CULTURE – La fin des tatouages magiques?

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 19/11/2009 à 01:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 12:52

Les tatouages magiques sont partie intégrante de la culture khmère. Modernité oblige il est désormais pourtant plus rare de voir des Cambodgiens en arborer, à l'exception des soldats et des boxeurs. Et il est encore plus rare de trouver un tatoueur qui sache les réaliser.

Chan Trea au travail dans sa maison de Phnom Penh (crédit: AFP/Tang Chhing Sothy)

Chey Cham se lamente, il est désormais difficile de se faire un tatouage aux vertus magiques. "J'ai un tatouage de python sur mon biceps droit, mais c'est pour faire joli, pas pour la magie", dit le jeune homme de 30 ans qui vit dans les faubourgs de la capitale cambodgienne. "Je n'ai pas trouvé d'endroit où me faire tatouer des motifs magiques." Depuis des siècles, les Cambodgiens ont enduré des heures de piqure pour obtenir des tatouages mystiques dessinés à la main, et sensés leur donner des pouvoirs magiques ? mais la tradition disparaît alors que le pays se modernise.

Selon Miech Ponn, conseiller en us et coutumes à l'Institut Bouddhiste du Cambodge, les tatouages magiques sont réputés pour apporter chance et popularité, et sont arborés par les soldats qui veulent devenir invisibles et éviter les balles. "Les tatouages étaient autrefois très populaires parmi les hommes cambodgiens. Presque tous étaient tatoués", affirme-t-il. Aujourd'hui seuls les gens des campagnes, plus superstitieux, croient encore en ces pouvoirs magiques. "Encore maintenant, la science ne parvient pas à surpasser ces superstitions, je ne sais pas pourquoi."

Un tatouage aux pouvoirs magiques? (crédit: AFP/ Tang Chhin Sothy)

Le tatoueur Chan Trea note que le nombre de clients intéressés par des motifs aux pouvoirs spéciaux se fait moindre cette dernière décennie. "Il s'agit en général de policiers, soldats, des boxeurs et d'autres adeptes d'arts martiaux. Mais leur nombre baisse, et dans le futur les éléments magiques seront très rares dans le pays ". Les tatouages représentent souvent des créatures surnaturelles, divinités hindoues, ou des lettres en Pali ou Sanskrit. Les combattants cambodgiens arborent souvent des images intimidantes de dragons, tigres ou d'Hanuman, le Roi des Singes. Pour Chan Trea, les tatouages peuvent être réalisés par tout guérisseur traditionnel ou moine bouddhiste aux profondes croyances spirituelles, reste qu'ils sont peu nombreux aujourd'hui, encore en vie, à savoir utiliser les longues aiguilles traditionnelles, et réciter les incantations magiques.

Ces tatoueurs réputés dessinent les motifs magiques à la main avec deux ou trois aiguilles à coudre attachées les unes aux autres, injectant ainsi de l'encre noire, bleue ou rouge sous la peau. Mais pour les adeptes des pouvoirs sacrés, se faire piquer par quelques aiguilles ne suffit pas à l'en croire Miech Ponn. Ceux qui boivent de l'alcool ou s'engagent dans des aventures extra-maritales risquent d'affaiblir le pouvoir de leurs tatouages. Et de préciser que les porteurs de tels tatouages doivent s'abstenir de manger des patates violettes, des calebasses, ou des fruits des étoiles s'ils veulent que les formules magiques fonctionnent, pour les soldats sur le champ de bataille, le vol rompt le pouvoir magique du tatouage.

Ei Puthong, le champion cambodgien poids-lourd de kick-boxing, explique son règne incontesté sur la discipline une décennie durant à ses tatouages magiques. Son dos marqué d'une créature volante mystique et du Dieu Vishnu, et le symbole pali du "poids formidable"sur le bras droit, il affirme posséder plus de force dans ses coups. "Bien sûr que je crois aux tatouages magiques, même si c'est inexplicable. Ils m'ont aidé à gagner. Avec eux je me sens supérieur à mes adversaires sur le ring."

La croyance dans le pouvoir des tatouages est aussi évidente pour les troupes cambodgiennes stationnées près de Preah Vihear et de la frontière thaïlandaise, où les combats ont fait 7 morts l'an dernier. A proximité du site au centre de la dispute, un soldat de 46 ans au surnom de 'Oeurn' affirme que la plupart de ses camarades portent comme lui un tatouage magique en guise de protection. Les inscriptions en sanscrit sur son dos et sa poitrine ont prouvé leurs valeurs lors des combats d'avril dernier au cours desquels 3 cambodgiens ont été tués. "Lorsque c'est arrivé, plusieurs balles ont été tirées dans ma direction, mais par magie aucune ne m'a atteinte ".

Keo Kounila de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par A.O. (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) jeudi 19 novembre 2009

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