Damnok Toek, Rabbit School et Kampuchea Sëla Handicap ont conduit une étude sur l’inclusion des personnes avec une déficience intellectuelle dans l’emploi privé au Cambodge. Les résultats ont été présentés lors d’un atelier de restitution organisé le jeudi 1er octobre 2026 à l’hôtel Cambodiana, à Phnom Penh. L’étude examine les obstacles à l’emploi et prévoit des actions concrètes, conçues à l’échelle locale et avec la participation des acteurs concernés.


L’inclusivité au Cambodge au cœur d’une étude menée dans trois provinces
Raphaël Freitas, consultant en inclusion des personnes handicapées, a été chargé de mener la recherche. Installé au Cambodge depuis dix ans, il explique que l’étude s’est concentrée sur la déficience intellectuelle, un domaine moins pris en compte dans les politiques et les pratiques d’accessibilité. « On connaît davantage les rampes et les toilettes accessibles pour les personnes en situation de handicap physique », observe-t-il.
L’étude approche la catégorie de la déficience intellectuelle de manière plus large que la définition donnée par la Prakas interministérielle de 2011, qui avait limité le handicap mental à la paralysie cérébrale. La recherche étend son périmètre en y intégrant l’autisme ou encore les troubles du développement tels que la trisomie. Par ailleurs, elle ne se contente pas seulement d’analyser l’accès à l’emploi, mais prend aussi en compte l’inclusion sur le lieu de travail ou encore les opportunités de carrières longues.
La consultation a combiné des entretiens avec des entreprises, des organisations de la société civile, des représentants des pouvoirs publics et des personnes avec une déficience intellectuelle ainsi que leurs familles. Tout au long de l’étude, ces derniers sont considérés comme les principaux acteurs permettant l’inclusivité.
Sur plus de 100 entreprises sollicitées, 42 ont participé. L’hôtellerie et la manufacture se sont montrées plus ouvertes à l’échange, tandis que les entreprises financières ont été plus réticentes. Les entreprises sociales et les petites structures ont répondu plus facilement. Dans les 42 entreprises participantes, les personnes avec une déficience intellectuelle représentaient en moyenne 2,5 % des effectifs.
Des obstacles persistants à l’inclusion au Cambodge
La recherche a fait ressortir la persistance de préjugés, mais aussi des difficultés d’accès à l’information et des aménagements encore mal connus.
Le recrutement constitue l’un des points de blocage les plus importants. La plupart des possibilités d’accès à l’emploi passent par les organisations de la société civile, tandis que les informations et les procédures ne sont pas toujours accessibles.
Cependant, une fois le recrutement effectué, les difficultés s’accentuent quant à l’accompagnement, à l’égalité de traitement et à la perspective d’évolution au sein de l’entreprise. Pour les personnes avec une déficience intellectuelle, l’accessibilité peut nécessiter, par exemple, des supports visuels ou un espace permettant de se retirer momentanément. Un coût en ressources humaines et économiques que les entreprises n’entendraient pas ou ne pourraient pas supporter.
Les recommandations concrètes de l’étude au Cambodge
Pour lever ces obstacles, Raphaël Freitas a mis en place un modèle « pathway » (voir ci-dessous) qui fonctionne comme un guide pour les acteurs qui décident d’accompagner cette démarche inclusive. Le programme contient 7 étapes allant du recrutement à la durabilité de l’emploi et propose à chaque échelon des actions concrètes pour les entreprises, les pouvoirs publics, les organisations de la société civile et les personnes concernées ainsi que leurs familles.
Par exemple, au stade du recrutement, l’entreprise peut travailler avec une organisation de soutien pour repérer des personnes avec une déficience intellectuelle et leur transmettre des informations accessibles sur les postes proposés. L’organisation peut aussi accompagner les candidats dans leur démarche en fournissant une préparation, tandis que l’entreprise met en place des politiques spécifiques de support en entretien.
En revanche, Raphaël Freitas considère que la réalisation pleine et entière de ce modèle « pathway » nécessite une collaboration étroite entre les différentes parties prenantes. La convergence de leurs rôles complémentaires est l’obstacle principal à l’aboutissement d’un système inclusif.
Une difficile collaboration entre les différents acteurs au Cambodge
Lors de l’atelier de restitution, une table ronde réunissait des représentants de chaque groupe. Les échanges ont mis en lumière les difficultés de collaboration : chacun reconnaissait la persistance des obstacles et affichait sa bonne volonté, sans vouloir endosser la responsabilité des défaillances du système. La situation est plus complexe, car ces obstacles relèvent de plusieurs secteurs, mais la crainte de la culpabilité freine la coopération.
Un point de crispation soulevé pendant les débats illustre ces difficultés. Interrogés sur les politiques d’inclusion, les représentants du gouvernement évoquent les antennes provinciales de l’autorité nationale chargée du handicap, qui proposent des formations techniques et professionnelles, ainsi que le numéro 1297, mis en place pour faciliter les démarches. Les organisations de la société civile disent toutefois peiner à s’y retrouver dans le réseau et soulignent que le manque de moyens des antennes empêche de couvrir les frais de formation.
Interrogé sur cette difficulté, Raphaël Freitas reconnaît la difficulté, ironiquement : « C’est la question à un million de dollars, n’est-ce pas ? » Selon lui, l’objectif serait d’abord d’expérimenter une démarche dans un contexte local, puis d’en tirer des enseignements avant de l’élargir. « L’idée est qu’à l’échelle locale, les acteurs peuvent plus facilement interagir. » Une organisation implantée dans une province dispose généralement de liens avec les services locaux ; ceux-ci peuvent servir de point de départ pour réunir les acteurs autour d’un projet commun. « Une fois qu’on a démontré que le modèle fonctionne localement, on peut s’adresser à de plus grandes entreprises, à de plus grandes organisations et à des groupes plus larges », conclut-il.
Noé Garde
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