KABADDI, un jeu populaire indien qui connait aujourd’hui son heure de gloire

Par Annick Jourdaine | Publié le 18/08/2022 à 01:00 | Mis à jour le 18/08/2022 à 01:00
Des joueurs de Kabbadi près de Madurai en Inde

En ce premier jour du mois d’Aadi du calendrier tamoul (du 17 juillet au 16 août), le monde rural est à la fête. Aadi, c’est la reprise des travaux agricoles après plusieurs semaines de repos forcé pendant les grosses chaleurs. Avant de se retrouver au labeur, les paysans honorent leurs dieux, multiplient les cérémonies rituelles et sociales (comme par exemple le perçage des oreilles des jeunes enfants). 

Traditionnellement, les couples nouvellement mariés étaient séparés pendant ce mois. La femme retournait chez ses parents pour éviter la conception d’un enfant qui naitrait en avril ou mai suivants, pendant les mois les plus chauds, avec un risque de mortalité plus important pour le bébé. 

Le premier jour d’Aadi est aussi marqué par des fêtes populaires comme des tournois de kabaddi. Nous avons eu l’occasion d’en voir dans le petit village près de Madurai.

 

Une équipe de Kabbadi près de Madurai dans le Tamil Nadu

 

De minuit au lendemain soir, 132 équipes étaient réunies pour un concours en plein air suivi par des centaines de villageois venus les soutenir. 

Les équipes s’affrontaient les unes à après des autres. Les gagnants recevaient une médaille et des cadeaux : une chaise en plastique, un sommier en corde tressée (charpai). Des coupes colorées et dorées attendaient les dix meilleures équipes, en fin de tournoi. 

 

Les coupes prêtes lors d'un tournoi de Kabbadi en Inde

 

 

Qu’est-ce que le kabaddi ?

Il s’agit d’un jeu très populaire en Inde qui réunit deux équipes de sept joueurs chacune (plus cinq remplaçants) sur un petit terrain de 100 m2 environ.

Chaque équipe se déploie dans une moitié du terrain. Alternativement, elles détachent l’un de leurs membres pour aller attaquer l’adversaire dans sa zone. L’objectif pour l’attaquant est de toucher un ou plusieurs défenseurs et pour les défenseurs d’immobiliser l’attaquant avant qu’il ne rentre dans son camp. Dans les deux cas, la réussite signifie un point et l’échec une élimination temporaire d’un joueur. 

Un match se dispute en deux fois vingt minutes, pendant lesquelles se succèdent des attaques (ou raids) d’une durée maximale de trente secondes. 

Le jeu nécessite vitesse, réactivité et force pour plaquer et résister aux plaquages quand on attaque. C’est aussi un exercice tactique pour juger ou non de l’intérêt d’attaquer et ainsi prendre le risque de perdre un joueur ou de défendre pour réduire le nombre des joueurs adverses encore sur le terrain.  C’est un jeu à la fois collectif pour la défense et individuel pour l’attaque. 

Jouer au kabaddi ne réclame ni matériel, ni grande surface. Mains nues, pieds nus, pas besoin de maillots spécifiques, le raider est toujours identifié. On peut décider de réduire le nombre de participants si besoin. Les filles jouent également au kabaddi. 

 

Une équipe de Kabbadi sur le terrain à Madurai

 

Le Kabbadi a une origine ancestrale  

Selon certaines sources, le kabaddi serait d’origine tamoule. Il serait pratiqué depuis très longtemps. D’après le Mahabharata, le jeu serait né à la suite d’une bataille où un guerrier se serait distingué en pénétrant dans les défenses ennemies. 

Le nom « kabaddi » signifie retenir son souffle. Traditionnellement, le joueur d’attaque devait scander kabaddi pendant les trente secondes de son « raid » et donc ne pas respirer. Cette pratique est aujourd’hui abandonnée.

La fédération indienne a vu le jour en 1950 pour fixer des règles communes.

En Inde, le kabaddi est particulièrement populaire dans quatre états : le Tamil Nadu, l’Andhra Pradesh, le Maharashtra et le Pendjab. Le jeu a également de nombreux adeptes en Asie, de l’Iran jusqu’au Japon. 

 

Les gagnants du tournoi de Kabbadi et leur trophée une chaise en plastique
Des gagnants du tournoi de Kabbadi et leur trophée, une chaise en plastique

 

Le Kabbadi, un sport aujourd’hui en vogue

Jusqu’à récemment, le kabaddi était jugé par les urbains comme une tradition paysanne sans intérêt, pratiquée par des rustres. 

Avec le lancement en 2014 d’une ligue professionnelle, soutenue par les médias, il est devenu un sport à part entière qui soulève les foules et collecte des sommes importantes. Tous les soirs, des chaines de télévision diffusent des matchs très suivis. Chaque grande ville a son équipe, avec ses stars.

 

un arbitre de Kabbadi en pleine action

 

L’Inde, championne du monde incontestée de Kabbadi

Depuis les années 2000, plusieurs compétitions internationales sont organisées, d’abord limitées à des pays asiatiques et puis à vocation mondiale avec la participation des équipes des Etats-Unis, d’Australie, de Nouvelle Zélande, d’Angleterre, de Pologne, d’Argentine, du Kenya, du Cameroun et d’autres. 

Trois éditions de la coupe du monde ont eu lieu, la dernière en 2016 à Ahmedabad au Gujarat. A chaque fois, l’Inde a décroché la première place pour les hommes et pour les femmes. L’Iran s’est classé second pour l’équipe masculine. La Nouvelle Zélande était seconde pour les filles. 

La suprématie indienne est incontestée également lors des jeux asiatiques qui se tiennent tous les quatre ans (sept médailles d’or au total pour l’Inde, trois au Bangladesh). 

 

Les Indiens rêvent de voir inscrit le kabaddi aux jeux olympiques mais, pour l’instant, ce n’est pas d’actualité. 

 

Cela n’empêche pas nos joueurs de la campagne de Madurai de donner toute leur énergie et leur cœur pour gagner le tournoi du premier jour d’Aadi. 

En France, le Punjab Sports Club de Bobigny, en région parisienne, organise tous les ans un tournoi de kabaddi, suivi par la communauté indienne, nombreuse au rendez-vous. Le club fait venir des arbitres d’Inde pour assurer la bonne tenue de la compétition. 

 

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Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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