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Les milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporaires

Près de deux mois après les affrontements de décembre à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, environ 10 000 habitants déplacés dans la province de Banteay Meanchey restent dans l’incertitude. Les autorités évoquent des sites de relogement temporaire, mais les informations concrètes tardent à parvenir aux familles concernées.

Les milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporairesLes milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporaires
Photo : CamboJA/Coby Hobbs
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 3 février 2026, mis à jour le 4 février 2026

Environ 10 000 personnes déplacées de plusieurs villages situés le long de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande déclarent ne toujours pas savoir quand elles pourront être relogées sur des sites de logements temporaires annoncés par le gouvernement, près de deux mois après les affrontements de décembre.

Une zone frontalière toujours disputée

Les villages concernés, situés entre la province de Banteay Meanchey et celle de Sa Kaeo, figurent parmi les zones frontalières les plus contestées depuis le cessez-le-feu conclu fin 2025. Phnom Penh accuse les forces thaïlandaises d’avoir pris le contrôle d’une partie du territoire cambodgien lors des combats.

Selon les autorités, environ 115 000 habitants des zones frontalières demeurent déplacés, même s’il reste difficile d’établir combien vivent encore dans des camps de fortune. La majorité des plus de 500 000 Cambodgiens déplacés dans plusieurs provinces, en grande partie des femmes et des enfants, est toutefois rentrée depuis la fin d’une deuxième vague d’hostilités entre les deux pays en 2025. Ces affrontements ont fait plus de 100 morts et déplacé près d’un million de personnes des deux côtés de la frontière après plusieurs semaines de combats.

Des annonces gouvernementales encore imprécises

La semaine dernière, le Comité national de gestion des catastrophes et le ministère de l’Aménagement du territoire ont indiqué que le gouvernement identifiait des sites destinés à accueillir des logements temporaires dans cinq provinces touchées par le conflit, afin de renforcer la sécurité des communautés déplacées.

À Banteay Meanchey, principale zone concernée par ce plan, plusieurs familles expliquent toutefois n’avoir reçu que très peu d’informations sur le calendrier, l’emplacement ou les conditions de ces futurs logements. Les autorités locales chargées de la gestion des camps disent également manquer de détails, alors que le projet de site n’a été annoncé que le 27 janvier.

Des familles hébergées dans des pagodes depuis décembre

 

Les milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporaires

Des personnes déplacées trouvent refuge dans un camp installé dans une pagode à Banteay Meanchey, où beaucoup séjournent depuis près de deux mois à la suite des affrontements frontaliers avec la Thaïlande en décembre, avant l’instauration d’un cessez-le-feu. Photo : (CamboJA/Coby Hobbs)

Installé avec sa famille dans une pagode de la province, KOUM Oeurb, résident de longue date du village Chouk Chey, explique que les autorités locales leur ont simplement indiqué qu’un site temporaire serait aménagé. « Ils nous ont dit qu’ils allaient nous organiser un site temporaire parce qu’ils ne peuvent pas nous laisser rester longtemps à la pagode », rapporte-t-il, selon des propos recueillis par CamboJA News.

Le village de Chouk Chey est revendiqué par la Thaïlande comme se trouvant de son côté de la frontière. Plusieurs zones le long de cette ligne frontalière ont été saisies en décembre par les forces thaïlandaises, dont les effectifs, la puissance de feu et les capacités aériennes dépassent ceux de l’armée cambodgienne.

Des inquiétudes persistantes sur l’avenir

 

Les milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporaires

Des barbelés concertina et des conteneurs maritimes installés par les forces thaïlandaises encerclent le village disputé que le Cambodge appelle Beoeng Trakoun, dans la province de Banteay Meanchey. Photo : (CamboJA/Coby Hobbs)

Dans un autre camp, installé dans une pagode accueillant des habitants du village de Beoeng Trakoun, les interrogations restent nombreuses. BO Chanthou s’inquiète notamment de la durée du relogement et des conditions de vie à venir. « J’y ai vécu depuis ma naissance et je veux vivre dans notre maison et retrouver les membres de ma famille », confie-t-elle, appelant les autorités cambodgiennes et thaïlandaises à négocier un accès sécurisé aux terres et aux habitations.

Le ministère thaïlandais de la Défense n’a pas répondu aux demandes de commentaires concernant ces villages disputés.

Des sites de relocalisation encore à l’étude

Lors d’une visite dans un camp de déplacés dans la province de Preah Vihear, le Premier ministre HUN Manet a déclaré que le gouvernement mettait en place des abris temporaires offrant de meilleures conditions, dont la construction devrait être achevée avant la saison des pluies, généralement comprise entre mai et octobre. Il a précisé que ces installations ne constituaient pas une concession sur les revendications territoriales du Cambodge.

 

Les milliers de déplacés cambodgiens dans l’attente de logements temporaires

Une forêt communautaire d’environ 300 hectares, contrôlée par l’État, située dans la commune de Banteay Chhmar, envisagée pour l’hébergement temporaire des habitants déplacés. Image satellite 

Selon EM Sokha, gouverneur du district de Thmar Puok, un site envisagé pour la relocalisation temporaire se situe sur une parcelle forestière de 300 hectares dans la commune de Banteay Chhmar. « Toutes ces familles de Beoeng Trakoun seront déplacées pour vivre là-bas », a-t-il déclaré, en précisant que le terrain est une forêt communautaire contrôlée par l’État et que les logements seraient fournis gratuitement.

Il ajoute que les plans restent susceptibles d’évoluer et que chaque famille devrait recevoir une « habitation temporaire ». Le gouvernement envisagerait également d’attribuer des terres agricoles.

À ce stade, ni le Comité national de gestion des catastrophes ni le ministère de l’Aménagement du territoire n’ont apporté de précisions supplémentaires. La durée pendant laquelle les personnes déplacées resteront dans des camps de fortune, ainsi que la possibilité de retourner dans des zones que le gouvernement considère comme contaminées par des munitions non explosées, demeurent incertaines.

 

Avec l’aimable autorisation de CamboJA News qui nous permet d’offrir cette article à un lectorat francophone.

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