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Au Cambodge, parcours d'une jeune entrepreneuse partie de rien

Partie de zéro, Seng Sok Heng se crée une place à 23 ans dans l’entrepreneuriat cambodgien. Dans un secteur encore peu ouvert aux jeunes femmes, elle développe un concept inspiré des années 2000.

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Seng Sok Heng, créatrice de The Sun Thrift Shop
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 4 juillet 2026

À 23 ans, Seng Sok Heng, originaire de Kampot, s’impose progressivement comme une entrepreneuse à suivre au Cambodge pour les amateurs de seconde main. Le 1er juin 2026, elle a ouvert sa troisième boutique, The Sun Thrift Shop, dans sa ville natale. Ce nouveau lieu, à l’instar de ses deux autres boutiques, reprend l’univers « Y2K » (année 200) qui désigne l’esthétique vestimentaire inspirée du tournant du millénaire, s’étendant du milieu des années 1990 au début des années 2000.

D’abord étudiante à Kampot Krong High School, la jeune femme a développé depuis deux ans un concept centré sur la mode Y2K, que l’on retrouve autant dans la décoration de ses boutiques que dans le choix des vêtements. Encore peu répandue au Cambodge, ce style a déjà fait son grand retour il y a quelques années en Europe.

« Dans des pays comme la France ou l’Angleterre, ce style est déjà très présent. Même au Vietnam, il y en a beaucoup. Ici, c’était encore nouveau » décrit l’entrepreneuse.

Importer une tendance encore peu développée au Cambodge

Le projet est né d’une passion personnelle et d’un constat sur le marché local. Seng Sok Heng a choisi de se positionner sur un style identifiable, marqué par des pièces colorées et des coupes emblématiques. « Aujourd’hui, on voit beaucoup de noir et de blanc. La mode Y2K est différente : elle est colorée, avec des motifs. C’est ce que je voulais ramener. »

Son inspiration prend forme lors d’un séjour au Vietnam, où elle découvre des boutiques spécialisées dans cette esthétique. « À Hô Chi Minh-Ville, j’ai vu beaucoup de magasins dans ce style. C’est là que j’ai compris qu’il y avait quelque chose à faire au Cambodge. »

Un lieu pensé comme une expérience

Avec ses boutiques, la jeune femme ne se limite pas à proposer des articles de seconde main. Elle développe un univers pensé comme une expérience. Le dernier espace ouvert à Kampot illustre cette évolution, avec l’intégration d’un café et une attention particulière portée à la mise en scène.

 

Au Cambodge, Seng Sok Heng mise sur la mode des années 2000 pour se démarquer

Le café attenant à la troisième boutique de The Sun Thrift Shop

 

« Ce n’est pas seulement acheter des vêtements. Les gens viennent aussi pour l’ambiance, pour prendre des photos, pour rester. » Cette approche répond à de nouveaux usages, notamment chez les jeunes clients.

Un lancement progressif

Derrière cette expansion, son parcours a été marqué par des débuts modestes. Avant de se lancer à plein temps, Seng Sok Heng a enchaîné plusieurs emplois afin de financer son projet. « Je n’avais pas d’argent au départ. J’ai travaillé dans un café, vendu des billets de bus, puis travaillé dans une boutique de vêtements. J’ai économisé et investi petit à petit. »

Elle ouvre la première boutique The Sun Thrift Shop à Siem Reap en 2024, puis développe rapidement son activité avec une deuxième à Kampot en 2026, jusqu’à cette troisième adresse inaugurée dans la même ville en juin. Malgré cette croissance, elle cherche à conserver un équilibre. « Je ne voulais pas aller trop vite. Mon objectif, c’est d’avoir quelque chose de constant. »

 

Au Cambodge, Seng Sok Heng mise sur la mode des années 2000 pour se démarquer

« La décoration n'est pas terminée, on a besoin d'en mettre plus chaque jour. »

 

Une nouvelle génération d’entrepreneuses cambodgiennes

Le parcours de Seng Sok Heng n’est pas un cas isolé, il reflète celui d’une jeune génération cambodgienne plus attirée par l’entrepreneuriat et la création.

Elle revendique une approche progressive, encore en construction. « Je ne considère pas que j’ai réussi. Mais je suis déjà plus avancée qu’avant. » Et son expérience s’accompagne aussi de résistances, notamment au sein de son entourage familial, réticent avec l’entrepreneuriat. « Dans ma famille, on privilégie les emplois stables, c’est confortable chaque mois. Mais pour le business, vous prenez un risque. Vous investissez de l’argent, mais vous ne savez pas si vous allez en avoir en retour. La mentalité est différente, ils m’ont dit d’aller chercher un emploi, mais je n’ai pas abandonné » confie-t-elle.

Aujourd’hui, son initiative semble trouver un écho auprès d’autres jeunes Cambodgiennes. « Certaines m’ont dit que c’était un concept nouveau ici, différent des autres. »

Coline Luczak

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