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En Espagne, le féminisme plus ancré qu’en France ?  

Par Arthur Diaz | Publié le 30/05/2019 à 16:09 | Mis à jour le 31/05/2019 à 09:49
Photo : GREG KANTRA on Unsplash
feminisme espagne

Bien que l’Espagne soit stéréotypée comme un pays machiste, le pays porte une attention particulière à la parole féministe. Les électeurs ont élu le parlement le plus égalitaire au monde avec 47,4% de femmes qui siègent au congrès des députés, un fait qui déconstruit des idées reçues. Deux étudiantes françaises à Barcelone témoignent de la condition de la femme en Catalogne. 

 

Diane et Camille sont deux étudiantes françaises qui ont décidé de poser leurs valises à Barcelone afin de compléter un diplôme franco-espagnol en ingénierie. Elles témoignent de leur rapport avec le féminisme et le sexisme dans leur ville d’adoption.  


Les deux étudiantes ont fait un parcours en école d’ingénieur. Une orientation marquée par une présence masculine nettement supérieure à la présence féminine. Elles insistent sur le fait que leur filière n’est pas représentative de toutes les filières en France ou en Espagne, mais que leur situation est représentative de certains problèmes dans l’Hexagone.  

En France, les deux comparses ont toujours senti qu’elles étaient considérées comme fille avant d’être élève : "Si j’ai une présentation un jour [en France], et surtout si je ne suis pas sûr de moi, je vais porter un pantalon et une chemise. L’important c’est de gommer tout ce qui est féminin", affirme Camille, ce à quoi Diane répond : "C’est le genre de truc qui pourrait faire dire aux autres «oh mais si tu as eu une bonne note, c’est parce que tu portais une robe". 

Déjà au lycée, Camille s’est vue déconseiller par ses professeurs d’aller dans une prépa ingénieur, sans raison, alors qu’elle était un des meilleurs éléments de sa classe. Si elle est allée en ingénierie, c’était aussi pour se prouver à elle-même qu’elle en était capable, au même titre qu’un homme. 

En France, 500 chercheurs ont dénoncé ce jeudi dans une tribune publiée dans Le Monde, le manque de procédures disciplinaires vis-à-vis des violences fait aux femmes. Bien que les chercheurs pointent avant tout les violences sexuelles et sexistes à caractères physiques, la violence passe aussi par la parole. 

"Dans le milieu universitaire [en Espagne], il y a beaucoup d’associations pour les droits de la femme, alors qu’en France, je n’en vois pas du tout. Je pense que ça se fait quand même ailleurs, dans certaines écoles d’ingé, mais ce n’est pas le cas de notre école à Marseille […] Mais, comme en France, ça surprend toujours quand je dis que je suis en école d’ingénieure".

En Espagne, l’ingénierie reste un domaine majoritairement masculin. Mais Diane se sent l’égale de ses camarades espagnols, qui ne marquent aucune différence par rapport à leur sexe et se réjouissent de la diversité que ça apporte. "Ils sont presque contents d’avoir des filles dans la classe, ils en ont marre d’être qu’entre gars. Ils ne nous traitent pas non plus comme des princesses et ça c’est tant mieux, c’est le but de l’égalité". 


Barcelone : une ville ouverte

S’affirmer en tant que féministe a toujours été une difficulté pour Diane et Camille. La définition est souvent trop méconnue. "Il y a beaucoup de gens qui pensent que le féminisme est un extrémisme […] c’est presque mal vu d’être féministe, mais c’est parce que les garçons connaissent mal le terme". 

En Catalogne, les deux étudiantes se sentent moins oppressées et plus libres de leur choix. "Je trouve que les gens sont beaucoup plus ouverts, ne serait-ce que par rapport aux tenus : ici je ne me suis jamais sentie obligée de porter ou de ne pas porter quelque chose parce qu’on pourrait me juger". À leurs yeux, les Barcelonais ont une meilleure compréhension du féminisme que leur entourage français. 
 
Il va de même pour la sécurité, les deux jeunes femmes déplorent le nombre d’interpellations totalement déplacées de la part d’inconnus dans leurs villes d’origines. "Je trouve que par rapport à n’importe quelle ville de France, Barcelone c’est vraiment une ville très safe". "Ici quand on t’interpelle c’est juste mignon, ce n’est pas salace ou malsain". 


L’Espagne, un pays égalitaire sur tous les plans ? 

Pour une deuxième année consécutive, le 8 mars dernier s’est levée une vague violette, couleur du féminisme, à l'occasion de la grève féministe. Des personnalités de gauche se sont mises en grève telles que la Maire de Madrid, Manuela Carmena, ou encore plusieurs ministres. Selon le syndicat UGT, c’est plus de six millions de travailleuses et travailleurs qui se sont mobilisés ce jour-là. Tandis qu'en France, le 8 mars a rassemblé des milliers et non pas des millions de personnes, au sud des Pyrénées, c'est une marche très politisée qui s’est tenue quelques semaines avant les élections générales dans le pays. Pedro Sánchez en est sorti gagnant, s'affichant comme le Premier ministre espagnol le plus féministe de l’histoire. 

 

 

Ces mouvements sont certes positifs, mais relèvent un certain malaise à l’intérieur du pays. La conscientisation du féminisme n’est pas synonyme d’égalité pour autant. Isabel Cadenas, l’une des porte-parole de la Comisión 8M, qui a organisé cette grève violette, s’était exprimée sur France info : "C’est une grève au travail, c’est une grève des étudiants, dans l’éducation, c’est une grève de la consommation : on n’achète pas", précise-t-elle. "Et c'est une grève de tout travail non rémunéré, celui que l'on fait à la maison, comme prendre soin des enfants, des personnes âgées, nettoyer la maison ou faire à manger." La porte-parole pointe du doigt une inégalité salariale de 23% entre les femmes et les hommes. En France, cette inégalité se place à 23,7% selon l’INSEE. La violence faite aux femmes est également relevée. "C'est une situation d’urgence. En Espagne, l’an passé, 99 femmes ont été assassinées par la violence machiste". De l’autre côté des Pyrénées, la situation est similaire sinon pire : le 8 mai 2019 la barre de femmes assassinées par des violences sexistes a dépassé les 50 depuis le 1er janvier. 

 

En ce qui concerne la parité, le gouvernement espagnol fait preuve d’exemple puisque 11 ministres sur 17 sont des femmes

 

Pour favoriser l’emploi des femmes, de nouvelles mesures de conciliation de la vie professionnelle et familiale ont été mises en place. Le congé paternité est donc passé à 8 semaines et l’objectif est de l’allonger à 16 en 2021. Sur ce point, l’Espagne à une longueur d’avance, quand on sait qu’en France le congé paternité est limité à 11 jours consécutifs… Ce type de mesures innovantes permet à l’Espagne de garantir l’égalité des chances entre les femmes et les hommes à l’embauche et de gommer peu à peu les inégalités hommes/femmes.

En ce qui concerne la parité, le gouvernement espagnol fait preuve d’exemple puisque 11 ministres sur 17 sont des femmes. Il en est de même pour le Parlement qui est devenu à la dernière élection d’avril 2019 le parlement le plus féminin d’Europe. Les électeurs ont porté 47,4% de femmes au Congrès des députés. C’est 8 points de plus qu’en 2016. Depuis 2008, une loi constitutionnelle impose aux partis politiques de présenter des listes électorales composées d’un minimum de 40% de chaque sexe et d’un maximum de 60%. Cette loi favorise la parité au sein de l’Assemblée, comme en témoignent les chiffres qui frôle la parité parfaite. 
 

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arthur diaz

Arthur Diaz

Jeune journaliste partagé entre la France, le Canada et l’Espagne. Arthur est passionné par la politique. Motivé et polyvalent, il a déjà travaillé pour la télévision québécoise.
1 Commentaire (s)Réagir
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Gab ven 31/05/2019 - 07:47

Intéressante vue d’ensemble... mais pas sûre que Barcelone soit représentative de toute l’Espagne!

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