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Franck Riester : « La French Tech contribue à changer la perception de la France »

Par Damien Bouhours | Publié le 07/07/2021 à 13:59 | Mis à jour le 12/07/2021 à 20:03
Photo : Franck Riester au salon Vivatech (crédit : Jonathan SARAGO)
Franck Riester

Le gouvernement vient de dévoiler un plan ambitieux pour attirer les talents internationaux de la tech. Dans cette interview exclusive, Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce Extérieur et de l’Attractivité, nous révèle les grandes lignes de ce plan et ce qui fait de la France la start-up nation européenne.

 

L’ADN de la tech, c’est l’international

 

Quelle est l’importance de la French tech dans le commerce extérieur français et plus largement son rayonnement à l’international ? 

L’ADN de la tech, c’est l’international : dans un secteur dont l’une des caractéristiques est le winner takes it all, il est indispensable que les startups puissent, dès leur création, porter et assumer une ambition globale. C’est le sens de l’action du gouvernement, à travers la Mission French Tech bien sûr mais aussi l’ensemble des conditions favorables à l’innovation dans notre pays : donner à nos entrepreneurs les moyens de devenir des leaders mondiaux : en favorisant leur accès au capital, le recrutement des talents indispensables à la croissance et en soutenant leur expansion sur les marchés étrangers. Et ça fonctionne ! Notre écosystème est aujourd’hui mature, résilient et terriblement ambitieux : nous sommes passés en quelques mois seulement de 6 à 16 licornes, et la dynamique est enclenchée pour poursuivre ce mouvement vertueux à la hausse. La French Tech contribue à changer la perception de la France à l’étranger, grâce notamment à nos Communautés French Tech dans plus de 25 pays, qui rappellent à tous qu’entrepreneur est bien un mot français.

 

Le gouvernement et les entrepreneurs français placent les valeurs, le sens, la responsabilité au cœur de leurs projets

 

Peut-on parler d’une vraie spécificité française en matière de tech ? 

Oui, et nous pouvons en être fiers. Notre modèle, c’est que la croissance n’est pas une fin en soi – et quand je dis notre, c’est un constat qui vaut autant pour le gouvernement que pour les entrepreneurs français, qui placent les valeurs, le sens, la responsabilité au cœur de leurs projets. Nous croyons que l’innovation technologique est la clef pour répondre aux grands défis contemporains : la lutte contre le réchauffement climatique (c’est le sens du French Tech Green 20 lancé en mai dernier par Cédric O et Barbara Pompili), la santé (c’est pourquoi nous investissons massivement, par le plan Innovation Santé 2030, pour le développement des biotechnologies en France) bien sûr. Nous pensons également que le numérique ne peut pas être un nouveau Far West : sur le respect de la vie privée en ligne, sur la lutte contre les contenus haineux et le cyber harcèlement, sur la taxation équitable des plateformes, sur le maintien d’une compétition saine pour nos PME, c’est la France qui a combattu, souvent en payant un prix important, pour imposer un débat international qui donne aujourd’hui des résultats probants. C’est enfin le combat pour la parité, la diversité et l’inclusion que nous menons dans notre société et particulièrement dans le champ économique qui caractérise notre écosystème. Nos startups créent des milliers d’emplois, dans tous nos territoires, et nous portons une attention importante à ce que toutes et tous puissent y avoir accès.

 

Franck Riester
(crédit : Jonathan SARAGO)

 

 

224.000 nouveaux emplois pourraient être créés d’ici 2025

 

En quoi est-il essentiel pour la France d’attirer les talents tech internationaux ? 

Parce que c’est un enjeu de croissance et d’emplois ! Jamais l’écosystème n’a été aussi dynamique – et avec ce dynamisme viennent de nouvelles opportunités. 224.000 nouveaux emplois pourraient être créés d’ici 2025 grâce aux entreprises du French Tech 120 et du Next40. Les besoins sont importants et clairement identifiés, pourtant on le sait : nos start-ups et scale-ups ont de plus en plus de mal à recruter, en particulier des profils capables de faire passer une start-up au rang de licorne. D’après le cabinet de conseil spécialisé dans le recrutement Hays, 90% des start-ups considèrent que recruter les talents adéquats est difficile. 14% d’entre elles identifient même le recrutement comme un « obstacle majeur » à leur croissance. Nous agissons donc à tous les niveaux, des Ambassades aux Préfectures, pour s’assurer que nous offrons les meilleures conditions d’expatriation et d’accueil à ceux qui souhaiteraient venir ou revenir en France.

 

Offrir aux talents étrangers des parcours simples et lisibles et aux expatriés français une information centralisée

 

Comment souhaitez-vous faciliter l’installation et l’intégration en France de ces talents internationaux ? 

Par des mesures très concrètes qui visent à agir sur toutes les étapes du parcours d’un talent désireux de venir ou revenir en France. Pour cela, nous avons mobilisé de façon inédite toutes les forces vives de l’administration et de l’écosystème pour assurer les meilleures conditions d’accueil qui soient. D’abord en renforçant l’accès aux informations disponibles, avec la création d’une plateforme unique, le Welcome to la French Tech pour offrir aux talents étrangers des parcours simples et lisibles et aux expatriés français une information centralisée, mise à jour et fiable. Ensuite, en offrant un accompagnement personnalisé à tous ceux qui souhaitent rejoindre la dynamique French Tech : un réseau de référents placés en préfecture a été nommé pour rendre les procédures plus fluides et plus compréhensibles et ce jusqu’au dernier kilomètre. Des agents dédiés chez Business France sont également à la disposition des talents pour répondre à toutes les questions relatives à l’immigration, la fiscalité, la protection sociale et ou encore à la vie quotidienne en France. Réduire la complexité administrative est aussi un enjeu, a fortiori quand on arrive de l’étranger : c’est la raison pour laquelle les demandes de « passeport talents » peuvent désormais se faire en ligne, H24, 7 jours sur 7 depuis son ordinateur sans avoir à se déplacer en préfecture. Elle s’accompagne d’une simplification des pièces à fournir et sur le principe « dites-le nous une fois ».

 

L’arrivée en France est bien souvent synonyme de perte de repères, dans un environnement culturellement et/ou professionnellement nouveau. La mobilisation de l’écosystème, aux côtés de l’Etat, était donc tout aussi déterminante pour assurer le succès de cette nouvelle stratégie. Outre la production d’un « community guide » qui rassemble des conseils pratiques et pertinents, Business France a référencé de manière inédite un ensemble de prestataires dédiés aux start-ups, spécialistes de l’installation en France ainsi que des services bancaires afin de préparer au mieux son arrivée dans tous ses aspects pratiques : ouverture d’un compte bancaire, recherche d’un logement, inscription des enfants dans un établissement bilingue..  

 

Pour s’internationaliser avec succès, nos start-ups et scale-ups françaises ont donc besoin de ces talents étrangers et français

 

Quels peuvent être les bénéfices d’un tel plan pour le développement des licornes françaises ?

Ils sont immenses ! Nous le savons : l’émergence de champions de la tech repose sur la mobilisation de talents expérimentés. C’est un constat empirique : la Silicon Valley s’est construite sur le recyclage permanent des talents des grands groupes - souvent d’anciennes startups - vers les jeunes pousses. Les licornes US d’aujourd’hui ont réussi à « scaler » grâce aux cadres expérimentés qui avaient fait leurs armes dans des entreprises bien connues comme Facebook, Google ou encore Microsoft.. Nos licornes d’aujourd’hui et de demain seront devenues des licornes car elles auront su capter les bénéfices de la conquête des marchés internationaux. Pour s’internationaliser avec succès, nos start-ups et scale-ups françaises ont donc besoin de ces talents étrangers et français pour qu’ils réinvestissent leurs compétences en France et diffusent cette culture de l’international. Les French Tech 120 réalisent plus de 40% de leur chiffre d’affaires à l’étranger. En 2025, ce sera 65%. L’enjeu est de taille : nous avons besoin de vous !

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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