Édition internationale

Comment limiter le nombre de voitures dans Phnom Penh ?

À Phnom Penh, les trottoirs sont envahis et le stationnement manque. Une autre approche, inspirée du Japon, pourrait mieux réguler les véhicules sans pénaliser les habitants.

Comment limiter le nombre de voitures dans Phnom Penh ? Comment limiter le nombre de voitures dans Phnom Penh ?
Bd HUN Sen photo Cambodianess
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 28 juin 2026

Opinion

Quiconque a déjà tenté de marcher dans Phnom Penh le sait : rester sur les trottoirs relève du défi. Dans les rues résidentielles comme sur les grands axes commerciaux ou les boulevards, les voitures stationnées bloquent le passage, obligeant les piétons à contourner les obstacles.

Les promoteurs privés et la municipalité ont tenté d’atténuer le problème en construisant davantage d’espaces de stationnement. Pourtant, malgré ces efforts, l’offre reste insuffisante. La ville compte actuellement moins de 0,98 kilomètre carré de stationnement enregistré. Selon les estimations, la surface nécessaire pour accueillir l’ensemble des véhicules privés atteindrait 22,8 kilomètres carrés, soit environ la taille du district de Russey Keo.

Une dépendance croissante aux véhicules privés

Le manque de places de stationnement risque de s’aggraver avec la hausse continue du nombre de véhicules. Ajouter davantage de parkings peut sembler logique, mais cette solution ne répond pas réellement au problème. Un excès de stationnement peut même générer d’autres difficultés.

Avec environ une voiture et quatre motos par foyer, il serait plus pertinent de mieux encadrer le nombre de véhicules privés afin de réduire congestion, pollution et risques routiers.

Plusieurs pistes existent : réviser la taxe annuelle en fonction du poids des véhicules pour limiter les modèles lourds, instaurer un péage urbain dans les zones centrales, améliorer les transports publics, repenser l’aménagement des rues ou encore ajuster la planification urbaine. Toutefois, ces mesures ne suffisent pas à elles seules.

Réguler directement le nombre de véhicules

Une autre option consiste à encadrer directement le nombre de véhicules privés. Plusieurs grandes villes ont déjà mis en place ce type de politique, avec des approches variées.

Dans les métropoles chinoises, où congestion et pollution sont critiques, l’achat d’un véhicule est conditionné à l’obtention d’un permis. À Pékin, les candidats participent à une loterie, souvent associée à de longues attentes. À Shanghai, un système d’enchères pour les plaques d’immatriculation limite leur nombre, mais engendre des coûts élevés.

Singapour adopte un modèle encore plus strict avec le « Certificate of Entitlement » (COE). Les acheteurs doivent enchérir pour obtenir un permis de dix ans. Ce dispositif limite efficacement la croissance du parc automobile et génère des revenus publics.

Cependant, ces politiques soulèvent des critiques : elles augmentent le coût d’accès à la voiture et favorisent les ménages les plus aisés.

 

Comment limiter le nombre de voitures dans Phnom Penh ?

Impossible d’emprunter le trottoir pour aller à l’Institut Français

 

Une solution inspirée du Japon

Le contexte cambodgien ne justifie pas des mesures aussi restrictives. Le Japon propose une approche plus souple, fondée sur la preuve de stationnement, appelée « shako shomeisho ».

Ce système repose sur un principe simple : pour posséder une voiture, il faut prouver que l’on dispose d’un espace de stationnement. Ainsi, la contrainte principale n’est pas financière, mais liée à l’espace disponible.

Cette méthode cible particulièrement les zones urbaines denses, où le stationnement est rare et coûteux. Elle limite naturellement la possession de véhicules là où leur impact est le plus problématique.

Selon cette logique, les habitants des villes dépendent davantage des transports publics, tandis que les zones rurales, où l’espace est abondant, ne sont pas pénalisées.

Mise en œuvre au Cambodge

L’application d’un tel système au Cambodge nécessiterait une coordination étroite entre plusieurs ministères.

Les acheteurs devraient d’abord faire valider la disponibilité d’un espace de stationnement auprès du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de la Construction. Cela impliquerait la soumission d’un plan du logement ou d’un contrat de location de parking.

Les autorités pourraient vérifier ces informations et s’assurer que l’emplacement se situe à moins de 400 mètres du domicile. Une fois validé, un certificat permettrait d’acheter et d’immatriculer le véhicule auprès du ministère des Travaux publics et des Transports.

Le certificat serait lié à l’adresse du propriétaire, et non au véhicule lui-même. Tout changement de résidence ou de parking nécessiterait une mise à jour.

Un projet pilote pourrait être lancé à Phnom Penh avant une extension progressive vers d’autres villes. Le système pourrait également s’appuyer sur la plateforme numérique verify.gov.kh afin de faciliter les démarches.

Limites et enjeux

Certains pourraient contourner le dispositif en enregistrant leur véhicule dans des zones périphériques tout en l’utilisant en ville. Cette limite existe déjà au Japon.

Toutefois, selon les urbanistes, même ces contournements contribuent à réduire le nombre global de véhicules en circulation, ce qui reste l’objectif principal.

Vers des villes plus vivables

Les villes cambodgiennes deviennent de plus en plus dépendantes de la voiture, avec des conséquences visibles sur la qualité de vie.

Des politiques de régulation ont montré leur efficacité ailleurs, mais leur adaptation doit tenir compte du contexte local. Un système basé sur la disponibilité réelle du stationnement pourrait offrir une solution plus équitable et pragmatique.

Mieux maîtriser la croissance des véhicules privés apparaît comme une condition essentielle pour rendre les villes cambodgiennes plus agréables et centrées sur les habitants.

 


Aronsakda Ses

Aronsakda Ses est chercheuse au Future Forum. Cet article a été rédigé dans le cadre du programme « Inclusive Policy Fellowship » du Future Forum, une initiative soutenue par le gouvernement australien par l’intermédiaire du programme « Ponlok Chomnes II : Données et dialogue pour le développement au Cambodge » de la Fondation Asie.

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos