ESCAPADES - A la découverte des merveilleuses fresques des monastères de Bucovine

Par Tara Autentica | Publié le 23/09/2022 à 00:00 | Mis à jour le 23/09/2022 à 08:19
Photo : Wikipedia / Radueduard
monastère Voronet Bucovine en Roumanie

Dans le nord de la Roumanie se trouve un ensemble unique de monastères et d’églises, dont 8 sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Daniela et Pascal, de l'agence de tourisme Tara Autentica, reviennent sur les évènements qui ont donné naissance à ces bijoux architecturaux et aux innombrables trésors qu’ils renferment.

 


La prise de Constantinople par l’armée du sultan Mehmet II le 29 mai 1453 constitue le coup de grâce donné à l’Empire Byzantin, après la conquête des Balkans et de l’Asie mineure par les Ottomans et l’occupation de la Crimée par les Tatars de la Horde d’or. Peu à peu, soumis au lourd tribut imposé par l’Empire Ottoman, la culture et l’art byzantin entrent dans un cône d’ombre pour plusieurs siècles.


Dans la deuxième moitié du XVème siècle, la Valachie et la Moldavie comptaient parmi les derniers territoires orthodoxes à repousser l’avancée des armées turques. En 1457, le prince Etienne le Grand (Stefan cel Mare), seigneur de Moldavie, va réussir, par des luttes courageuses et des négociations diplomatiques habiles, à résister  aux envahisseurs pendant 47 ans. Dans le même temps, Etienne va lancer un ample programme de construction d’églises et de monastères, mélangeant éléments architecturaux byzantins et éléments locaux, pour donner naissance au style moldave. La tradition mentionne 40 fondations, dont 26 attestées, mais aussi la confection de nombreux objets d’art civils ou religieux, d’extraordinaires broderies, de livres liturgiques, de pièces d’orfèvrerie, etc. Des sommes d’argent considérables sont allouées et les ateliers des monastères travaillent avec les meilleurs matériaux, les moines et apprentis sont envoyés étudier dans des ateliers renommés, créant un élan artistique et iconographique sans précédent dans la principauté.

monastère Voronet Bucovine Roumanie
monastère de Voronet - Photo: Adam Jones adamjones.freeservers.com


L’objectif est majeur : faire renaitre l’esprit byzantin en Europe, en réaction à la croissance de l’influence de l’islam, mais également du catholicisme. Dans ce contexte, il faut remarquer que la seconde épouse d’Etienne le Grand est la princesse Maria de Mangop, principauté située en Crimée, portant le nom des Paléologues, dernière dynastie des Empereurs byzantins.
L’héritage d’Etienne le Grand va être poursuivi d’une manière spectaculaire par son fils, Petru Rares (qui a régné entre 1527-1538 et entre 1541-1548), celui qui va lancer la réalisation de fresques sur les murs extérieurs des églises, pour des raisons dogmatiques, artistiques et politiques, alors que les déferlements ottomans deviennent inarrêtables.

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tombeau de la princesse Maria de Mangop


Une merveilleuse illustration nous est donnée par  la superbe fresque de l’église du monastère de Moldovita, représentant le siège de Constantinople en 626, lorsque la ville a été sauvée des Perses par une intervention divine. Pourtant, ici, les soldats byzantins, Perses ou Avares, sont remplacés par les Moldaves et les Turcs. De même, la ville de Constantinople ressemble à Suceava, la capitale de la Moldavie médiévale à cette époque, faisant un parallèle entre le sauvetage de l’Empire byzantin et la situation désespérée de la Moldavie en 1537, lorsque la fresque a été peinte. Message politique du prince à ses sujets, il s’agit d’un appel à la résistance par la foi et les armes.


Cet appel se retrouve dans de nombreuses fresques, notamment par la représentation des martyres tombés sous les coups des Turcs ou des Tatars. Parmi les plus visibles, le martyr de Saint Jean le Nouveau est particulièrement détaillé au travers d’images suggestives. Chef d’une communauté chrétienne des abords de la Mer Noire au début du XIVème siècle, il a refusé d’abjurer sa religion orthodoxe face aux Tatars et a été torturé, tiré par un cheval dans les rues de la ville et, enfin, décapité. Il est devenu par la suite le saint patron de la ville de Suceava, ses reliques ayant été déposées, en 1402, dans l’église portant son nom.

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Acathiste dédié à Saint Jean le Nouveau détail


Il était également une évidence que Saint George, celui qui terrasse le dragon, symbole du mal qui menace la cité, soit choisi pour être le protecteur de la principauté de Moldavie, étant peint dans toutes les églises du territoire. Plus encore, dans l’église de Patrauti (1487), Etienne le Grand convoque les saints militaires pour aider l’armée moldave, celle-ci étant confrontée à des soldats cinq à six fois plus nombreux. Scène unique dans le monde orthodoxe par sa composition iconographique, "la cavalcade de Saint Constantin" ou "la calvacade des saints militaires" dépeint une armée de martyrs tués lors de persécutions anti-chrétiennes, conduits par l’archange Michel et  Constantin le Grand, premier Empereur de Byzance, accompagnés de la Sainte croix.

Tableau votif Etienne le Grand fresque monastère Bucovine Tara Autenica, agence de voyage Roumanie
Tableau votif Etienne le Grand


Dans la fresque du Jugement Dernier, occupant la totalité de la façade ouest de l’église du monastère de Voronet, le message politique est on ne peut plus clair : princes de Moldavie, seigneurs et représentants de l’église orthodoxe sont peints du côté du Bien, à la droite du Christ, avec un accès direct au paradis, étant des exemples à suivre et des leaders à qui l’ensemble du peuple doit obéir. Alors que, du côté du Mal et des enfers, en compagnie des damnés, les Turcs, les Tatars, les Polonais catholiques, les juifs ou les Arméniens (concurrents commerciaux des seigneurs moldaves), sont désignés ostensiblement comme ennemis du peuple moldave et indignes du paradis.

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Fresque extérieure représentant le jugement dernier - Wikipedia / Alejo2083


Dans une période aussi sombre, lorsque la grande majorité de la population ne savait ni lire, ni écrire, les fresques se révélaient être un puissant outil de communication, lumineux et coloré, les murs des monastères étant construits autant pour se défendre des attaques que pour élever des barrières idéologiques contre les dangers du monde extérieur.

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Fresque du jugement dernier Voronet - Wikipedia / Ione.pomana


Après l’an 1538, alors que la Moldavie tombe définitivement sous le joug de l’Empire Ottoman, la fièvre des coûteuses constructions religieuses et des peintures extérieures s’éteint doucement, son ultime souffle étant incarné par le monastère de Sucevita, fondé entre 1581 et 1606. Pour autant, l’esprit byzantin ne disparait pas, mais survit sous une forme plus discrète. Aujourd’hui, dans le nord-est de la Roumanie, dans un territoire nommé la Bucovine, nous découvrons les merveilles d’un âge d’or révolu, sous nos yeux se déroulant les pages d’un livre qui relate l’histoire du peuple moldave et sa lutte pour sa foi et sa liberté.

 

 

Article offert par l'agence de tourisme Tara Autentica

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