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Les druzes, ce peuple méconnu

Par Rédaction LPJ Beyrouth | Publié le 17/01/2019 à 09:57 | Mis à jour le 17/01/2019 à 12:03
Photo : prise de Pinterest (photo by S.McCurry)
Les druzes

Née en Egypte et installée sur trois pays, la communauté millénaire, qui pratique un culte mystérieux issu d’une branche hétérodoxe du chiisme, a su s’adapter aux évolutions politiques du Moyen-Orient.
 

Les origines
Au début du XIème siècle, le vaste empire musulman, cimenté par l’islam et qui s’étend du Maghreb aux frontières de l’Inde, s'effrite. Des sectes dissidentes fleurissent un peu partout. D’obédience ismaélienne, une branche reconnue du chiisme, Hakim, le calife (gouverneur) d’Egypte, est menacé par le pouvoir central à Bagdad. Le calife se proclame divinité. Son vizir (Premier ministre) Darazi, un Perse originaire de l’actuelle Ouzbékistan, crée un culte autour de Hakim auquel il donne son nom. La religion druze est née.

Les disciples druzes sont considérés comme hérétiques par les musulmans. Chassés d’Egypte, ils trouvent refuge dans les régions montagneuses du Levant. D’abord concentrés dans le Hauran, situé dans le sud de la Syrie, que l’on nommera plus tard le Djebel (montagne) druze, ils s’installent également dans la Galilée israélienne, le Golan et les hauteurs du Mont-Liban.

 

La doctrine
Le druzisme est un dérivatif monothéiste ésotérique issu de l’islam et fortement inspiré du bouddhisme, basé sur l’unité absolue de Dieu. Pour les druzes, le calife Hakim, mystérieusement disparu en 1021, est la dernière incarnation de Dieu sur Terre. Les Druzes ne se soumettent pas aux obligations de la charia et croient en la réincarnation. Ils n'ont ni rites, cérémonies, prières ou lieu de culte. Le druzisme est basé sur cinq principes cosmiques -  l’esprit, l’âme, le verbe, le précédent et le suivant - symbolisés par cinq couleurs différentes - vert, rouge, jaune, bleu, blanc – qui forment le drapeau ou l’étoile à cinq branches des druzes.

 

Culte du secret et de la préservation
Pendant plusieurs siècles, la communauté druze se structure dans l’optique d’échapper aux persécutions des empires qui se succèderont dans cette région, à l’instar des minorités chrétiennes ou juives. Les textes sacrés druzes (les livres de la Sagesse), rédigés par le philosophe Hamza, ne sont accessibles qu’à des initiés et enseignés par des dignitaires spirituels. Le prosélytisme du culte druze est banni, au point que cette religion soit encore aujourd’hui considérée comme la plus secrète du monde. Par ailleurs, il existe un principe de la dissimulation, la taqiya, invitant le croyant à cacher sa religion par sécurité ou lorsque les intérêts de la communauté peuvent être menacés.

 

Alliances d’opportunité
Réputés pour leur capacité de résistance face aux envahisseurs et leur persévérance, les druzes ont également l’image d’une communauté nouant des alliances d’opportunité.

Durant la période des Croisades, les druzes s’allient à l’empire musulman face aux Croisés. A la fin du 17ème siècle, les druzes et leur suzerain, l’émir Fakhreddine II, issu de la dynastie libanaise des Maan s’allient avec les maronites dans une guerre d’indépendance face à l’Empire ottoman. Mais cette révolte est violemment réprimée. Les Ottomans donnent ensuite le pouvoir à la dynastie libanaise rivale des Chehab, d’origine sunnite. Pour pacifier et stabiliser le Mont-Liban, les Chehab encouragent l’installation des maronites, au grand dam des druzes menés par les Joumblatt, une famille de notables influents d’origine kurde et convertie au druzisme au milieu du XVIIème.

Au XIXème, la montagne libanaise passe sous administration ottomane directe. Elle est divisée en deux cantons, l'un druze sous l'autorité des Joumblatt, l'autre chrétien sous l'autorité du patriarcat maronite. Les deux camps vont se mener une guerre meurtrière pendant 20 ans. Pour protéger les chrétiens, la France envoie des troupes. Les druzes rentrent dans le rang.

Après la fin de l’Empire ottoman en 1922 puis l’indépendance du Liban, de la Syrie et la création d’Israël dans les années 40, les druzes s’intègrent dans la vie politique de ces pays, en adoptant une politique d’opportunité préservant leurs intérêts.

Grâce aux talents de Kamal et de son fils Walid Joumblatt, les druzes libanais ont acquis une importance sur la scène politique bien supérieure à leur poids démographique (environ 200.000, soit 5% de la population du Liban). En Syrie, la minorité druze (environ 700.000, 3% de la population), divisée, a tout fait pour s'épargner les ravages de la guerre qui déchire le pays depuis 2011. En Israël, les druzes (130.000, 1,5%), qui servent dans l’armée, sont mobilisés contre une loi définissant Israël comme Etat-Nation du peuple juif.

 

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Rédaction LPJ Beyrouth

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1 Commentaire (s)Réagir
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Didier auzeneau jeu 17/01/2019 - 21:39

merci j'ai bien aimé l'article sur les Drûzes , simple , mais trés parlant

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