Vendredi 5 mars 2021
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Chef Golf : “Le Covid-19 invite à revenir à la normalité : la nature”

Par Catherine Vanesse | Publié le 13/01/2021 à 00:00 | Mis à jour le 13/01/2021 à 01:39
Photo : Catherine Vanesse - Depuis qu'il s'est retiré hors de la ville de Paï, le restaurant du Chef Golf, le sushi hillside, attire de plus en plus de clients
Depuis qu'il s'est retiré hors de la ville de Paï, le restaurant du Chef Golf, le sushi hillside, attire de plus en plus de clients

Globe-trotter pendant une vingtaine d'années, le chef Golf est revenu en Thaïlande en 2014 pour s’installer à Paï, le Covid-19 l’a poussé à se retrancher encore plus dans les montagnes pour être plus proche de la nature. 

Surnommé Chef Golf, Ronnarong Kuson avait à peine 17 ans lorsqu’il est parti étudier pendant un an à Moscou. Une première expérience qui lui a donné le goût des voyages : Sydney, Le Caire, Nice, la Corse, Saint-Martin, Miami ou encore New York, le quadragénaire a vécu dans une dizaine de pays avant de revenir s’installer en Thaïlande il y a quelques années pour ouvrir un restaurant de sushi dans la ville de Paï. 

S’exprimant et comprenant sept ou huit langues, Chef Golf ne manque pas d’anecdotes et de philosophie sur ses expériences à travers le monde. Lepetitjournal.com l’a rencontré dans son nouveau restaurant dans les montagnes à une dizaine de kilomètres du centre-ville de Pai, le “Sushi Hill”. Après une vingtaine d’années d’expatriation et une épidémie de coronavirus, Chef Golf a choisi de revenir à ce qu’il définit comme la normalité : la nature. 

Qu’est-ce qui vous a amené à voyager autant ?

J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Chonburi, j’ai eu la chance pendant mes études d’obtenir une bourse pour étudier l’aviation à l’étranger. Vivant en Thaïlande, je rêvais de vivre dans un pays froid, et j’ai été servi puisque je suis allé à Moscou. Je suis arrivé dans cette ville en 1990 dans un pays encore en crise qui passait du communisme à une démocratie, c’était intense. Pendant mon année d’étude à Moscou, j’apprenais également le russe, cette langue est vraiment compliquée! A un moment donné, je me suis dit qu’il serait plus simple pour moi d’aller dans des pays anglophones et je suis parti pour Sydney où j’ai suivi une formation dans l’hôtellerie pendant deux ans et j’y ai ensuite travaillé pendant trois ans. 

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La vie est comme une boîte de chocolat, vous ne savez jamais ce qui peut arriver et il faut donc pouvoir saisir les opportunités quand elles se présentent. Lorsque vous demandez aux gens ce qu’ils préfèrent entre l’argent, le temps et les opportunités, 80-90% choisissent l’argent. Pour moi, ce sont les opportunités parce que c’est quelque chose que l’on ne peut pas acheter, on ne sait pas quand elles vont se présenter. Mon rêve était de voyager et quand j’ai eu la chance de le faire, je l’ai prise, j’ai pris des avions comme on prend des taxis! 

Quels sont les autres pays où vous avez vécu ?

J’ai vécu au Caire, à Miami, New York, au Japon et en France où j’ai passé un an en Corse, un an à Nice et cinq ans à Saint-Martin où j’ai ouvert mon restaurant de sushis. Malgré tout ce temps passé en France, je ne parle qu’un petit peu français, mais je comprends assez bien cette langue. En fait, en tant que chef, vous êtes le plus souvent en cuisine et la plupart des personnes que j’avais en face de moi pouvaient parler anglais ou voulaient pratiquer leur anglais avec moi. Je parle aussi le russe, l’espagnol, le japonais, je crois qu’au total, je connais 7 ou 8 langues, pas parfaitement, mais assez que pour entamer une conversation. 

Quels souvenirs gardez-vous de la France ?

Saint-Martin, c’est un paradis! J’y ai vraiment passé un bon moment. De la Corse, on dit que c’est l’île de beauté et c’est vrai. En France, il y a beaucoup de choses qui m’impressionnent, mais c’est surtout la cuisine française que je trouve fabuleuse, la manière de préparer les ingrédients, les cuissons, le service, c’est de l’art. 

Il y a un autre souvenir qui m’a profondément marqué. Lorsque j’étais à Sydney, j’ai eu l’occasion d’apercevoir la princesse Diana, elle était en visite dans la ville et à un moment donné, je l’ai vue juste en face de moi. Un an après, elle est décédée à Paris. Je me suis promis ce jour-là que si j’avais la chance d’aller à Paris, je me rendrais sur le pont de l’Alma et c’est ce que j’ai fait en 2010. 

Quand êtes-vous revenu en Thaïlande et pour quelles raisons ?

Je suis revenu en Thaïlande en 2014, j’ai senti que j’avais besoin de revenir vers l'endroit d'où je viens et j’ai découvert Paï. Je n’ai jamais vu de ville comme celle-ci dans ma vie, les habitants sont super sympas, vous êtes en sécurité comme nulle part ailleurs et puis il y a ces montagnes. 

Avec son superbe panorama, le Chef Golf estime avoir plus de clients au Sushi Hillside que lorsqu'il était situé dans le centre-ville de Paï
Avec son superbe panorama, le Chef Golf estime avoir plus de clients au Sushi Hillside que lorsqu'il était situé dans le centre-ville de Paï

Au départ, j’ai ouvert un restaurant dans le centre-ville, on pourrait croire que j’ai fermé à cause du Covid-19, mais ce n’est pas le cas, pas uniquement. Beaucoup de personnes reportent une baisse de leur activité sur le Covid-19, mais en fait, cela fait au moins trois ans que l’économie dans le nord va mal et bien sûr le Covid-19 n’a pas arrangé les affaires de beaucoup. 

J’avais acheté un terrain en dehors de la ville il y a quelques années. Avec la fermeture de mon restaurant en ville et le Covid-19, j’ai finalement décidé de m’y installer, de construire mon habitation et un sushi-bar. J’ai ouvert au mois de novembre 2020 et en fait j’ai plus de clients qu’avant! Cela m’a vraiment surpris, pour moi c’est un signe que les gens sont en recherche de nature. 

La nature serait-elle la solution pour faire face au Covid-19 selon vous ?

Exactement! J’essaye de toujours voir le positif, quand quelque chose disparaît, une autre chose arrive. En un sens, je trouve que ce virus est comme un signal d’alarme qui nous invite à se réveiller et à changer. On parle beaucoup de normalité ou de nouvelle normalité, pour moi cette normalité, c’est un retour à la nature. 

Les gens rêvent de technologies, d’argent, en face d’eux ils ne voient que des immeubles, du béton, leurs pieds ne touchent plus la terre. Il faut revenir vers une lenteur, plus de simplicité, manger plus de légumes, ce qui en fait est la normalité, mais l’homme l’a oublié. La normalité ce n’est pas atteindre des objectifs, de devenir riche, d’être une personne influente ou de faire partie de la classe dirigeante. 

Ce virus ne s’arrêtera jamais, si ce n’est pas celui-là, ce sera un autre, peu importe que vous portiez un masque ou non, la solution c’est de s’éloigner des gens, de la masse compacte des villes. Je pense que dans le futur, les gens ne vont plus autant vouloir vivre en ville. Beaucoup de mes amis de Bangkok achètent des terrains dans la région, ils souhaitent se reconvertir, se lancer dans l’agriculture, les produits organiques, etc. Pour moi, c’est un signe qu’ils n’étaient pas heureux. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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