Édition internationale

À Pursat, Cambodge, le biochar change la donne agricole

À Pursat, un projet soutenu par la République tchèque et le PNUD aide des agriculteurs à produire du biochar. Moins d’engrais chimiques, des rendements en hausse et une nouvelle filière locale.

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Photo UNPD
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 20 février 2026

Le 18 février 2026, à Pursat, partenaires institutionnels et agriculteurs se sont réunis pour la clôture du projet V-BIOCHAR, mis en œuvre pendant douze mois par ADRA Cambodia.

L’ambition était concrète : réduire la dépendance du Cambodge aux engrais chimiques importés — plus de 1,4 million de tonnes chaque année — tout en valorisant des déchets agricoles souvent brûlés ou abandonnés, comme les balles de riz, les épis de maïs ou les coques de noix de coco.

Ces résidus sont transformés par pyrolyse, un procédé de décomposition thermique sans oxygène, en biochar : un charbon végétal poreux, riche en carbone. Incorporé au sol, il agit comme une éponge durable, capable de retenir l’eau et les nutriments.

Pourquoi le biochar intéresse les agriculteurs

Utilisé comme amendement, le biochar améliore la structure des sols, en particulier lorsqu’ils sont sableux ou appauvris. Il augmente la capacité d’échange cationique — un indicateur clé de la fertilité — et favorise l’activité microbienne.

Associé au vermicompost, il permet :

  • une meilleure rétention d’eau, précieuse en période de sécheresse ;
  • une diminution des pertes de nutriments ;
  • une amélioration progressive et durable de la fertilité ;
  • une séquestration du carbone dans le sol pour des décennies, voire des siècles.

Le biochar peut également être utilisé comme litière animale pour limiter les odeurs ou, après activation, pour la filtration. Son efficacité dépend toutefois des conditions de production et de la nature des sols.

Dans un contexte de changement climatique et de volatilité des prix des intrants agricoles, cette solution apparaît pour de nombreux producteurs comme une alternative pragmatique.

 

À Pursat, Cambodge, le biochar change la donne agricole

 

Des résultats concrets dans les districts ruraux

Le projet a privilégié des démonstrations conduites par les agriculteurs eux-mêmes, avec des technologies à faible coût fabriquées à partir de matériaux locaux. Les femmes et les jeunes ont été particulièrement ciblés.

Dix sites de démonstration ont été installés dans les districts de Kandieng et de Phnom Kravanh. Ils ont permis de produire 6,4 tonnes de biochar, destinées à la vente et à un usage direct dans les exploitations.

Les essais menés auprès de huit producteurs de légumes ont montré :

  • une réduction de 74 % des coûts liés aux engrais chimiques ;
  • une augmentation de 24 % des rendements ;
  • une hausse de 35 % des revenus.

Douze responsables d’activités économiques ont été accompagnés, aboutissant à la production de 16,8 tonnes de biochar. Au total, 205 agriculteurs et trois lycées publics ont participé activement à la production et à l’application du mélange V-Biochar (vermicompost-biochar).

Une coopération internationale structurante

L’initiative s’inscrit dans un partenariat entre la République tchèque et le Programme des Nations Unies pour le développement, avec un financement du ministère tchèque des Affaires étrangères et une expertise scientifique de l’Université tchèque des sciences de la vie de Prague.

L’ambassadrice tchèque au Cambodge, Markéta Kolc Hájková, a souligné :
« Nous sommes fiers d’apporter le savoir-faire tchèque au Cambodge et de soutenir le développement d’activités économiques locales. »

De son côté, Enrico Gaveglia, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement au Cambodge, a déclaré :
« Le projet a démontré la valeur de la transformation des déchets agricoles en source de revenus. Le transfert de connaissances et de technologies est essentiel pour accompagner la transition vers une économie circulaire et générer des bénéfices économiques à long terme tout en préservant les écosystèmes. »

Une filière appelée à s’étendre ?

Au terme du projet, près de vingt agriculteurs maîtrisent désormais les techniques d’amélioration des sols par le biochar. Ils accompagnent plus de quarante groupes de producteurs, tandis que douze jeunes entrepreneurs développent des activités locales autour de cette production.

 

À Pursat, Cambodge, le biochar change la donne agricole

Huit fours de démonstration restent en place dans deux districts, servant de laboratoires vivants pour comparer les modèles techniques et diffuser les bonnes pratiques.

À l’heure où les coûts des intrants pèsent lourdement sur les petits exploitants et où la question de la résilience climatique devient centrale, le biochar pourrait constituer, à l’échelle locale, un levier supplémentaire pour stabiliser les revenus agricoles tout en améliorant durablement les sols.

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