

À l'occasion de la 64ème édition de la Berlinale, célèbre Festival de cinéma international se déroulant chaque année à Berlin, l'Ours d'or du court métrage a été attribué à Caroline Poggi et Jonathan Vinel pour leur réalisation « Tant qu'il nous reste des fusils à pompe ». Ce film raconte l'histoire d'un suicide ainsi que ses conséquences sur les proches du défunt. Violence, gangs et sentiment de mal être? de nombreux thèmes y sont abordés. Les jeunes cinéastes ont accepté de répondre aux question de la rédaction du petitjournal.com/berlin.
Lepetitjournal.com/Berlin - Quand et comment a débuté votre carrière en tant que cinéaste?
Caroline Poggi - Je ne sais pas si on peut appeler cela du cinéma, mais quand j'étais petite on a eu une caméra à la maison qui enregistrait sur cassette Hi8. Je filmais souvent la famille, mon chien, les copines, ma chambre. Soit on se mettait en scène nous même, soit on mettait en scène nos Playmobils. On aimait raconter des histoires. J'amenais ma caméra aux anniversaires, aux compétitions de sport, aux spectacles d'écoles, etc.?..
Plus tard, lorsque je suis arrivée à l'université, on pouvait s'inscrire dans des ateliers pratiques pour réaliser de petits films. Au fur et à mesure de ces exercices, l'envie de raconter mes histoires et de les mettre en scène s'est concrétisée. Ça s'est fait assez naturellement.
Jonathan Vinel - Je n'ai jamais eu de prédilection pour le cinéma. J'ai commencé assez tard à m'y intéresser. C'est « Elephant » de Gus Van Sant qui a réellement capté mon attention. Je crois que j'ai eu envie d'essayer à ce moment là.?Mon premier film a été tourné au lycée mais je ne l'ai jamais fini. Un projet trop gros avec dix personnages. L'échec m'a beaucoup appris. Par la suite, j'ai suivi des cours à la faculté et c'est là ou j'ai commencé à faire des films durant mon temps libre. Tout d'abord seul, en utilisant beaucoup d'images préexistantes et ensuite, j'ai tourné des films avec des copains comme acteurs et techniciens.
Tant qu'il nous reste des fusils à pompe : le titre du film a-t-il une signification particulière ??
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - ?Le titre est arrivé un peu par hasard, au détour de discussions. Le fusil à pompe est l'objet central du film. C'est autour de lui que s'articule la narration et que les personnages peuvent évoluer. On a essayé d'appeler le film autrement mais « Tant qu'il nous reste des fusils à pompe » revenait tout le temps.
Comment avez-vous été amenés à réaliser ce projet cinématographique ensemble ? Aviez-vous déjà travaillé côte à côte auparavant ?
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - ?On s'est rencontré en licence de cinéma à l'université Paris 7 Denis Diderot. À la sortie de la faculté, Jonathan est entré en département montage à la Fémis et je suis rentrée en Corse pour faire le DU CREATACC, une formation dispensée par l'Université de Corse. Là-bas, j'ai réalisé mon premier film « Chiens ». De son côté, Jonathan réalisait deux courts métrages pour La Fémis : A.B. et « Prince Puissance Souvenirs ». On communiquait régulièrement à propos du scénario et du montage du film. Jonathan a par ailleurs occupé les postes de monteur image et monteur son de « Chiens ». Au fil du temps, on s'est rendu compte que l'on avait des envies cinématographiques très proches, que l'on aimait les mêmes univers.
Quand est-il de votre équipe ? Comment avez-vous sélectionné vos comédiens??
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - La majeure partie de l'équipe est encore étudiante. Ils viennent de divers horizons (l'université, la Fémis, Louis-Lumière, ESAV...). On n'avait presque jamais travaillé avec eux mais on connaissait leur travail et ils connaissaient le nôtre.?
Pour ce qui est des acteurs, un jour on a croisé Lucas Doméjean (qui est à la Femis avec Jonathan, une année en dessous) que l'on a trouvé très beau. On lui a demandé si notre projet l'intéressait et on a procédé à un essai cinématographique. C'était parfait. Aucun des artistes ne sont professionnels mais ils portaient déjà en eux le personnage qu'ils incarnent à l'écran : dans leur voix, leur démarche, leur regard, etc. On n'a pas eu besoin de les transformer pour le rôle.
Qu'en est-il du ch?ur que l'on entend à plusieurs reprises, pourquoi avoir fait le choix de musique classique pour ce film dramatique ??
Le ch?ur que l'on entend à plusieurs reprises dans le film n'est pas issu d'une composition classique mais il s'agit de l'ouverture d'un morceau de Liturgy, un groupe de Black métal américain. Il y a aussi de la musique classique dans le film. Ce choix vient d'une volonté d'essayer de sacraliser les personnages de notre film en appuyant chaque étape qu'ils franchissent par une musique puissante.
À travers les différents morceaux choisis, il y a l'idée de puissance, de quelque chose qui dépasse les personnages. La narration du film est construite comme celle d'un jeu vidéo : un but est annoncé au début et il faut franchir des étapes pour l'atteindre. Il s'agit d'une mission, le film est une ligne droite. Il n'y a pas de retournement ou d'hésitation. La musique accompagne l'évolution des personnages. Elle intervient à chaque changement de niveau : l'arrivée du gang, la rencontre avec le chef sur la colline, la découverte du fusil à pompe, etc.
Comment vous est venue l'idée de réaliser ce court-métrage et pourquoi avoir fait le choix d'un film à courte durée??
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - ?L'idée initiale, c'est une envie plastique. Deux garçons en été qui zonent dans un village vide avec des piscines partout. Quand on écrit, on s'échange énormément de photos. Cela nous aide à construire l'atmosphère du film. Pour ce film, on était vraiment hanté par les années 90 : la coupe du monde de football 1998, les scooters, les jeux vidéos. Il y avait aussi une envie de magie. Le court métrage est une forme qui s'est imposée d'elle même. Notre seule idée en tête était : « il faut qu'on tourne l'été prochain ». On avait moins d'un an pour écrire et produire « Tant qu'il nous reste des fusils à pompe ». On a tenté le concours de scénario du G.R.E.C. (groupe de recherches et d'essais cinématographiques) et l'avons obtenu.
Y a-t-il eu une scène particulièrement difficile à tourner ?
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - Le moment dans la salle de bain lors cambriolage a du être une des scènes les plus difficile à tourner. Cela faisait quelques jours qu'on avait commencé à travailler la nuit. On était pas à 100% séduit par cette pièce mais étant donné que la majeure partie du cambriolage se passait dans cette maison, il était plus facile de rester là pour des questions logistiques. On avait du mal à filmer l'espace : les murs rouges et les lumières jaunes. Les plans étaient compliqués et il y avait de l'eau partout car on voulait que la baignoire déborde. En plus, les acteurs devaient être nus, il n'y avait plus d'eau chaude, leurs costumes étaient trempés... Cela a été une longue nuit !
Les habitants de Bouloc vous ont soutenu, sur un plan financier ou en vous laissant leurs domiciles pour certaines scènes: comment avez-vous géré le tournage du film ??
Jonathan Vinel - Bouloc s'est imposé dés l'écriture comme lieu de tournage du film. C'est le village dans lequel j'ai grandi. Je le connais bien. Et Caroline était déjà venue plusieurs fois.?Nous avons reçu le soutien du maire et des habitants très rapidement.. Ils nous ont même aidé financièrement avec ce qu'ils pouvaient. Ensuite, nous avons eu le soutien de la région Midi-Pyrénées.
Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser ce film, tourné à Bouloc??
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - Il y a eu en tout : six mois d'écriture du scénario, six mois de production (découpage technique, repérages, casting, composition de l'équipe technique), un mois et demi de préparation sur place et dix-sept jours de tournage. Le montage image a duré un mois.
Vous avez reçu l'Ours d'or du court-métrage lors de la 64ème édition de la Berlinale, le mois dernier. Qu'est-ce que cela signifie pour votre carrière ?
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - C'était un moment inattendu et inoubliable. Avoir l'Ours d'or à Berlin est un signe de reconnaissance énorme.?Par la suite, on espère pouvoir faire d'autres films. Et surtout continuer à les faire comme on en a envie.
Caroline Poggi, vous avez également été récompensée par le prix de la meilleure ?uvre internationale pour «Chiens » lors de la 36ème édition du festival de court métrage norvégien en juin 2013. Moins d'un an après, vous recevez de nouveau un prix. Qu'est-ce que cela signifie pour votre carrière ?
Caroline Poggi - Que j'ai beaucoup de chance. C'est un milieu où il est dur d'exister, de creuser son trou. Le véritable tremplin fut la sélection de Chiens en compétition Labo à Clermont Ferrand. Ça a eu un effet boule de neige. Les sélections se sont enchainés derrière. Mais je ne crois pas que Chiens ait aidé Tant qu'il nous reste des fusils à pompe à exister. Cela a sans doute aidé à fabriquer le film, à convaincre les gens de nous suivre. Chaque film est un nouveau pari, il faut repartir de zéro. Mais avant tout, faire des films c'est parler de quelque chose. Il faut qu'une parole prenne vie grâce à ces images et elle ne peut pas naitre sans les spectateurs.
Avez-vous déjà d'autres projets cinématographiques??
Caroline Poggi et Jonathan Vinel - ?On est en train de se lancer sur l'écriture du prochain film. Pour l'instant, on n'en est qu'au stade des idées.
Si vous deviez collaborer avec un réalisateur de votre choix lors d'un prochain projet cinématographique, lequel désigneriez-vous ??
Caroline Poggi & Jonathan Vinel - Richard Kelly.
Extrait du court-métrage : Tant qu'il nous reste des fusils à pompe
Propos recueillis par Diana D'Angelo (lepetitjournal.com/berlin) jeudi 3 avril 2014
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