Pour Pchum Ben, certaines familles resserrent leur budget et réduisent leurs dépenses liées à la fête. Les revenus modestes, le coût de la vie et les incertitudes économiques les conduisent à privilégier les achats indispensables et à choisir des produits moins chers.


Hang Uy, 60 ans, collecte des matériaux recyclables. Originaire de la province de Takeo, elle vit à Phnom Penh et gagne environ 20 000 riels (5 dollars) par jour. Elle prévoit de rentrer dans sa province pour Pchum Ben afin de rendre visite à ses deux petits-enfants, mais le coût du trajet aller-retour, estimé à 50 000 riels (12,50 dollars), l’inquiète.
« Je n’ai pas beaucoup d’argent cette année, alors je vais probablement devoir réduire mes dépenses. Je dois vivre selon mes moyens, car je gagne très peu chaque jour », explique-t-elle.
Hang Uy paie aussi 100 000 riels (25 dollars) par mois pour une chambre partagée avec d’autres collecteurs de déchets. Depuis le divorce des parents de ses petits-enfants, elle contribue également à leur prise en charge, ce qui lui laisse peu de marge pour des dépenses supplémentaires.
À Siem Reap, des achats plus sélectifs pour les familles
Pour Hor Ream, agricultrice de 45 ans originaire de la province de Siem Reap, Pchum Ben reste une fête importante. Toutefois, les dépenses du foyer et les frais liés à la scolarité de ses enfants l’amènent à choisir plus attentivement ses achats.
Lorsque des produits similaires sont proposés à des prix différents, elle opte pour le moins cher s’il remplit la même fonction.
Phnom Penh : les ventes de produits religieux reculent
Les vendeurs d’articles religieux ressentent également cette baisse des dépenses. San Sreynet, qui commercialise à Phnom Penh des sladok et d’autres objets utilisés lors des cérémonies bouddhistes, indique que ses ventes ont diminué jusqu’à 40 % par rapport aux années précédentes. Selon elle, les clients recherchent de plus en plus des produits moins chers et plus simples.
La demande pour ces articles se concentre principalement autour des fêtes religieuses. Des ventes décevantes pendant Pchum Ben peuvent donc contraindre les commerçants à attendre la prochaine grande célébration pour espérer réaliser des recettes.
Cette tendance prolonge les signes observés lors du Nouvel An khmer, en avril. Les vendeurs de décorations avaient alors fait état d’un ralentissement de leurs ventes, tandis que des familles réduisaient les dépenses non essentielles et limitaient leurs célébrations aux achats prioritaires.
Le coût des transports pèse sur les dépenses de Pchum Ben
Selon Ky Sereyvath, spécialiste de l’économie à l’Académie royale du Cambodge, l’incertitude mondiale, les fluctuations des prix du pétrole et la hausse des frais de transport pèsent sur les budgets des ménages.
Les déplacements vers les provinces d’origine, plus nombreux pendant Pchum Ben, peuvent absorber une partie des sommes qui auraient autrement été consacrées aux achats liés à la fête. Selon Ky Sereyvath, les effets se font particulièrement sentir dans le commerce de gros et de détail ainsi que dans les services domestiques, où de nombreux travailleurs et entreprises enregistrent une baisse de leurs revenus.
La fermeture de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande et la répression des escroqueries en ligne ont également affecté les moyens de subsistance et l’activité économique. La sécheresse et les inondations accentuent, par ailleurs, les difficultés de la production nationale.
« Les citoyens doivent distinguer les biens indispensables de ceux qui ne le sont pas », estime Ky Sereyvath, qui appelle les ménages à gérer leurs dépenses avec prudence alors que leurs revenus restent sous pression.

Les sladok sont des assortiments d’offrandes préparés pour les moines à l’occasion de Pchum Ben. Photo : San Sreynet.
Croissance économique au Cambodge : des effets inégaux
Alors que la croissance de l’économie cambodgienne est estimée à environ 3,5 %, Ky Sereyvath souligne que cette progression ne se traduit pas nécessairement par une amélioration des finances de chaque ménage, en particulier pour les personnes travaillant dans des secteurs exposés à une baisse de la demande.
Pour des personnes comme Hang Uy, l’objectif de Pchum Ben n’est donc pas de dépenser davantage, mais de répartir des revenus limités afin de couvrir le voyage, les besoins quotidiens et les responsabilités familiales. Pour certaines familles, célébrer la fête signifie cette année préserver les traditions tout en veillant à ce que chaque riel compte.
Heang Tong
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
Sur le même sujet





















