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Christian Desroches, ambassadeur du Canada au Cambodge :" Il fallait rebâtir notre présence ici "

Un an après la réouverture de l’ambassade du Canada à Phnom Penh, l’ambassadeur Christian Desroches revient sur la présence canadienne au Cambodge et les priorités de la diplomatie canadienne, à quelques semaines du sommet de la Francophonie.

Christian desroches, Noe GardeChristian desroches, Noe Garde
Christian Desroches, ambassadeur du Canada au Cambodge. Photo , Noé Garde
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 24 septembre 2026

Le retour d’une pleine présence diplomatique canadienne au Cambodge

La première année de Christian Desroches au Cambodge a principalement été consacrée au rétablissement et au renforcement des liens institutionnels et économiques.

« Il fallait rebâtir notre présence ici », explique l’ambassadeur. Malgré la fermeture de l’ambassade durant plusieurs années, le Canada n’a jamais quitté le Cambodge. Le Canada a continué à soutenir un important programme de coopération au développement et, à partir de 2015, a rétabli un bureau à Phnom Penh. Ce bureau est redevenu une ambassade en 2025.Après avoir présenté ses lettres de créance au roi Norodom Sihamoni, le 24 octobre 2025, Christian Desroches a multiplié les rencontres avec des ministres, des parlementaires et des acteurs économiques. « On ne peut pas plaquer la culture gouvernementale canadienne sur le Cambodge. C’est une école d’humilité. On peut parfois penser que l’on comprend comment les choses fonctionnent, mais il faut aussi apprendre à connaître les personnes qui exercent une réelle influence au sein de l’Assemblée nationale, du Sénat, du gouvernement et du secteur privé », selon Christian Desroches.

L’ambassade estime la communauté canadienne au Cambodge à environ 6 000 personnes. Si beaucoup vivent à Phnom Penh, d’autres sont installées à Siem Reap, à Kampot ou dans d’autres provinces.

« De plus en plus de Canadiens décident de venir passer leurs vieux jours ici. Ils trouvent que le rythme de vie au Cambodge est attirant », observe l’ambassadeur.

Investissements canadiens et aide au développement au Cambodge

« Le Cambodge est devenu un marché important pour plusieurs sociétés canadiennes », souligne Christian Desroches.

Le Canada compte plusieurs investisseurs présents au Cambodge. L’ambassadeur cite notamment la Banque Nationale du Canada, unique actionnaire d’ABA Bank, la première banque commerciale au Cambodge, ainsi que Manulife, acteur principal du secteur de l’assurance-vie. Il évoque également Angkor Resources, la première compagnie d’exploration minière d’Amérique du Nord à s’être installée au Cambodge ; celle-ci détient également la toute première licence d’exploration de pétrole et de gaz terrestre du pays.

Selon Christian Desroches, l’essor économique qu’a connu le Cambodge repose en partie sur son long partenariat avec les pays bailleurs de fonds. « Il ne faut pas oublier que sans des décennies de coopération au développement, l’histoire du Cambodge moderne aurait été différente. On peut même soutenir que sans ce travail de longue haleine visant à renforcer les institutions, l’économie et le secteur financier, il n’y aurait peut-être pas aujourd’hui d’ABA Bank telle que nous la connaissons. Cette coopération a contribué à créer un environnement favorable à l’investissement, à la croissance du secteur privé et à l’essor d’entreprises qui jouent aujourd’hui un rôle majeur dans l’économie cambodgienne. »

« Un ministre cambodgien m’a déjà dit qu’ABA a fait davantage pour transformer la gestion des patrimoines et l’accès des particuliers aux services financiers dans la région que n’importe quel programme canadien d’aide au développement », déclare Christian Desroches. « Je lui ai répondu qu’il ne fallait pas opposer investissement privé et coopération au développement. Les succès du secteur privé reposent aussi sur la qualité des institutions, de la réglementation, de l’éducation et du climat d’affaires. »

L’aide au développement reste un champ d’action important. Depuis les années 1990, le Canada aurait consacré environ 500 millions de dollars canadiens à des programmes au Cambodge. Le Canada soutient notamment des projets liés à l’autonomisation des femmes, à la cybersécurité, à la gouvernance locale ainsi qu’à l’aide aux victimes des centres d’escroquerie en ligne.

L’ambassade finance aussi des projets locaux grâce au Fonds canadien d’initiatives locales. « Ce ne sont pas de très gros projets, mais ils permettent d’intervenir rapidement lorsqu’un besoin apparaît », selon Christian Desroches.

Le Canada soutient par ailleurs le programme Better Factories Cambodia, mis en œuvre par l’Organisation internationale du travail et la Société financière internationale (SFI). Ce programme vise à améliorer les conditions de travail dans les usines de confection et de fabrication de l’habillement, de la chaussure et des articles de voyage.

« Les sociétés canadiennes qui importent des produits cambodgiens apprécient ce dispositif, car il leur donne l’assurance que les produits sont fabriqués dans de bonnes conditions », explique l’ambassadeur.

Le Canada se prépare au sommet de la Francophonie à Phnom Penh

La participation canadienne au sommet de la Francophonie, prévu en novembre 2026 à Phnom Penh, devrait être importante. Le Canada sera représenté aux côtés du Québec et du Nouveau-Brunswick, membres à part entière de l’Organisation internationale de la Francophonie.

L’Ontario et la Nouvelle-Écosse disposent du statut d’observateur. Le Manitoba a également demandé à rejoindre cette catégorie. « La Francophonie est particulière pour le Canada, car plusieurs gouvernements fédéral et provinciaux y participent », rappelle Christian Desroches.

Cette organisation fédérale peut parfois rendre les échanges plus complexes, mais l’ambassadeur y voit aussi une richesse.

« Cela montre la diversité de notre système et la place du français dans notre pays. »

Le Canada souhaite profiter du sommet pour présenter ses sociétés, ses universités et ses artistes. La délégation devrait également préparer la candidature du Canada à l’organisation du sommet de 2028, qui pourrait se tenir à Ottawa.

« Ce sera un moment important pour réaffirmer notre engagement envers la Francophonie au Cambodge », estime Christian Desroches.

Le français au cœur des universités canadiennes

La promotion du français passe également par l’enseignement supérieur. Plusieurs universités canadiennes comptent participer au sommet de la Francophonie. Une délégation de l’Université d’Ottawa, la plus grande université bilingue (anglais et français) au monde, était de passage au Cambodge à la mi-septembre afin de rechercher des partenariats avec des établissements locaux.

L’ambassade souhaite aussi faire connaître les programmes d’alternance travail-études, appelés programmes d’éducation coopérative au Canada, proposés par plusieurs universités canadiennes. Ces formations permettent aux étudiants de travailler durant leur cursus et de financer une partie de leurs études. « Lorsqu’ils terminent leur formation, ils possèdent déjà une expérience professionnelle. Le taux d’insertion dépasse 98 % », affirme l’ambassadeur.

Pour Christian Desroches, le sommet de Phnom Penh doit donc contribuer au renforcement des relations diplomatiques, économiques, universitaires et culturelles.

 

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