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ROXANA TRIBOI - "Après la révolution, l’agriculture urbaine en Roumanie a aussi été dévastée"

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 12/04/2015 à 22:00 | Mis à jour le 09/04/2015 à 18:24

Profiter d'un petit carré de terre à l'intérieur d'une ville ou à sa périphérie pour faire son potager : la pratique n'est pas nouvelle mais elle est en train d'attirer l'attention en Occident. Qu'en est-il en Roumanie ? La chercheuse en urbanisme Roxana Triboi est la première à se pencher sur l'évolution de cette pratique dans ce pays, du début du communisme, où elle était encouragée, à nos jours, où elle est complètement chaotique. (Cette interview a été publiée le 9 février 2015)

Photo : Roxana Triboi

Lepetitjournal.com/Bucarest : Qu'est-ce que l'agriculture urbaine ?

Roxana Triboi : C'est la pratique agricole dans la ville. L'agriculture urbaine a toujours existé mais elle a considérablement diminué dans les pays industrialisés. Aujourd'hui, on cherche à l'encourager de nouveau car il s'agit de l'agriculture la moins coûteuse et la plus saine  : elle ne demande ni transport ni réfrigération - elle est faite à côté des consommateurs - et donc offre des produits toujours frais.

Qu'en est-il à Bucarest et en Roumanie ?

Pour la Roumanie, on parle plutôt d'agriculture périurbaine. Nous sommes un pays de bergers et la colonisation des zones délaissées aux abords des villes s'est faite extrêmement rapidement dans les années 1990. Or cette pratique spontanée est unique en Europe à cet échelle. Aujourd'hui, on recense par exemple 39.000 moutons et chèvres dans la périphérie de Bucarest et 2600 à Bucarest même. Par ailleurs, la crise économique et l'apparition des subventions aux cultures arables ont eu des effets très visibles. Les surfaces labourées aux portes des villes ont réapparu presque immédiatement, obligeant les bergers à se déplacer le longdes corridors écologiques naturels comme les vallons, les pentes et les terrains non propices aux labours. Et ainsi entretenir ces zones délaissées.

L'agriculture urbaine était-elle encouragée sous le communisme ?

L'urbanisation et l'industrialisation imposées par le régime communiste ont été des phénomènes extrêmement brutaux en Roumanie. Ils ont entrainé l'apparition de paysans néo-urbains pour qui le travail de la terre était une manière spontanée de s'apprivoiser un espace vert, neutre et standardisé. Ces personnes ont ramené leurs boutures, leurs arbres, leurs vignes et les ont plantés en bas des immeubles, dans les cours ou dans les parcelles libres autour des usines? Ils ont aussi utilisé leur balcon pour élever des poules ou faire leur jardin.

La politique productiviste de Ceau?escu a également façonné une forme d'agriculture urbaine dans laquelle chaque parcelle était à valoriser. Elle ne permettait pas les friches ni dans les villes, ni à ses abords. Tout lopin de terre devait être productif. La gestion centralisée de l'agriculture a eu aussi des effets positifs. Elle a permis la création de zones maraichères, de serres, de pâturages, toutes gérées par des fermes d'État qui profitaient de la proximité des villes. Par exemple, il y avait des serres qui se connectaient au chauffage urbain pour pomper de l'eau chaude. Même les parcs étaient utilisées pour fournir des fleurs ou des fruits. On y ramassait les marrons par exemple.

Que s'est-il passé après 1989 ?

Après la révolution, l'agriculture roumaine dans son ensemble a été dévastée par la décollectivisation. Ce phénomène a touché les agricultures rurales comme celles périurbaines ou urbaines. Les infrastructures du monde agricole ont été dévastées. Les fermes, les réseaux d'irrigation, les serres ont été touchés par l'abandon et le vol. Mais la nature n'aime pas le vide et les terres se sont enherbées pour devenir des friches bien attrayantes pour les troupeaux transhumants de brebis et de chèvres. Il faut aussi noter l'apparition d'initiatives remarquables dans des contextes plus urbains. Par exemple, les actions de "La terenuri M?n??tur" à Cluj ou "Gr?dini Urbane Comunitare", qui projette de transformer une terrasse de la Maison du Peuple en forêt comestible.

Entretien réalisé par Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 13 avril 2015

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