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Le Levantine Institute, une entreprise sociale à Tripoli

Par Justine Huc-Lhuillery | Publié le 24/09/2018 à 10:40 | Mis à jour le 24/09/2018 à 14:10
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Crée en 2017 par Alexandre Khouri, un familier du travail humanitaire, l’institut aide à l’éducation d’enfants syriens et propose des cours d’arabe, en totale immersion.

Chaque année, le Levantine Institute accueille des voyageurs de tous pays qui souhaitent apprendre l’arabe et le libanais. Le centre propose aussi des logements et des activités au sein d’associations locales. A 70 km de Beyrouth, Tripoli offre un environnement bien différent de celui de la capitale. Loin du mélange culturel de Beyrouth, un séjour à Tripoli permet une réelle immersion dans une ville arabe. Accessible aux budgets limités, la ville attire de nombreux étudiants.

Alexandre Khouri est un Franco-Libanais issu d’une famille de Tripoli. En 2016, il commence à travailler au centre Maan de soutien scolaire pour les réfugiés syriens. Il monte en parallèle l’institut. En 2017 le centre de soutien est obligé de fermer ses portes pour des raisons financières. Il décide de profiter des premières rentrées financières de l’institut pour continuer le travail avec les enfants.

Le besoin de soutien scolaire pour les réfugiés émerge en 2013. L’Etat libanais met en place le programme « back to school » en coopération avec le FMI et la Banque Mondiale, et instaure un système de « double shift » pour les élèves du primaire. Les élèves libanais vont à l’école le matin, et les enfants syriens l’après-midi.

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Alexandre Khouri parle de cette opération comme un « semi succès » pour plusieurs raisons. On estime à 500.000 le nombre d’enfants de réfugiés syriens. 180.000 d’entre eux suivent ces cours du deuxième shift. Le cursus libanais n’a pas été adapté au programme syrien. La moitié des cours au Liban est dispensée en anglais ou en français, alors que les Syriens ne suivent des cours en anglais que quelques heures par semaines. Ce décalage a découragé un grand nombre d’enfants qui préféraient aider leurs parents en travaillant.

« Plusieurs ONG se sont alors mobilisées pour combler ces lacunes linguistiques », explique M. Khouri. Pour poursuivre le travail du centre de soutien, il était nécessaire de trouver un moyen de financement stable. « Le Levantine Institute est complètement autonome financièrement. On tient à cette indépendance. On a commencé avec peu de matériel et un petit budget. Aujourd’hui on a 5 instituteurs et 9 employés. ». L’institut gère donc deux écoles en parallèle.

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« Le décollage des notes est vraiment flagrant », affirme le fondateur du centre. Les professeurs effectuent un suivi scolaire régulier pour répondre aux besoins des enfants. Ils commencent à s’exprimer en français et apprennent d’une façon différente.

Le centre est aussi un lieu détaché de leur vie quotidienne. « Ils habitent souvent dans des appartements à 3 ou 4 familles. La ville ne leur offre pas d’espaces verts. Les parents sont réticents à les laisser jouer dans la rue. Ce sont des conditions de vie complètement étouffantes », explique M. Khouri. Les membres de l’institut ont aménagé un petit jardin derrière le bâtiment, loin des voitures et de l’ambiance de la ville. Les adultes de l’institut se prennent souvent au jeu, organisant des activités pour les enfants. Une volontaire y donne en ce moment des cours de capoeira.

Depuis un an, les deux projets évoluent en parallèle, sans pour autant se détacher. Le centre de soutien accueille 50 enfants qui prennent 3 heures de cours par jour. Il propose également des activités variées hors de Tripoli, afin de faire sortir les enfants de « la grisaille de la ville ». Les cours sont un succès. Les enfants progressent en prenant goût à l’école au Liban, après plusieurs années instables. Le programme du Levantine Institute est original, pour l’enseignement de l’arabe littéraire ou dialectal, pour quelques mois ou une année entière. L’institut propose une conférence par mois, projette des films et organise des séances de débat. Il est devenu une « alternative attractive » pour les étudiants, mélangeant volontariat, apprentissage et immersion dans une ville « qui assume son arabité ». Les élèves des cours d’arabe sont incités à s’engager auprès des associations locales, et notamment à aider le centre de soutien.

Le succès pousse les fondateurs du centre à voir plus loin. Pour la suite, Alexandre Khouri souhaite faire du centre Maan une réelle ONG, afin de gagner encore en stabilité. Le Levantine Institute proposera bientôt des cours en ligne sur Skype, tout en continuant à construire son site web et son programme linguistique.

        

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Justine Huc-Lhuillery

Justine Huc-Lhuillery

Captivée par les trames et les drames de la scène politique, je souhaite en comprendre les mécanismes. Mon enquête commence par le Liban.
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