Édition internationale

CINEMA - Yolande Moreau, l’art du poétiquement fêlé

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012
A l'affiche de Louise Michel et bientôt de Séraphine, Yolande Moreau s'affirme comme une comédienne atypique. D'Agnès Varda aux Deschiens, portrait d'une actrice ovni qui a tout raflé aux Césars l'an dernier mais continue à faire ses courses à Super U...

Yolande Moreau, star du Super U (photo. Promo)

Elle pourrait jouer dans les films de Kaurismaki, a cette grâce brute et habitée des doux dingues, gentiment fêlés mais les pieds sur terre. Yolande Moreau est une star anti-star, une princesse qui s'habillerait en Tati, une diva des sans noms. On n'en connait pas beaucoup des actrices qui se lanceraient dans ce genre d'annonce à la très sélect cérémonie des Césars: ?Martin (Provost, ndlr) et moi on habite dans la même campagne, en Normandie. Tu m'as aperçue au Super U c'est comme ça que tu as l'idée pour Séraphine. Je lance un appel à tous les réalisateurs de talent s'ils ont envie de déménager, la région est belle chez moi, c'est vallonné. Le Super U est fermé mais je vais de temps en temps au Monoprix, bonsoir?. C'était l'hiver dernier, Yolande Moreau en robe rouge soyeuse recevait le deuxième César de la meilleure actrice de sa carrière (après Quand la mer monte) pour Séraphine. Comment cette gueule de Deschiens a t-elle réussi à percer dans le milieu du cinéma français? C'est que la bande à Canal a quelque peu effacé le pedigree d'actrice de madame : rappelons qu'Agnès Varda la faisait jouer dans ses films dans les années 80 et qu'elle avait usé les planches du café-théâtre avant de se coller derrière le p'tit écran.

Cendrillon du ch'nord
Cet automne, Yolande Moreau est la figure incontournable sur les écrans allemands. Depuis septembre elle est à l'affiche de Louise hires a contract killer, traduction qui en dit déjà trop. En français c'était sobrement Louise Michel, laissant croire à une référence révolutionnaire. Yolande Moreau y est grandiose en ouvrière picarde sur le carreau. C'est une comédie brute sans discours, violemment réaliste où l'univers des Deschiens a croisé les Grolandais en territoire picard. C'est peu dire que l'humour y est décalé, grinçant, méchant. Mais le duo d'acteurs - Yolande Moreau et Bouli Lanners (celui d'Eldorado) - réussit toujours à faire pencher le film du côté du tendre et du poétique. Yolande Moreau y réintègre ses habits de cendrillon du ch'nord ravagé par la crise économique. Un peu simplette, un peu à part, elle se fait virer comme toutes ces collègues, par une bande d'actionnaires dont elle ne connaît pas le nom. Plus rien à faire sinon compter les quelques euros de l'indemnité. Ou alors utiliser l'argent pour tuer le(s) patron(s)...

Séraphine et Cassoulet
Séraphine de Martin Provost qui sortira le 17 décembre en Allemagne, relève d'un tout autre registre. L'abonnée aux rôles de concierges et femmes de ménage (La vie est un long fleuve tranquille, le fabuleux destin d'Amélie Poulain) y reprend certes son habit de bonne à tout faire mais habite aussi l'âme illuminée d'une peintre autodidacte. L'action se passe au début du 20e siècle à Senlis. Quand Séraphine Louis, paysanne illettrée, ne récure pas la maison de ses patrons, elle peint seule dans son coin. Ici c'est un autre genre d'homme que Michel Pinchon qui va changer son destin. En 1914 Wilhelm Uhde (l'acteur allemand Ulrich Tukur) critique et marchand d'art allemand, s'installe à Senlis et découvre le talent de sa bonne. Yolande Moreau offre une partition sensible dans un film rare, le film a d'ailleurs raflé six césars l'hiver dernier.
Last but not least, en janvier le public allemand en reprendra encore une louchée avec le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, Mic Macs - der grosse Coup der kleinen Leute. Yolande Moreau y joue les mères d'adoption d'une famille de petits, de loubards, de chiffonniers de la rue aux côtés de Dany Boon, Jean-Pierre Marielle et André Dussolier. Dans la version française, Yolande Mordeau s'appelait Tambouille. Les Allemands ont traduit Cassoulet...
Stéphanie PICHON (www.lepetitjournal.com/berlin.html) lundi 23 novembre 2009

Louise Hires a Contract killer, de Gustave Kervern/Benoît Delepine, avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, depuis le 24 septembre sur les écrans allemands.
Séraphine de Martin Provost à l'affiche à partir du 17 décembre en Allemagne.
Mic Macs, der große Coup der kleinen Leute de Jean-Pierre Jeunet, sortie en Allemagne le 14 janvier.

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Publié le 23 novembre 2009, mis à jour le 13 novembre 2012
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