Memories of Chiang Mai organisait dimanche soir une veillée en hommage aux victimes du tremblement de terre et en soutien aux survivants. Une soirée particulièrement émouvante à laquelle ont participé de très nombreux Birmans réfugiés ici. Seul bémol peut-être, trop peu d’entre nous sont venus les soutenir.


Bien sûr, la terre a tremblé sous nos pieds. Bangkok a paniqué. Une tour en construction s’y est effondrée, faisant son douloureux lot de victimes. On y dénombre 17 morts, 32 blessés et 83 disparus. À Chiang Mai aussi, on a ressenti les secousses. Les piscines ont débordé. Quelques pans de murs sont tombés. Des immeubles ont perdu de leur stabilité et de nombreuses familles ont été déplacées. Pour l’anecdote, j’ai même accueilli sur mon canapé-lit deux amies qui craignaient qu’une réplique mette en péril leur douzième étage qui avait déjà tremblé.
Non, bien sûr, nous n’avons pas été épargnés.
Les Birmans n’avaient pas besoin de ça
Mais que dire de nos voisins birmans. Lorsqu’on nous a annoncé 20 morts, j’ai, comme il est malheureusement habituel, imaginé un bilan dix fois plus lourd. Et voilà qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, on dénombre plus de 1.700 morts et 3.400 blessés. La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge cherchent cent millions d’euros pour venir en aide à 100.000 personnes.

Déjà privés de liberté, de nourriture et d’électricité, les Birmans n’avaient pas besoin de ça.
Et comment organiser l’aide dans un pays où la vie quotidienne normale est déjà si bouleversée ?
Convivialité et solidarité
Il y a quelques semaines, nous vous présentions Memories of Chiang Mai, ce lieu créé fin janvier pour venir en aide aux réfugiés birmans. Dimanche soir, il accueillait une soirée de solidarité avec les victimes du tremblement de terre. Au programme : dîner convivial, allumage de bougies et bien sûr récolte de dons en nature et en argent.

Ce fut d’abord convivial, alors que la nuit n’était pas encore tombée. On a mangé, on a bu et écouté de la musique, comme tous les soirs. Pour une fois, tout l’argent n’était pas destiné aux réfugiés birmans de Chiang Mai. 10% des revenus de cette soirée et des prochaines partiront vers ceux qui en ont le plus besoin, là-bas. Des urnes destinées à récolter des dons étaient réparties un peu partout. Et puis la nuit est tombée et l’ambiance a changé.
Des frissons et des larmes
Comment ne pas avoir des frissons quand des femmes et des hommes se succèdent au micro pour dire ou crier les vers de poètes birmans sur fond de guitare. On ne comprend pas les mots mais on entend la douleur et la compassion. Et le souffle en est coupé.
Comment ne pas avoir les larmes aux yeux lorsqu’en fin de soirée, comme pour célébrer un anniversaire, les lumières s’éteignent pour laisser place à des centaines de bougies, tenues par les uns et les autres ou collées à la cire sur les tables. Hélas, ce n’est pas un anniversaire qu’on célèbre mais la destruction et les disparus. Montent alors des chants qu’on ne comprend toujours pas mais qui, ainsi scandés, semblent dire la révolte et la peine.
Puis une minute de silence. Longue, très longue, au milieu de ces centaines de flammes qui n’en finissent pas de s’agiter dans la nuit chaude.
La lumière est revenue. L’heure de se dire bonsoir est arrivée. Bonsoir et à bientôt. Car, fort heureusement, pour eux et pour nous, il y aura un bientôt.