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Les femmes entrepreneures au Cambodge, entre défis et opportunités

Par Pierre Motin | Publié le 14/06/2018 à 20:00 | Mis à jour le 15/06/2018 à 08:39
Photo : Adrienne Ravez reçoit le prix "Women Leading Change" de Campaign Asia pour la catégorie entrepreneur.
Adrienne Ravez - Women Leading Change Awards

Adrienne Ravez, co-fondatrice d’Endorphine Concept et directrice des opérations pour l'agence de communication Quantum Endorphine Digital, a reçu le prix d’entrepreneur de l’année dans la catégorie des « femmes pour le changement » décerné par Campaign Asia, qui récompense les acteurs de l'industrie des médias, du digital et du marketing. Lepetitjournal.com Cambodge l’a rencontrée pour évoquer son engagement en faveur des femmes entrepreneures.

 

Lepetitjournal.com Cambodge : Comment qualifieriez-vous la situation des femmes entrepreneures en Asie du Sud-Est, et plus particulièrement au Cambodge ?

Adrienne Ravez : Je la qualifierais de paradoxale. En France, les chiffres montrent que les institutions - banques, investisseurs - font moins confiance aux femmes, mais je n’ai jamais vécu ça personnellement lorsque j’avais monté mon entreprise en France. En Asie du Sud-Est, c’est le contraire. Les chiffres sont très bons. Par exemple, la Thaïlande connaît un nombre très important de femmes PDG, et plus de la moitié des entrepreneurs les plus riches dans la région sont des femmes. Aux Philippines, le taux d’activité entrepreneuriale est de 20% pour les femmes, alors qu’il n’est que de 3% en France. Mais mon expérience, et celle d’autres femmes entrepreneures que je connais en Asie, est différente. Nous nous rejoignons toute sur le fait que, à cause des normes sociales et culturelles, on nous en demande plus.

 

Concrètement, comment se traduisent ces préjugés envers les femmes ?

Par des questions qui peuvent vous décontenancer si vous n’y êtes pas préparée. On va nous demander : « Avez-vous un associé masculin ? Etes vous la patronne ? Etes vous mariée ? En tant que femme, comment pouvez-vous nous garantir la qualité de vos services ? » En règle générale, le niveau d’exigence envers les femmes semble plus élevé, et les entrepreneuses sont plus attendues au tournant. Si vous êtes dans une entreprise qui a fait ses preuves, cela pose moins de problèmes, mais les femmes qui sont dans des entreprises de taille modeste et qui veulent croître retrouvent souvent ces difficultés. C’est d’ailleurs assez surprenant, car la société cambodgienne est plutôt matriarcale, et on retrouve souvent des femmes à poigne.

 

Dans ce cas, comment expliquez-vous les bons chiffres de l’entreprenariat féminin dans la région ?

Je pense qu’il faut prendre en compte le fait qu’on trouve souvent un entrepreneuriat de nécessité plus que de choix. Les femmes fournissent fréquemment des revenus complémentaires en ouvrant un espace de restauration, un commerce, mais le cas de la femme entrepreneure qui a une idée et se lance est moins répandu, et se heurte peut-être à certaines normes sociales dans la région. Pourtant, les politiques publiques sont très inclusives au niveau du genre au Cambodge.

 

De quel soutien ont besoin les femmes entrepreneures au Cambodge ?

Il me semble qu’il est nécessaire de développer des role models pour les femmes qui pourraient se lancer dans l’entrepreneuriat. L'aventure entrepreneuriale peut être vécue de manière assez solitaire, et j’aimerais pouvoir développer le partage de mon expérience vis à vis des femmes entrepreneures, car un système qui permet plus d’équité entre hommes et femmes sera plus fort. Beaucoup de femmes n’osent pas se lancer par peur de ne pas être crédibles ou par manque de confiance en elles, et il est nécessaire de casser ces stéréotypes. Par exemple, j’ai pu partager durant différents ateliers mon expérience, et indiquer qu’en tant que femme entrepreneure, lorsque l’on est confrontée à des attitudes de défiance de la part des hommes, il faut être pédagogue plus que dans l’affrontement si on remet en cause votre crédibilité. Selon moi, il ne s’agit pas d’avoir une démarche exclusive envers les hommes, mais accepter que les hommes bénéficient d’un soutien implicite. Il ne s’agit pas de déséquilibrer l’écosystème, mais au contraire de le rendre plus équitable. A moyen et long terme, j’aimerais pouvoir développer des programmes de mentoring pour les femmes, prodiguer des conseils sur la base de ce que j’ai vécu, toujours dans le cadre d’un écosystème entrepreneurial équitable.

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