À l’approche de la rentrée universitaire, la Direction régionale Asie-Pacifique de l’Agence universitaire de la Francophonie a pris ses quartiers à Phnom Penh, sur le campus de l’Institut de Technologie du Cambodge. Transféré depuis le Vietnam pour accompagner les besoins de développement éducatif et préparer l’accueil du Sommet de la Francophonie, ce nouveau siège marque une étape majeure pour le Royaume. Nicolas Maïnetti, directeur régional, revient sur les missions de cette institution et sur la portée stratégique de cette implantation pour le rayonnement universitaire asiatique.


L’AUF, opérateur de la diplomatie scientifique francophone
Créée en 1961 sous le nom de « l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française » (AUPELF), l’agence constitue la plus ancienne organisation institutionnelle de la Francophonie.
Association de droit canadien gérée par un conseil d’administration représentant ses institutions, l’AUF compte aujourd’hui plus d’un millier de membres répartis dans cent vingt pays. L’organisation est l’opérateur spécialisé du Sommet des chefs d’État pour l’enseignement supérieur et la recherche. Dans cette perspective, elle applique une stratégie quadriennale adoptée lors de ses assemblées générales. Une des actions marquantes de la période 2021-2025 a, par exemple, été la création des Centres d’employabilité francophones (CEF), qui sont plus d’une centaine à présent.
En Asie-Pacifique, zone qui s’étend de l’Inde jusqu’à la Polynésie française en passant par la Mongolie, cette politique s’est concrétisée par l’ouverture de 10 CEF, dont 2 au Cambodge, à Phnom Penh et à Battambang. L’AUF prépare également le déploiement du Programme international de mobilité et d’employabilité francophone (PIMEF), issu du Sommet de Villers-Cotterêts, conçu comme une déclinaison des programmes d’échange Erasmus à l’échelle de la francophonie.
Selon Nicolas Maïnetti, les orientations actuelles confirment un tournant stratégique : « La stratégie adoptée a introduit des thématiques fortes comme l’employabilité, la jeunesse, le soutien à l’écosystème autour de l’université comme la société civile et l’entrepreneuriat. »
Phnom Penh, un choix lié au développement de la francophonie au Cambodge
L’implantation historique de la direction régionale à Hanoï répondait à l’ouverture du Vietnam au début des années 1990 et à l’accueil du Sommet de la Francophonie en 1997. Aujourd’hui, le Cambodge concentre des opportunités majeures de développement par le savoir. Le pays se distingue par une utilisation vivante du français dans ses administrations et ses formations d’excellence, tout en se préparant à accueillir le prochain Sommet de la Francophonie.
Pour Nicolas Maïnetti, cette relocalisation géographique fait sens : « Le Cambodge présente de nombreuses similitudes avec les besoins de développement par l’éducation observés il y a deux décennies. Il est naturel que nous puissions piloter nos actions régionales depuis Phnom Penh, au sein du pays qui accueille le Sommet des chefs d’État et qui affiche un soutien public très affirmé envers la Francophonie. »
Ce transfert s’accompagne d’une dynamique académique importante, illustrée par l’ouverture à Phnom Penh de formations délocalisées comme la licence portée par l’Université Francophone d’Asie qui permettra aux élèves cambodgiens d’obtenir un diplôme en gestion délivré par Panthéon-Assas. « S’inscrire directement à un diplôme étranger sur le territoire cambodgien, c’est quelque chose de nouveau, et qui semble très pertinent. »
Pour le directeur régional, l’enjeu consiste également à faire rayonner les formations locales : « Un diplôme français possède une reconnaissance internationale, mais nous devons aussi valoriser la qualité propre des diplômes cambodgiens et œuvrer à leur internationalisation pour attirer des étudiants étrangers. »
Il ajoute : « Les deux démarches ne s’excluent pas. »
Perspectives d’avenir pour la communauté universitaire asiatique
Bien que le siège soit désormais établi dans la capitale cambodgienne, ce changement de siège n’aura pas de conséquences sur la présence de l’AUF dans les pays de la zone. En revanche, il répond à l’exigence immédiate du Sommet de la Francophonie qui aura des impacts sur le long terme pour le Cambodge.
À Phnom Penh, la priorité réside dans la préparation d’un événement d’envergure en partenariat avec le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports (MEJS).
L’AUF coorganise avec le MEJS le premier cycle scientifique francophone d’Asie-Pacifique. Structuré sur trois journées, cet événement comprendra un temps de réflexion consacré à la stratégie nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche avec les autorités cambodgiennes, ainsi qu’une conférence scientifique internationale axée sur le développement durable, la paix et la santé globale.
Des coopérations avec Expertise France, l’Institut de recherche pour le développement, le Gouvernement du Québec, etc., viendront également illustrer les liens étroits unissant recherche scientifique et société civile.
À suivre, donc…
Noé Garde
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