Depuis une dizaine d’années, une équipe de chirurgiens orthopédistes français se rend chaque année à l’hôpital public de Kampong Cham pour une mission bien particulière : opérer, mais surtout former. Derrière cette initiative, l’association ARKOUN, officiellement créée en 2023, poursuit un double objectif : permettre l’accès à des soins essentiels et transmettre un savoir-faire durable aux praticiens cambodgiens.


Une mission centrée sur la prothèse de hanche
« Nous sommes une association à visée humanitaire qui intervient à l’hôpital public de Kampong Cham, où nous réalisons des chirurgies de la hanche, notamment des prothèses », explique le docteur Cédric Bouquet, président de l’association, chirurgien orthopédiste à La Rochelle.
L’équipe, pour cette campagne, est composée autour du président; des chirurgiens Bertrand Millet-Barbé, Julien Nebout et Paul Brossard, qui partagent une histoire commune : tous sont issus de la même formation hospitalière en France. À leurs côtés, un logisticien, professionnel du matériel médical, Eric Piou, assure l’organisation et l’acheminement des équipements.

De Gauche à Droite : Paul Brossard, Eric Piou, Cédric Bouquet, Julien Nebout et Bertrand Millet-Barbé
Former plutôt qu’opérer
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les chirurgiens français ne viennent pas principalement pour opérer. « Nous ne sommes pas là pour faire à leur place, mais pour enseigner », insiste le docteur Bouquet. « L’objectif est de former les chirurgiens locaux afin qu’ils deviennent autonomes. »
Un objectif déjà partiellement atteint grâce aux campagnes précédentes : deux praticiens cambodgiens sont aujourd’hui capables de réaliser seuls des prothèses de hanche, dont le docteur Tem Ponlok, désormais autonome.
Les chirurgiens français interviennent toutefois directement sur les cas les plus complexes, souvent bien plus avancés que ceux rencontrés en Europe.

Les chirurgiens français interviennent toutefois directement sur les cas les plus complexes
Des pathologies spécifiques au contexte cambodgien
Les équipes sont confrontées à des situations médicales rarement observées en France. « Nous voyons beaucoup de nécroses de la tête du fémur liées à une prise prolongée de corticoïdes », expliquent-ils. « Les patients, faute de suivi médical, utilisent ces médicaments pour continuer à travailler, mais cela entraîne des complications graves après quelques années. »
À cela s’ajoutent de nombreuses fractures non traitées, notamment chez des patients n’ayant pas accès aux soins spécialisés.« En France, une fracture du col du fémur est opérée en 48 heures. Ici, certains patients vivent avec pendant des années. »
« Cette semaine, nous avons opéré un patient de 16 ans. En France, c’est inconcevable », souligne l’un des médecins.
Redonner une autonomie perdue
Au-delà de l’acte chirurgical, l’impact est avant tout humain. « Nous redonnons une autonomie à des personnes qui ne pouvaient plus marcher », expliquent les médecins. « Certains patients ont 30 ou 35 ans et ont dû arrêter de travailler à cause de leur handicap. »
En une semaine, l’équipe réalise jusqu’à une quinzaine d’opérations, transformant durablement la vie de ces patients.

Un patient sous anesthésie local sourit au photographe
Une collaboration étroite avec les équipes locales
La mission repose sur une coopération étroite avec l’hôpital de Kampong Cham, dirigé par le professeur Yin Sinath, lui-même chirurgien orthopédiste.
Les patients sont identifiés en amont par les équipes locales, puis les cas sont transmis aux médecins français pour une présélection. « Le recrutement se fait localement, parfois via des annonces radio. Les chirurgiens cambodgiens font ensuite un premier tri, et nous validons les dossiers avant notre arrivée. »
Sur place, les conditions opératoires sont satisfaisantes. « Le bloc opératoire est aux normes, les infirmières et anesthésistes sont très compétents », soulignent-ils. « Le principal enjeu reste le manque de matériel et de pratique. »
Un projet qui repose sur des moyens limités
Car la particularité de cette mission tient à son autonomie logistique : les implants nécessaires aux opérations — tiges, têtes et cotyles — sont acheminés depuis la France grâce à la générosité d’ATF (Advanced Technical Fabrication), concepteur et fabricant français spécialisé dans les implants orthopédiques, notamment pour la hanche. « Nous devons venir avec un stock complet, car nous ne savons pas à l’avance quelles tailles seront nécessaires », précise l’équipe.
Le financement constitue l’un des principaux défis de l’association.
« Une mission représente environ 20 000 euros, hors matériel », précise l’équipe. Les coûts incluent principalement les billets d’avion, l’hébergement et l’achat d’équipements.
Une partie des ressources provient de dons de laboratoires, qui fournissent implants et soutien financier. L’association bénéficie également de financements, notamment auprès d’organisations comme le Rotary ou d’institutions françaises.
Depuis peu, ARKOUN est reconnue d’intérêt général en France, permettant aux donateurs de bénéficier d’avantages fiscaux.
Vers un développement au-delà de Kampong Cham
Forte de ses résultats, l’association envisage désormais d’étendre ses actions à d’autres régions du Cambodge.
Des contacts ont été établis, notamment avec le professeur Chhem Kieth Rethy, ouvrant la voie à de potentielles nouvelles collaborations.
Mais les obstacles restent importants. « Il ne suffit pas de vouloir intervenir. Il faut s’assurer que les hôpitaux disposent d’un minimum d’équipement pour que les missions aient un impact durable », rappellent-ils.
Une aventure humaine avant tout
Si les médecins s’engagent bénévolement, sur leur temps personnel, leur motivation dépasse largement le cadre professionnel. « Une fois qu’on a découvert le Cambodge et la gentillesse des Cambodgiens, on revient pour eux », confie Eric Piou.
Au-delà des opérations, les membres de l’association mènent également des actions ponctuelles, notamment auprès des enfants, en distribuant des fournitures scolaires et de petits cadeaux.

Auprès d'une école locale
Une manière de prolonger, à leur échelle, une mission profondément humaine.
Pour joindre Arkoun : Instagram
Par Mail
Un Grand merci à Grégory Herpe pour ses photos et pour avoir permis cette belle rencontre
*Pr CHHEM est ministre d’État et président du Conseil économique, social et culturel du Cambodge
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