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« Vive le Québec libre ! »

Par FLEcible | Publié le 11/01/2021 à 23:00 | Mis à jour le 11/01/2021 à 23:00
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« Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Et vive la France ! » Une phrase célèbre du Général de Gaulle, prononcée le 24 juillet 1967 et qui a non seulement provoqué une crise diplomatique mais aussi mis en lumière la situation très particulière du Québec au sein de la fédération canadienne, une situation à l’époque peu connue au niveau international.

En obtenant par ces paroles un effet concret sur son environnement, le général De Gaulle réalise, sans doute à son insu, un « acte de parole ». En effet, s’il est parfaitement conscient qu’il va provoquer une crise au moment de prononcer ces mots, il est peu probable qu’il connaissait les travaux de Roman Jakobson sur la communication et ceux de linguistes et philosophes des décennies précédentes sur l’effet performatif du langage.

Un acte de parole (ou de langage) est un moyen mis en œuvre par un locuteur pour agir sur son environnement en utilisant des mots. Par le langage, le locuteur cherche à informer, inciter, demander, convaincre, promettre, manipuler ses interlocuteurs. Indéniablement ce qu’a fait et obtenu Charles de Gaulle avec son « vive le Québec libre ! »

Jakobson théorise la communication

Dans son aspect pragmatique - la pragmatique est une branche de la linguistique qui s'intéresse aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu'en connaissant le contexte de leur emploi - le langage est action : il agit, il fait faire, il ne se contente pas de dire, il a des effets sur autrui. La pragmatique traduit cette valeur d’action sous la forme « d’actes de paroles ».

Une dimension du langage à laquelle fut très tôt sensible Jakobson, l’un des linguistes les plus influents du 20ème siècle, qui s’intéresse dès 1950 à la notion de communication en la reliant formellement et explicitement au langage. Jakobson théorise la communication en mettant en avant ses différentes fonctions : émotive (inhérente à celui qui parle), conative (ce qui agit sur le destinataire), référentielle (ce dont il s’agit), poétique (ce qui est au cœur du message : il peut s’agir d’une poésie, de jeux de mots, etc.), phatique (le canal qui véhicule le message : canal auditif, visuel… par exemple ‘allo ?’, ‘n’est-ce pas’ etc.), métalinguistique (le code linguistique : le mot « chat » est composé de quatre signes, les lettres). Sans le savoir, le général de Gaulle usait donc de la fonction conative du langage avec son acte de parole « Vive le Québec libre ! » 

Quatre ans après la phrase inédite du général de Gaulle, le linguiste, sociolinguiste, anthropologue et folkloriste américain Dell Hymes prend fortement position pour une approche « des faits de langage » : tous les mots ont un sens. En 1972, Dell Hymes, proche de la linguistique de Jakobson, est le père du modèle SPEAKING. Son approche est centrée sur l’exploration de l’activité langagière dans les situations sociales, sur les usages langagiers étudiés comme des événements.

« Quand dire c’est faire ! »

On peut voir que dans le cadre du langage, à travers la communication, plusieurs phénomènes sont en interaction : des acteurs, des phrases différentes avec des intonations diverses, un public, une autre culture, le sexe, l’âge, le mode de vie des différents acteurs… Bref, des paramètres à prendre en considération lorsque l’on fait un discours… chose qui n’est pas passée inaperçue dans cette célèbre phrase de De Gaulle qui créerai le buzz aujourd’hui sur les réseaux sociaux !

Lorsqu’un Français dit « j’ai eu mes examens haut la main », un interlocuteur étranger dont le français n’est pas sa langue maternelle ne comprend pas pourquoi le français parle de sa main alors que la conversation porte sur ses examens. Cet acte de paroles met en évidence un enseignement dit « fonctionnel » du français. Qu’est-ce qu’un locuteur a besoin d’apprendre en priorité ? Pour parler assez vite un peu ? Comment parler une autre langue, à tout moment, dans la vie de tous les jours ? Jakobson répondait par la dimension sociale du langage en délimitant la notion de situation de communication : un apprenant doit savoir commander un menu dans un restaurant, faire ses courses au supermarché et non pas apprendre une liste de mots à répéter comme un perroquet et dont il ne sait pas bien le sens et l’usage.

Ainsi pour les précurseurs d’un langage clair, tels que le philosophe américain John Searle, dans une phrase du type « la séance est ouverte » il ne s’agit pas simplement de mots mais bel et bien d’une association de l’acte à la parole. Il va sans dire que le général de Gaulle a jeté un « pavé dans la mare » en prononçant son célèbre « Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Et vive la France ! », en bon communicant, lui qui s’est révélé un professionnel des actes de paroles, rejoignant l’assertion du philosophe John L. Austin : « Quand dire c’est faire ! »

Le saviez-vous :

Il faut bien différencier l’acte de parole (parler pour avoir une action) de l’expression idiomatique (des mots employés souvent hors de leur sens commun). Ainsi, dire j'ai eu mon examen « les doigts dans le nez ! » n’a pas pour but d’inciter les gens à se curer l’appendice nasal avec les doigts !

 

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