Au Cambodge, la croissance du secteur de la construction repose en partie sur une réalité largement invisible : celle des ouvriers des briqueteries, souvent enfermés dans un système de dettes qui limite fortement leur liberté. Un reportage d’ARTE met en lumière un mécanisme où précarité économique, dérèglement climatique et manque de régulation se conjuguent.


À une quarantaine de kilomètres de Phnom Penh, des briqueteries tournent jour et nuit. À l’intérieur, des familles entières vivent et travaillent au même endroit. Elles fabriquent les briques qui alimentent la croissance du pays, sans jamais en voir les bénéfices.
Phnom Penh : construire, malgré tout
Autour de la capitale, les projets immobiliers se multiplient. Villas, immeubles, résidences haut de gamme : la demande est forte, portée par une minorité aisée.
Dans les briqueteries, la réalité est tout autre. Les ouvriers enchaînent les gestes, sous une chaleur écrasante. Payés à la tâche, ils gagnent quelques euros par jour. « Si on travaille beaucoup, on gagne à peine de quoi vivre », confie une ouvrière.
Une dette qui ne s’efface pas
La plupart ont quitté leur village après avoir perdu leurs ressources. Sur place, ils empruntent au patron pour se nourrir ou se soigner. Une spirale s’installe.
« Quand on a besoin d’argent, on doit en emprunter », explique une salariée.
Mais les revenus sont trop faibles pour rembourser. La dette persiste, parfois toute une vie. « Je me sens comme un esclave car ma dette m’empêche de partir », témoigne un ouvrier.
Travailler malgré les blessures
Le travail est pénible, souvent dangereux. Les accidents existent, parfois graves. Pourtant, les ouvriers continuent. « Ça me fait mal, mais je dois travailler pour rembourser », raconte un salarié blessé.
Les enfants participent aussi. Certains alternent école et travail pour soutenir leur famille, prolongeant un cycle difficile à rompre.
Quitter la briqueterie reste compliqué. Les dettes, le manque d’alternatives et le contrôle des déplacements freinent les départs.« Mon lieu de travail ressemble à une prison », confie une ouvrière.
Derrière les immeubles qui s’élèvent à Phnom Penh, ces vies restent invisibles. Et pour beaucoup, l’horizon se résume à une dette qu’ils ne sont pas certains de pouvoir un jour rembourser.
Une reportage à voir sur ARTE : Lien vers le reportage
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