Au Cambodge, l’accès aux services de garde pour les jeunes enfants reste limité, mais la situation évolue rapidement. Le pays se dote d’un cadre réglementaire national et développe des initiatives concrètes, notamment dans le secteur textile, faisant des crèches un levier clé de développement social et économique.


Face à une demande croissante en matière d’éducation et de garde de la petite enfance au Cambodge, les autorités publiques renforcent leur engagement afin de garantir un accès élargi et de qualité dès les premières années de vie. Les familles, en particulier les plus vulnérables, prennent de plus en plus conscience de l’importance de ces dispositifs, malgré des ressources souvent limitées pour accompagner le développement des jeunes enfants.
À ce jour, les solutions restent toutefois marginales : seuls 3 % des enfants âgés de 0 à 3 ans sont inscrits dans des structures formelles (Banque mondiale, 2026). Dans ce contexte, le 15 décembre 2025, le Premier ministre Hun Manet a signé un sous-décret établissant le premier cadre réglementaire national pour la gestion des crèches. L’objectif est de réduire les inégalités dès le plus jeune âge en garantissant un socle de développement adapté.
L’ONG française Planète Enfants & Développement (PE&D), en collaboration avec le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports (MoEYS), a contribué à l’élaboration de ce texte. Forte de son expérience, elle a inspiré un objectif gouvernemental ambitieux : la création de 60 nouveaux centres d’ici 2030.
Focus sur ce domaine et sur l’action de cette ONG
La petite enfance, de la conception à six ans, constitue une phase décisive du développement humain. Les capacités cognitives, sociales et émotionnelles s’y construisent à un rythme soutenu, avec près d’un million de connexions neuronales formées chaque seconde.
Nolwenn Deschard, experte en petite enfance chez PE&D, souligne : « Le cerveau est comme une maison : il faut poser des fondations solides. Si elles sont fragiles, toute la structure en pâtit ; et contrairement à une maison, on ne peut pas reconstruire un cerveau. »
Selon le Center on the Developing Child de Harvard, trois principes clés expliquent l’importance de cette période : la construction progressive du cerveau dès les premiers mois, l’interaction entre les gènes et l’environnement — notamment à travers les échanges entre l’enfant et l’adulte — et la diminution de la capacité d’adaptation avec l’âge.
Un investissement à fort impact économique et social
Les travaux du prix Nobel James Heckman montrent que les programmes de qualité destinés aux enfants de 0 à 5 ans offrent un rendement annuel de 13 %. Ces investissements favorisent des trajectoires éducatives et professionnelles plus solides, contribuant ainsi au développement du capital humain.
Au niveau des ménages, l’accès à des services de garde permet aux parents, en particulier aux femmes, de s’engager dans une activité professionnelle. L’absence de solutions adaptées limite encore aujourd’hui leur participation au marché du travail et fragilise les revenus familiaux.
Les entreprises identifient également un lien direct entre l’accès à la garde d’enfants et la performance économique : réduction de l’absentéisme, fidélisation des salariés et amélioration du bien-être au travail.
Le cas spécifique du secteur textile
Le Cambodge compte environ 833 100 travailleurs dans l’industrie textile, dont 75 % sont des femmes (Asia Garment Hub, 2026). Bien que la loi impose aux entreprises de plus de 100 salariés de proposer des services de garde, son application reste limitée : en 2019, seules 13 usines sur 700 étaient conformes, selon une étude menée par PE&D pour la Banque mondiale.
Les alternatives demeurent coûteuses : le salaire moyen d’une ouvrière est d’environ 300 dollars par mois, tandis qu’une crèche privée coûte en moyenne 82 dollars mensuels.
Kim Sophea, ouvrière et mère, témoigne : « S’il n’y avait pas de crèche, j’aurais dû arrêter de travailler. Aujourd’hui, je peux continuer, et mon enfant est en meilleure santé et se développe plus rapidement. »

Kim Sophea, ouvrière et mère
Sum Phalla, responsable de centre, ajoute : « Certains parents devaient quitter leur emploi pour s’occuper de leurs enfants. Aujourd’hui, ces structures offrent une solution concrète et, pour moi, c’est aussi une opportunité de reconversion professionnelle. »
Un modèle communautaire structuré
En partenariat avec le MoEYS et la Banque mondiale, PE&D a développé un réseau de 13 centres de garde dans les provinces de Kampong Speu et Kampong Cham, principalement destinés aux enfants de travailleurs du secteur textile.
Ce modèle repose sur un écosystème complet intégrant la conception des infrastructures, un cadre pédagogique incluant la santé et la nutrition, ainsi que la formation du personnel encadrant. Inspiré du cadre « Nurturing Care » de l’Unicef (2018), il s’articule autour de cinq axes : santé, nutrition, soins attentifs, sécurité et apprentissage précoce. Une attention particulière est accordée à l’égalité entre les filles et les garçons.

PE&D a développé un réseau de 13 centres de garde dans les provinces de Kampong Speu et Kampong Cham
Quelques indicateurs illustrent ce dispositif :
- 132 enfants inscrits en mars 2026
- 50 encadrants formés
- 812 enfants accueillis depuis 2022
- 11 communes formées à la gestion de ces centres
Des effets mesurables à plusieurs niveaux
Les centres communautaires produisent des effets tangibles :
- Pour les enfants : amélioration des compétences motrices, sociales, linguistiques et de la santé
- Pour les familles : réduction de l’absentéisme et augmentation des revenus, avec un gain moyen de 48 heures de travail domestique par mois
- Pour les communes : création d’emplois locaux et amélioration des conditions de vie
- Pour les entreprises : hausse de la productivité et valorisation de la responsabilité sociale
- Pour l’État : un modèle adaptable permettant d’harmoniser et d’améliorer les services de garde
Une ONG ancrée au Cambodge depuis plus de 40 ans
Fondée en 1984 sous le nom « SOS Enfants du Cambodge » par Danièle Cheysson, l’ONG PE&D est la première organisation française à s’être implantée à Phnom Penh après la période des Khmers rouges. Initialement centrée sur la santé et la nutrition, elle a progressivement élargi ses actions à l’éducation, à la formation professionnelle et à la protection sociale.
Aujourd’hui active dans huit pays, l’organisation a accompagné 57 000 personnes en 2024, dont 12 100 enfants. Elle consacre plus de 80 % de son budget, soit 4,1 millions d’euros, à ses missions sociales.
Pour en savoir plus : https://planete-eed.org/
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