisées aux États-Unis, la tentation de relocaliser ou de produire directement aux États-Unis s’accentue, mais implique des coûts importants et des décisions à long terme difficiles à prendre dans un climat aussi instable.

 

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Pour les consommateurs français, les effets sont moins immédiats mais bien présents. La hausse potentielle des prix de certains biens importés. Les prix des produits importés d’Europe risquent d'augmenter, ce qui complique l’achat des produits locaux français pour les expatriés installés aux États-Unis. À l’inverse, un report des productions chinoises vers l’Europe pourrait faire baisser certains prix à court terme, mais au risque de “fragiliser durablement l’industrie européenne”.

Dernier signal d’alerte : la confiance des consommateurs américains. L’indice du MIT a chuté de près de 30 % en un an. Un niveau jamais atteint depuis 2014, dépassant les chutes liées à la pandémie du COVID-19. Malgré les promesses de baisses de prix à venir, de chèques distribués aux ménages et de jours meilleurs annoncés, l’économie américaine apparaît aujourd’hui sous tension. 


 

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