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VUE DES QUARTIERS - Schöneberg, le quartier rose de Berlin

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 11/07/2013 à 22:00 | Mis à jour le 13/07/2013 à 08:42

Arrivée depuis peu à Berlin, Diana s'est installée dans le quartier de Schöneberg. Elle vous fait découvrir ce qui l'a marquée dans ce quartier animé et coloré de Berlin, situé au sud du centre de la ville, et qui regorge de contrastes, tant au niveau de son architecture que de sa population. N'ayant pas choisi d'itinéraire précis, elle a préféré se laisser guider par les possibilités de balade qui s'offraient à elle. Elles sont pléthoriques?

Les dynamiques d'un quartier en pleine expansion
Partie depuis la Morzstraße, j'ai découvert toutes sortes de bars aux allures sympathiques. Des banderoles colorées accrochées aux balcons, des flyers arc-en-ciel affichés en vitrine ou encore des colliers hawaïens autour du cou des mannequins?  Ici, tout le monde est bienvenu ! Que l'on soit gay, bisexuel, lesbienne, transsexuel ou même hétéro, on est accueilli avec le même sourire chaleureux.

Je me suis faufilée dans la Fuggerstraße, une rue bordée de petits bars gays où l'on croise plus de jeunes hommes que de femmes, en train de siroter une bière sur un fond de musique électro. Si les clubs et bars gays sont assez nombreux, il n'y a en revanche pas vraiment de "Kneipe" (bar de quartier) en l'honneur de la gente féminine. "Pour ça, il faut plutôt aller du côté de Kreuzberg", m'indique Sven, un trentenaire croisé en terrasse d'un café. Intriguée par le nombre de boutiques chics et extravagantes ainsi que par les bars colorés, je me suis laissée portée  dans cette agréable rue qui mène jusqu'à la Nollendorfplatz, reconnue comme étant le c?ur du quartier et un haut lieu de rassemblement de la communauté homosexuelle à Berlin.

Juste avant d'arriver à ce carrefour, on passe devant la Hartnackschule, une école de langue réputée pour ses cours d'allemand. On peut y entendre une diversité de langues, du russe à l'espagnol en passant par des langues asiatiques, le mot international est de mise dans ce quartier, accueillant et diversifié.

Un peu d'histoire
A Nollendorfplatz, depuis la chute du mur de Berlin en 1989, un monument commémore les homosexuels (femmes et hommes confondus) victimes du nazisme. Qui l'eut cru ? En Allemagne, l'homosexualité masculine a été légalement réprimée jusqu'en 1994 ! (article 175 du code pénal allemand) Pour plus d'informations sur le sujet : http://taz.de/Schwule-wollen-Rehabilitation/!93064/

Ailleurs dans le quartier, il m'est arrivé à plusieurs reprises de croiser des panneaux du souvenir, établis pour la mémoire. Ces pancartes comportent des propos haineux à l'égard des invalides, des juifs ainsi que des homosexuels, persécutés dès l'année 1933. Les détentions se sont intensifiées entre 1937 et 1939, et la plupart des prisonniers homosexuels relâchés de prison étaient de nouveau incarcérés dans des camps de concentration, accusés de porter atteinte à la morale allemande. Montrés du doigt, les homosexuels détenus par les nazis avaient pour obligation de porter un triangle rose sur leur uniforme. Les historiens estiment qu'il y a eu entre 5.000 et 15.000 déportations d'homosexuels internés dans des camps de concentration entre 1933 et 1945.

En dépit des destructions nombreuses causées par la Seconde Guerre Mondiale, Schöneberg est resté presque indemne. En revenant sur mes pas, je suis arrivée à Viktoria-Luise Platz, où une grande fontaine rappelle les jardins de Paris. Engagée dans la Hohenstaufenstraße, j'ai atterri sur la place du marché Winterfeldplatz. Le samedi, celle-ci attire les foules et montre que le quartier vit intensément, que ce soit le soir (dans les bars) ou dans la journée.

Une balade qui révèle les contrastes du quartier
En faisant demi-tour du côté de Martin-Luther Straße, j'ai été frappée par le changement radical d'atmosphère. Le ronronnement désagréable des voitures s'infiltre parmi les images de bâtiments en béton. Le gris se heurte aux couleurs pâles des beaux immeubles du XIXème siècle que j'aperçois déjà au loin. Dans cette rue, il ne se passe rien, ou presque. Petite pause à la Grunewaldstraße. Quelques restaurants sont étalés des deux côtés de la rue et baignent dans une odeur de nourriture à peine sortie du four. A côté, les rues aux allures de quartier résidentiel sont presque désertes. La plupart des bâtiments ont une architecture ancienne, de type « Altbau ». C'est à cette période, l'époque Grunderzeit, que les travaux de construction ont commencé. L'endroit calme et bourgeois-bohème nous ferait presque oublier les rues sonores et foisonnantes du début de la promenade. A l'intersection de la Grunewaldstraße, l'Eisenachstraße révèle le dualisme de ce quartier : les belles bâtisses de la rue dans laquelle on vient de passer côtoient des bâtiments moins imposants, où vivent les familles moins aisées de cet arrondissement.

Du rose au vert, un quartier haut en couleurs
Si l'on poursuit son chemin vers la gauche, on croise l'Innsbruckerstraße, dans le prolongement d'un joli parc où l'on rencontre souvent des cyclistes et adeptes du footing. On peut même apercevoir de temps en temps des personnes pratiquant le yoga sur la pelouse à côté des bronzeurs venus profiter des rayons du soleil estival.

Et si vous avez envie de flâner dans un parc aux étendues plus vastes, faites demi-tour et remontez la Grunewaldstraße, vous apercevrez alors le Heinrich von Kleistpark, qui dispose d'un musée botanique pour les amoureux de la nature. On y trouve aussi quelques bancs, pour ceux qui voudraient s'y reposer un instant.

A deux pas de là se situe également la mairie du quartier qui, pour la petite histoire, a accueilli entre ses murs, le Président John F. Kennedy venu prononcer en 1963 son célèbre discours et son fameux "Ich bin ein Berliner". Il se référait à la coupure entre l'Est et l'Ouest de la ville. "Tous les hommes libres, peu importe où ils vivent, sont des citoyens de Berlin". ("All free men, wherever they may live, are citizens of Berlin"). Cette citation, lorsque l'on se trouve à Schöneberg, prend aujourd'hui encore, toute son importance.

Diana D'Angelo (www.lepetitjournal.com/berlin) vendredi 12 juillet 2013

Photos : Marc Dubois

 

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