Mercredi 25 novembre 2020

Le DJ parisien Nick V s'apprête à envoûter Berlin

Par Jean Coudray | Publié le 08/11/2019 à 07:00 | Mis à jour le 08/11/2019 à 12:21
Photo : © Marie Staggat
Nick V DJ La Mona Paloma Bar Berlin PARIS

Un DJ parisien, une soirée berlinoise au Paloma Bar : les planètes s'alignent ce samedi 9 novembre qui marque les 30 ans de la chute du Mur mais aussi célèbre la nuit européenne des clubs dans la capitale allemande. Entretien avec Nick V, co-fondateur et DJ de la mythique soirée La Mona : l’amant du son qui aimante les dance-floors.

Nick Vu-Hoang est né à Manchester en 1970, il fut le témoin enamouré de l'apparition de la boite à rythme dans la culture musicale underground émergente des années 70 et 80, dont Détroit et New-York furent les capitales naturelles. À l'époque, la « dance » n'était qu'une niche musicale, supposément réservée à la culture gay et noire désireuse de s'exprimer avec sa propre signature hip-hop et house et ses vocales si particulières. Les gens apprenaient à danser autrement et librement, le son était différent, la musique électronique en était à ses premiers balbutiements et il allait en faire partie. C'est ainsi qu'il passait ses soirées adolescentes à enregistrer les émissions de radio pour les conserver, ou ses journées à chiner le vynil qui lui plairait, la pépite dont il aurait l'exclusivité relative de la découverte, et qu'il pourrait ensuite échanger avec d'autres passionnés pour en entendre plus et parfaire sa culture musicale. Au détour d'un entretien pour lepetitjournal.com, l'un des cofondateurs de La Mona, résident à La Bellevilloise, et accessoirement professeur d'arts martiaux, nous explique le concept de ses soirées magnétiques qu'il exporte ce week-end au Paloma Bar pour l'European Clubnight 2019 et revient sur le rapport qu'il entretient avec la musique, la danse et son métier.


Lepetitjournal.com/berlin : en quoi cette soirée anniversaire berlinoise est-elle spéciale ? 

Nick V : pour célébrer les 30 ans de la chute du Mur de Berlin, la plupart des gros clubs berlinois ont invité des artistes de toute l'Europe, qui se produiront en simultané. J'aurais la chance de mixer avec André mon co-résident à La Mona au Paloma Bar ce samedi 9 novembre pour faire partie de cette grande fête. Afin de donner le ton comme c'est le cas lors de nos soirées parisiennes, Tiger Saint Laurent, professeure de danse, dispensera quelques techniques de voguing dès le début de soirée pour créer une énergie unique. La danse est à la base de la philosophie des soirées de La Mona, elle permet de créer une énergie puissante entre la musique et les corps, de faire vivre toute la salle. La house permet de s'exprimer en club à travers différents styles de mouvements comme le waacking, le jazz dance, la soul dance, la funk steps, le voguing.

Qu'est ce qui vous inspire majoritairement pour produire la bande-son de vos soirées ?

J'ai grandi pendant la new-wave et les débuts de la « dance », ma musique est fortement marquée par les influences afro-américaines de mon adolescence de Chaka Khan, Prince, ou encore Afrika Bambaataa. Il faut comprendre qu'à l'époque nous étions envahis par une multiplicité de sonorités indie, disco, funk et si l'électro était plus difficile d'accès par rapport à aujourd'hui, elle était déjà très riche. La culture du sound-system afro-caribéen et des courants jamaïcains imprégnés par le filtre anglais de ma jeunesse m'a énormément influencé. Aussi, je suis arrivé à Paris en 1987, au moment de l'essor de la acid house, et j'ai commencé à mixer fort de tout ce background musical dès 1993.

DJ Nick V
© Marie Staggat



Quelles différences feriez-vous entre la scène et le public parisien et berlinois ?

Ces deux villes sont complètement différentes. Paris est une ville préservée, esthétique, tandis que Berlin porte sur elle la destruction, la séparation et son passé industriel. Les lieux dans lesquels je mixe n'ont rien à voir d'une ville à l'autre. Les salles parisiennes sont conçues pour notre musique et la danse alors que Berlin est plus underground, chaque lieu transpire d'un passé chargé, c'est à nous de nous y adapter.

L'accessibilité vis-à-vis de la house n'est pas non plus la même dans les deux villes, Berlin se veut brute et dure à apprivoiser à l'instar de son côté punk, il faut creuser, il y a un aspect confidentiel dans les soirées électro, il faut avoir envie car ça ne vient pas à vous tout seul et cela crée un tri naturel de ceux qui ont le bon esprit. Paris quant à elle devient de plus underground, mais les soirées ont tendance à être accessibles au premiers venus, certaines personnes viennent mais ne comprennent pas pourquoi elles sont là, par contre on y danse davantage.


Quel est votre rapport à l'industrie de la musique électronique et au son en général ? Comment-a-t-il évolué au fil de vos 25 ans de carrière ?

J'étais un très grand consommateur de musique dans ma jeunesse, mais elle était chère et difficilement accessible. Les choses ont changé aujourd'hui notamment parce qu'elle s'est démocratisée et numérisée. J'en écoute aujourd'hui beaucoup moins pour mon plaisir personnel car nous sommes assaillis par la musique électronique malgré nous dans les magasins, les gares et l'ensemble de l'espace public. Ce n'est pas ma vision ni ma philosophie de ce que devrait être cet art.

Pour ce qui est du volume global de la production musicale, il est largement supérieur qu'à mes débuts et il y a donc obligatoirement plus de bonne musique qui sort mais dans le flot général de la production musicale le fait que celle-ci soit plus facilement accessible est sans doute une illusion. Cependant, le changement de support a eu plusieurs effets sur la qualité de la musique et la longévité des artistes. Autrefois pour sortir un maxi, il fallait l'enregistrer, le mixer, le masteriser en plusieurs étapes d'une manière quasi-artisanale. Aujourd'hui on peut réaliser un produit fini avec un seul ordinateur voire même un portable d'une seule traite. La qualité purement sonore de la musique en a selon moi lourdement pâti. La numérisation des supports crée aussi un modèle économique beaucoup plus précaire depuis quelques années. Il est possible pour un artiste de faire un coup d'éclat mais le live est devenu la source de revenu presque exclusive de la musique électronique ; il est donc devenu impossible de durer dans ce milieu sans se produire régulièrement en live. C'est d'ailleurs bénéfique que de nouveaux festivals émergent et que les clubs continuent à garder le rythme, afin que la « dance » et la musique électronique continuent de vivre comme se sera assurément le cas dans toute la capitale allemande samedi soir.

Plus d'informations sur l'European Clubnight 2019 ici.

Souncloud Mona musique par là.
 

 

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