À Sihanoukville, l’ONG Enfants de Klang Leu accompagne des familles confrontées à une précarité extrême et agit pour offrir aux enfants un avenir différent.


Il y a des endroits que nous ne voyons jamais depuis les grandes routes. Des ruelles que nous ne traversons pas par hasard. Des maisons que nous ne remarquons pas, ou que nous préférons ne pas regarder trop longtemps.
Depuis Phnom Penh, le Cambodge donne parfois l’image d’un pays en pleine transformation : routes nouvelles, immeubles modernes, investissements, chantiers, quartiers en expansion. Mais loin de cette réalité de la capitale, à Sihanoukville, ville longtemps présentée comme un symbole de développement et de potentiel économique, les contrastes sont brutaux. Dans certains quartiers, une autre histoire continue de s’écrire. Plus discrète. Plus dure. Presque invisible.
Klang Leu est l’un de ces quartiers.
Au nord de Sihanoukville, derrière les axes principaux, des familles vivent dans une précarité extrême. Depuis près de vingt ans, l’ONG franco-cambodgienne Enfants de Klang Leu (EKL) accompagne les familles les plus vulnérables de ce quartier. Chaque jour, EKL accueille 60 enfants dans son Centre et soutient environ 300 membres de leurs familles.
Nous avons recueilli les paroles de personnes confrontées, chacune à sa manière, à cette réalité invisible de Sihanoukville.
Première visite à Klang Leu, à Sihanoukville : regards et ressentis
Parmi les nombreux témoignages que nous avons recueillis, nous vous en livrons deux :
« Ce qui m’a frappé, d’abord, c’est le contraste.
J’arrivais au Cambodge avec en tête l’image d’un pays qui se développe, d’une capitale qui change vite, de Phnom Penh qui s’étend et se modernise. Et puis, en arrivant à Sihanoukville, j’ai ressenti autre chose. Une ville immense dans son potentiel, mais marquée par un développement brutal, inachevé, parfois abandonné. Une ville où l’on sent que beaucoup a été promis, mais que tout le monde n’a pas été emporté dans cet essor.
Et puis il y a Klang Leu.
Une rue parallèle à la nationale 4, derrière l’école publique. Les maisons de tôle s’enchaînent, collées les unes contre les autres. Rouillées. Tordues. Rafistolées encore et encore. En face, une ruelle rocailleuse où se déversent les eaux usées et les déchets. Les déchets partout : dans les canalisations, devant les portes, sous les pieds, autour des maisons. Une odeur que je n’oublierai pas.
Pas d’eau courante. Un seul puits partagé entre plusieurs familles. Et quand j’ai vu les déchets accumulés autour, j’ai préféré ne pas trop réfléchir à l’état de l’eau.
Mon épouse m’explique alors que trois enfants du Centre EKL vivent dans l’une de ces maisons. À l’intérieur, il fait noir. Ils me disent qu’ils ont l’électricité. J’imagine la chaleur écrasante pendant la saison sèche, le bruit de la pluie sur la tôle pendant la saison des pluies, les devoirs à faire dans l’obscurité, les nuits dans cette chaleur.
Je n’ai pas pleuré. Mais ma gorge s’est serrée très fort.
Parce qu’à ce moment-là, le contraste devient impossible à oublier : celui d’un pays qui avance, d’une capitale qui se transforme, et de familles qui, ici, vivent encore dans des conditions que l’on ne devrait plus accepter pour aucun enfant. »
Marc VDW., fidèle soutien d’EKL

Klang Leu, un enfant traverse seul une ruelle du quartier.
« D’abord, cette espèce de forêt entre le Centre et la nationale. Pas vraiment une forêt, d’ailleurs. Plutôt un terrain abandonné où des familles ont fini par s’installer parce qu’il n’y avait simplement nulle part ailleurs où aller.
Dans une maison abandonnée vit une des petites filles du Centre. Sa « maison » : une bâche tendue sur une carcasse de béton. Pour dormir : un hamac. Une douche bricolée avec trois planches. Des toilettes de fortune, partagées par l’ensemble des familles du « compound ».
Mon cerveau essaie encore de comprendre que des enfants que je vois rire tous les jours au Centre rentrent ici le soir. Qu’ils y dorment. Qu’ils y mangent. Qu’ils y font leurs devoirs. Qu’ils grandissent entre deux mondes : celui du Centre, où ils retrouvent un cadre, des repas, des soins, des activités, des adultes qui veillent sur eux ; et celui de leur maison, où la précarité reprend toute la place dès la fin de la journée. »
Roda O., volontaire depuis plus de deux ans auprès d’EKL
EKL au Cambodge : un modèle pour transformer durablement Klang Leu ?
L’équipe d’EKL agit à deux niveaux : répondre à l’urgence et construire l’avenir.
À long terme, les équipes locales, appuyées par les volontaires, misent sur l’éducation. Car c’est elle qui permettra aux enfants, un jour, d’accéder à un métier digne, à une autonomie réelle, à une vie davantage choisie que subie.
Mais avant d’en arriver là, il faut tenir.
À court terme, l’équipe sociale répond d’abord aux besoins les plus essentiels : manger, se laver, être soigné, dormir dans un lieu un peu plus sûr, aller à l’école et ne pas décrocher.
Chaque jour, EKL permet aux enfants du Centre de recevoir un à deux repas chauds et équilibrés. Le Centre leur donne également accès à l’eau, aux sanitaires, aux douches, au brossage des dents, à des routines d’hygiène et à un cadre stable.
Pour les familles sans toit décent, EKL tente, lorsque c’est possible, de les reloger. Lorsque ce n’est pas possible, l’association répare, consolide ou améliore les habitations dans la limite de ses moyens.
Derrière ces actions concrètes, il y a une conviction simple : aucun enfant ne peut apprendre, grandir et se projeter dans l’avenir s’il vit dans l’insécurité permanente.

une famille abrite sa vie sous une bâche, entre les murs d'une maison en ruine
Il est aussi une dépense que nous ne pouvons pas éviter : la santé.
Dans un environnement aussi précaire, les maladies sont fréquentes. Une toux peut devenir une infection respiratoire sévère, un mal de ventre en diphtérie, une blessure en tétanos. Une plaie mal soignée peut s’infecter gravement. Une carie non traitée peut provoquer des douleurs, des absences scolaires, des complications. Une maladie évitable peut devenir dangereuse faute de prévention, de vaccination ou de soins rapides.
Alors EKL agit avant qu’il ne soit trop tard.
L’association mise sur la prévention : alimentation saine, hygiène, soins dentaires, vaccination, suivi médical et sensibilisation permanente.
L’urgence d’EKL à Klang Leu : ce qui peut changer la donne
Face à cette réalité et alors que la saison des pluies bat son plein, EKL lance un appel à la solidarité.
Pour 2026, EKL vise un objectif de 6 600 dollars afin de garantir un accès permanent et de qualité aux soins pour les 60 enfants du Centre.
Sans cette collecte, les enfants atteints de maladies chroniques risquent de perdre leur suivi mensuel. Les infections dentaires, qui perturbent déjà l’apprentissage, pourraient entraîner des complications plus graves. La couverture vaccinale (tétanos, polio, hépatite B, rougeole) deviendrait plus difficile à maintenir. Pour les familles accompagnées par EKL, dont les revenus moyens tournent souvent autour de 200 dollars par mois pour des foyers de 5 à 10 personnes, les priorités sont immédiates : se loger, manger, survivre au quotidien. Dans ces conditions, faire soigner un enfant devient trop souvent un luxe inaccessible.
C’est là que l’action d’EKL est vitale.
Depuis près de vingt ans, l’association constitue un filet de protection pour les enfants de Klang Leu. Un filet discret, mais essentiel. Un filet qui permet à des enfants de manger, d’être soignés, d’aller à l’école, de retrouver des repères, de rire, d’apprendre, de jouer, de grandir.
Avec 110 dollars, l’équivalent de la dépense de santé annuelle moyenne pour un Cambodgien, EKL peut sécuriser le parcours de soins complet d’un enfant pendant un an :
- 30 dollars pour une vaccination ;
- 40 dollars pour les soins dentaires ;
- 40 dollars pour les soins médicaux généraux.
À Klang Leu, protéger la santé d’un enfant, ce n’est pas seulement soigner une maladie. C’est lui permettre de rester debout, de continuer à apprendre, de revenir au Centre, de grandir malgré tout et de croire encore qu’un autre avenir est possible.
Vous ne mettrez peut-être jamais les pieds dans le quartier de Klang Leu. Pourtant, aujourd’hui, vous pouvez changer le destin de ses enfants. Donnez-leur les moyens de se construire un avenir, sans que leur quartier ne définisse leurs possibilités, et offrez-leur la chance de grandir avec le développement qui les entoure.

Un enfant retrouve son quartier après l'école
Faire un don pour les enfants de Klang Leu
En France : https://www.helloasso.com/associations/les-enfants-de-klang-leu/collectes/soutenez-la-sante
Au Cambodge – QR code : https://enfantsdeklangleu.org/wp-content/uploads/2026/06/EKL-QR-code-1.pdf
En Belgique : https://donate.kbs-frb.be/F-DrJeanFagnartKlangLeuChildren/~mon-don
Reste du monde : https://whydonate.com/fundraising/protecting-60-children-in-cambodia
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