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Lok Yeay Mao, la gardienne des côtes cambodgiennes

Figure majeure du patrimoine populaire camdogien, Lok Yeay Mao protège les côtes du Sud. Guerrière ou esprit vengeur, son culte reste profondément vivant aujourd’hui.

Lok Yeay Mao, la gardienne des côtes cambodgiennesLok Yeay Mao, la gardienne des côtes cambodgiennes
Photo : Raphaël Ferry
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 25 février 2026, mis à jour le 1 mars 2026

Les fantômes et les esprits peuplent encore le Cambodge contemporain. Loin de relever du simple folklore, ces entités demeurent vivaces dans l’imaginaire collectif.

Il ne faudra donc pas s’étonner si, au détour d’un chemin, vous découvrez quelques offrandes déposées au pied d’un arbre, des bâtons d’encens se consumant sur le bord d’un trottoir, ou encore des Cambodgiens présentant des présents à des statues majestueuses qui ponctuent le pays.

Parmi les esprits importants du royaume, il en est une que vous avez peut-être croisée en vous rendant vers le littoral : il s’agit de Lok Yeay Mao (លោកយាយម៉ាវ).

Lok Yeay Mao est la protectrice des provinces de Kampot, Kep et Sihanoukville. Elle veille avec ferveur sur les voyageurs, les pêcheurs et les chasseurs. On lui rend hommage sur les routes sinueuses menant aux sommets brumeux de Bokor. Plusieurs récits relatent son épopée ; à vous de choisir celui qui vous semble le plus convaincant.

La commandante invincible contre les Siamois

Dans la légende principale, Lok Yeay Mao succéda au commandant Kry dans le sud-ouest khmer, couvrant Koh Kong, Kampot, Kep et Sihanoukville. Jeune femme à la peau mate, célibataire, nommée vice-commandante, elle prit les rênes après la mort de Kry au combat. Le roi khmer l’éleva alors au rang de commandante suprême : elle rassembla une armée imposante, frappa par terre et par mer et reprit Koh Kong aux Siamois. Sa magie fulgurante invoqua des légions d’herbes ou de feuilles de tamarinier qui semèrent la terreur, privant l’ennemi de sa combativité. Après sa mort, ses soldats invoquèrent son âme avant les batailles, pour gagner en force et en invincibilité ; son pouvoir mystique imprégnerait encore les côtes, protégeant pêcheurs et voyageurs fervents.

 

Lauk yey mao

Lok Yeay Mao dans la pagode de Riem  Province de Preah Sihanouk 

 

Vengeresse impitoyable des trahisons

D’autres récits la dépeignent comme l’épouse de Ta Krohom-Koh (តាក្រហមកុះ), abandonnée puis dévorée par un tigre près de Pech Nil (ភ្នំពេជ្រនិល) : son esprit furieux châtierait les négligents par d’atroces douleurs, guérirait les repentants mais tuerait les obstinés. En 1866, selon Seik Sopat et Sadang Tuo, elle hanterait Pech Nil, exauçant des vœux malveillants contre les ennemis tout en punissant les voyageurs impies. Une variante plus sanglante la montre tranchant le sexe des maris infidèles avant de devenir nonne, apaisant son courroux par d’abondantes offrandes phalliques.

En 1940, lors de l’occupation japonaise, son site à Kampot aurait été profané : des épidémies ravagèrent les ouvriers. Les calamités attribuées à sa fureur divine furent finalement apaisées par des rituels.

Culte passionné et sanctuaires vivants

Sur la Route nationale 4, les conducteurs s’arrêtent encore à son sanctuaire près de Phnom Pech Nil (ភ្នំពេជ្រនិល) pour laver leur véhicule dans les eaux sacrées et invoquer fertilité, chance et sécurité. Sur le mont Bokor, sa statue colossale de 29 mètres, inaugurée en 2012, domine le paysage et surplombe Kep ainsi que la mer. À Kep, la « Belle Dame » guetterait son mari perdu à l’ouest, légende que chuchotent les pêcheurs.

Ces récits enflammés, forgés dans l’animisme populaire, animent le folklore côtier de Kep à Sihanoukville, où sa présence vigilante unit passé mythique et dévotion contemporaine.

 

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