Le sculpteur allemand Jacques Tilly, connu pour ses œuvres sur les chars du carnaval est poursuivi en Russie pour ses caricatures représentant Vladimir Poutine. Jugé par contumace à Moscou (c’est à dire sans être présent) le 26 février prochain, il dénonce une attaque politique contre la liberté d’expression.


Un procès très politique se joue à Moscou autour… de chars de carnaval allemands. Jacques Tilly, célèbre sculpteur de Düsseldorf connu pour ses énormes figures en papier mâché, doit être jugé par contumace le 26 février pour ses caricatures de Vladimir Poutine, président russe. Les autorités lui reprochent d’avoir “diffusé de fausses informations sur l’armée” et “de haine politique” à travers ses chars, qui défilent chaque année lors du Rosenmontag, le grand lundi de carnaval en Allemagne.
Sur ses créations, Poutine apparaît tour à tour baignant dans le sang ukrainien, derrière des barreaux ou encore dans des mises en scène ouvertement sexuelles, souvent aux côtés du patriarche Kirill ou de Donald Trump. L’objectif assumé de Tilly est de frapper fort : caricatures outrancières, slogans mordants, couleurs violentes. C’est précisément ce langage satirique qui vaut aujourd’hui à l’artiste d’être poursuivi en Russie, où ces œuvres sont interprétées comme une insulte à l’État, à l’armée et à la religion orthodoxe.
Le sculpteur, lui, n’a évidemment aucune intention de se rendre à Moscou où le procès se tiendra donc en son absence. Il parle d’un “procès absurde” et qualifie les accusations d’ ”absurdité propagandiste”. Selon la loi, Tilly encoure jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende. S'il est condamné, le sculpteur ne risque rien dans l'immédiat tant qu'il ne se rend pas dans un pays ayant un accord d'extradition avec la Russie. Cependant, il deviendra un criminel aux yeux des forces de l'ordre russes et peut donc être arrêté s’il se rend sur l’un des territoires de la Fédération de Russie.
Mais l’affaire dépasse le cas personnel de l’artiste. Elle illustre encore une fois la volonté du pouvoir russe d’étendre la répression contre les critiques de la guerre en Ukraine bien au-delà de ses frontières. En s’attaquant à un symbole populaire du carnaval rhénan, Moscou envoie un message à tous les satiristes européens : les moqueries visant Poutine et l’armée russe seront traquées partout où elles apparaissent.
En Allemagne, le soutien à Tilly est large. Le président du parlement du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, André Kuper a lui-même fait part de son soutien à l’artiste. Dans un communiqué, il explique que “la procédure pénale engagée en Russie pour diffamation à cause de ses caricatures montre que seules les démocraties garantissent la liberté”.
Nombreux sont ceux qui qualifient son travail d'exercice légitime de la liberté d’expression et de la tradition carnavalesque, celle qui autorise, le temps d’un défilé, à tourner les puissants en ridicule. L’artiste promet de ne pas se laisser intimider, ayant sans nul doute déjà de nouvelles idées de chars visant le Kremlin en tête.
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