Édition internationale

À Phnom Penh, Visoth veut former la nouvelle génération francophone

À 36 ans, CHHOUK Visoth a fondé à Phnom Penh l’Académie Polyvalente. Son objectif : faire du français une langue d’avenir, liée à la formation professionnelle et à l’emploi.

visothvisoth
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 21 avril 2026

Dans une petite rue de Phnom Penh, à deux pas du stade olympique, l’Académie Polyvalente សាលាប៉ូលីវ៉ាឡង់   attire chaque jour plusieurs centaines d’élèves, enfants et adultes, venus apprendre la langue française. À la tête de cette école, Visoth, 36 ans, a une idée claire : « L’objectif de cette institution, c’est de garantir la durabilité de la francophonie au Cambodge et ailleurs. »

Fondée il y a quelques années, l’académie accueille aujourd’hui entre 200 et 300 élèves, du niveau débutant jusqu’au niveau C1 ou C2. L’établissement ne se limite pas à l’enseignement linguistique : il ambitionne de devenir un centre de formation professionnelle francophone. « Je veux former des enseignants de français, des traducteurs, des interprètes, des guides… bref, tous ceux qui font vivre la langue dans le monde du travail, » explique-t-il.

Pour lui, la francophonie doit se penser comme un écosystème vivant, où la langue se relie aux métiers et à l’économie. « Le français doit rester une langue utile. Si elle ne conduit pas à un emploi, elle finit par disparaître. Apprendre une langue sans débouché professionnel, c’est inutile. »

 
 
 

Une pédagogie moderne : le français assisté par la technologie

Ancien enseignant à l’Université royale et à l’Institut français du Cambodge, Visoth a conçu une méthode qu’il qualifie de « français assisté par la technologie ». « Je réalise moi-même des vidéos de cours, du niveau débutant jusqu’au niveau intermédiaire, » raconte-t-il. « Les élèves les regardent avant la séance, prennent des notes, se préparent. En classe, on pratique : expression orale, écrite, compréhension. C’est là que la langue se vit. »

Cette approche, inspirée des pédagogies actives, repose sur une préparation en amont. « Les élèves ne peuvent pas dire : “Monsieur, je n’ai pas regardé la vidéo.” C’est une obligation. La classe, c’est le lieu de la pratique, pas de la théorie. »

Les enseignants — une équipe de dix professeurs, dont six francophones natifs — se concentrent ainsi sur la mise en situation, les échanges et la culture. « Je donne la priorité à la présence de professeurs français, et surtout de professeures françaises, » sourit-il. « C’est une question d’immersion : il faut entendre le français, vivre le français. »

 

Un parcours marqué par la passion du français

Originaire de Kampong Cham, Visoth découvre le français dès le lycée, « avec une méthode qui insistait beaucoup sur la grammaire et le vocabulaire ». Mais c’est à l’université qu’il comprend la portée réelle de cette langue. « Quand j’ai commencé à lire en français, j’ai découvert un monde. L’histoire, la civilisation, les sciences humaines, l’entrepreneuriat… Le français m’a ouvert à la connaissance. »

Après une licence de français à l’Université royale, il part se former en France en 2011, avant de revenir enseigner au Cambodge. « C’est à ce moment-là que j’ai vu qu’on pouvait enseigner autrement. J’ai voulu créer ma propre méthodologie, adaptée aux réalités cambodgiennes. »

Le français, pour lui, n’est pas seulement une langue : c’est un vecteur d’émancipation intellectuelle et professionnelle. « Grâce au français, j’ai appris à penser différemment, à lire, à comprendre le monde. J’aimerais que mes élèves vivent la même expérience. »

 

Une francophonie connectée au monde du travail

L’un des objectifs majeurs de l’Académie Polyvalente est d’articuler la langue française avec le marché de l’emploi. « Il ne suffit plus d’apprendre le français pour le français. Il faut former des francophones capables d’agir dans le monde professionnel, » insiste Ratanak.

L’établissement prépare déjà ses élèves aux examens du DELF et du DALF, et s’apprête à développer des modules pour le Diplôme de français professionnel (DFP). « Nous avons le français du tourisme, le français médical, le français des affaires. Il faut que chaque élève trouve sa voie selon son domaine. »

Cette approche séduit un public varié : « Nous accueillons des élèves de six à quatorze ans, mais aussi des adultes. Certains veulent partir étudier en France, d’autres travaillent déjà dans des entreprises où le français est un atout. »

 

academie polivalente

 

Le français, langue d’avenir ?

Interrogé sur l’avenir de la francophonie au Cambodge, Visoth reste optimiste mais lucide. « La francophonie, c’est un concept large. Son avenir dépend de ce que nous en faisons ici. Tant qu’il y aura des offres de formation, des activités culturelles, économiques et diplomatiques en français, la langue restera vivante. »


 

Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.

Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.

Retrouvez les témoignages déjà publiés de en suivant ce lien :

Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie

bonnes lectures

Raphael Ferry
Publié le 21 avril 2026, mis à jour le 21 avril 2026
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