Une enquête d’Amnesty révèle que des casinos liés à des abus ont été approuvés malgré la répression annoncée, soulevant des doutes sur l’efficacité des autorités.


Une enquête d’Amnesty International publiée jeudi révèle que les plans d’aménagement d’une douzaine de complexes de casinos cambodgiens liés à des escroqueries en ligne, à la traite d’êtres humains et à des actes de torture ont été approuvés par le régulateur des jeux du pays entre décembre 2025 et janvier, alors même que le gouvernement promettait une répression nationale de ce secteur illicite.
L’organisation affirme avoir identifié 11 cas où des complexes décrits dans son rapport de 2025 sur les centres d’escroquerie se trouvent au sein de casinos reconnus par la Commercial Gambling Management Commission (CGMC), ainsi qu’un cas supplémentaire lié à des abus plus récents.
Selon Amnesty, ces conclusions reposent sur des plans d’aménagement soumis au régulateur, recoupés avec des images satellites, des visites de terrain et des témoignages de survivants.
« À un moment où le gouvernement affirme démanteler l’industrie des escroqueries, les preuves montrent qu’il reconnaît simultanément les plans de propriétés de casinos où fonctionnent des complexes d’escroquerie abusifs », a déclaré Montse Ferrer, directrice régionale adjointe pour l’Asie de l’Est, du Sud-Est et le Pacifique au sein d’Amnesty.
« Cette contradiction soulève des questions urgentes quant à savoir si les régulateurs cambodgiens légitiment des entreprises liées à de graves abus », a-t-elle ajouté dans un communiqué, appelant à des explications, à la suspension des licences de casinos et à l’ouverture d’une enquête indépendante.
Des casinos identifiés dans plusieurs zones frontalières
Parmi les sites concernés figurent les casinos Crown à Poipet, Bavet et Chrey Thum, ainsi que Majestic Two et Majestic Hotel & Casino. L’ancien président de ce dernier, Ly Kuong, qui a quitté ses fonctions en décembre 2025, a été arrêté un mois plus tard et inculpé pour recrutement illégal à des fins d’exploitation, fraude aggravée, criminalité organisée et blanchiment d’argent.
Amnesty indique également avoir recueilli de nouveaux éléments sur des abus au Crown Bavet Casino, à partir de témoignages de survivants kenyans. Le complexe est associé à Kok An, magnat cambodgien et sénateur visé par un mandat d’arrêt émis par un tribunal thaïlandais. CamboJA News n’a pas obtenu de réponse aux appels passés aux numéros figurant dans le registre du ministère du Commerce.
D’autres casinos reconnus par la CGMC et liés, selon l’ONG, à des escroqueries en ligne et au travail forcé incluent The New Venetian, Casino Kyom (My Casino), Marinan International, Peak Casino, Long Feng Xuan Casino, Huang (ou Wang) Chao International et Golden Sea Casino.
Une répression jugée insuffisante
Malgré ces autorisations récentes, les autorités cambodgiennes affirment avoir fermé environ 250 sites d’escroquerie et plus de 90 casinos depuis juillet dernier.
Mais pour Montse Ferrer, des actions telles que l’examen et l’approbation par la CGMC de plans de casinos liés à des violations des droits humains montrent que cette campagne a peu de chances d’aboutir.
« Nous pensons que les casinos vont continuer d’exister compte tenu des conclusions que nous présentons aujourd’hui », a-t-elle déclaré à CamboJA News.
Elle souligne également une lacune majeure dans la lutte en cours : l’absence d’identification adéquate des victimes de traite d’êtres humains et d’autres violations des droits fondamentaux.
« Si le gouvernement cambodgien menait une enquête complète, indépendante et transparente sur les abus documentés dans ces sites, il identifierait les responsables de ces crimes », a-t-elle ajouté.
Chuon Sovann, secrétaire adjoint de la Commission de lutte contre les escroqueries en ligne, a refusé de commenter le rapport.Rus Phirun, secrétaire général de la CGMC, a également décliné toute réaction et renvoyé un journaliste vers Chhoeng Chantha, conseiller technique du régulateur, qui n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire.
Avec l’aimable autorisation de CamboJA News, qui nous permet d’offrir cet article au lectorat francophone.
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