Édition internationale

Au Cambodge, la justice retarde encore l’appel de militants écologistes

Cinq militants écologistes emprisonnés voient leur appel une nouvelle fois reporté sine die. ONG locales et internationales interpellent le gouvernement avant le sommet de la francophonie.

Au Cambodge, la justice retarde encore l’appel de militants écologistes Au Cambodge, la justice retarde encore l’appel de militants écologistes
La Ly Chandaravuth, militant de l'association Mother Nature, quittant la Cour suprême le 23 février après son procès concernant une demande de libération. Photo : LICADHO

Après près de deux années d’attente pour une audience en appel, cinq militants écologistes emprisonnés, liés au mouvement dissous Mother Nature, font face à un nouveau report. La Cour d’appel du Cambodge a en effet ajourné la procédure sans fixer de nouvelle date.

Initialement prévue le 2 juin, l’audience a été reportée de manière indéterminée. Cette décision a suscité des réactions immédiates de la société civile, qui dénonce une nouvelle entrave au processus judiciaire.

Une mobilisation d’ONG nationales et internationales

Soixante-dix organisations de la société civile, cambodgiennes et internationales, ont appelé le Premier ministre HUN Manet à intervenir afin d’obtenir la libération des militants.

Dans une déclaration conjointe, ces organisations estiment que le Cambodge devrait démontrer son engagement en faveur des libertés civiles et de la protection de l’environnement à l’approche du 20e Sommet de la Francophonie, prévu en novembre dans le pays.

« Le gouvernement cambodgien devrait agir dans cet esprit et libérer ces cinq jeunes militants », indique le communiqué.

Parmi les signataires figure le Bruno Manser Fonds, une organisation environnementale basée en Suisse.

Le rôle des militants mis en avant

Selon Lukas STRAUMANN, directeur exécutif du Bruno Manser Fonds, les militants ont joué un rôle majeur dans la mise en lumière des atteintes à l’environnement, notamment en dénonçant l’exploitation illégale des ressources naturelles comme la déforestation ou l’extraction de sable.

« Ils exposent la corruption liée à l’exploitation des ressources naturelles et défendent les communautés touchées par la destruction de l’environnement », affirme-t-il.

« Il est temps de les reconnaître pour ce qu’ils sont. Leur travail renforce le pays et son avenir, il ne le menace pas », ajoute Lukas Strauman.

Il estime également que les défenseurs de l’environnement ne devraient pas être considérés comme des menaces pour la sécurité nationale et qu’un plus grand respect des droits humains contribuerait à améliorer la réputation internationale du Cambodge ainsi que son développement à long terme.

Le gouvernement invoque l’indépendance de la justice

Le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, a rejeté les appels à une intervention de l’exécutif, affirmant que cette affaire relève uniquement de la justice.

« La décision de libérer des individus est une question juridique », indique-t-il. « Dans un pays régi par l’État de droit, personne n’a l’autorité d’intervenir dans les décisions de justice ».

PEN Bona a également écarté tout lien établi par certaines ONG avec la tenue prochaine du Sommet de la Francophonie.

« Les ONG plaident pour l’indépendance des trois pouvoirs tout en demandant au gouvernement d’obtenir des libérations. Que veulent-elles réellement ? », interroge-t-il.

On se rappelle toutefois qu'il n'y pas pas si longtemps en 2024, un journaliste d'investigation avait été libérer de prison apres qu'il eu présenter ses excuses au gouvernement. 

Des retards dénoncés par Mother Nature

Selon le mouvement Mother Nature, des contraintes de calendrier auraient conduit au report de l’audience.

Le groupe accuse toutefois le système judiciaire de négliger les droits des cinq militants en multipliant les reports. Il considère que des obstacles administratifs, un manque de juges ou des questions de procédure ne peuvent justifier un processus d’appel resté en suspens pendant près de deux ans.

Des condamnations lourdes

LONG Kunthea, LY Chandaravuth, PHUON Keoraksmey, THUN Ratha et Yim Leanghy figurent parmi les dix militants de Mother Nature condamnés par le tribunal municipal de Phnom Penh le 2 juillet 2024.

Ils ont été condamnés à six ans de prison pour complot contre l’État. YIM Leanghy a écopé d’une peine supplémentaire de huit ans de prison ainsi que d’une amende de 10 millions de riels, soit environ 2 500 dollars, pour insulte au roi.

Ce nouveau report signifie que les cinq militants restent détenus, sans indication quant à la date à laquelle leur appel sera examiné.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos