Christian Vigne publie son premier roman, « Balthazar et moi ». Le 8 avril prochain, l'auteur présentera l'ouvrage à la librairie Jaimes de Barcelone (voir à la fin de notre article pour plus d’informations)... où il travaille. Une rencontre avec l'écrivain et libraire français, c'est donc forcément une plongée dans l'univers du livre. Interview.


Comment est née votre vocation pour l'écriture ?
Je ne sais pas si cela relève de la vocation, mais j'écris en effet depuis toujours. C'est pour le moins une habitude prise très jeune, dans le courant d'une enfance relativement chaotique, à une époque où je considérais sans doute l'écriture comme un refuge. J'ai dû écrire mon premier roman vers 14 ans, et je suppose que je devais alors avoir besoin de ce mode d'expression. Avec le temps, c'est le goût de la narration qui m'a davantage intéressé : le style, la construction de la phrase, la précision du texte,... et cette façon de travailler la langue m'a toujours paru essentielle dans ma vie. Bref, je n'ai jamais cessé d'écrire.
C'est ce qui vous a conduit à travailler dans une librairie ?
J'ai fait différents métiers avant d'atterrir à la librairie Jaimes de Barcelone : directeur de structures médico-sociales, responsable de centres d'accueil pour demandeurs d'asile, puis créateur de restaurants lorsque je me suis installé à Barcelone.
Avant que Montse Porta m'invite à la rejoindre dans sa librairie française. Comme je fréquentais depuis longtemps la librairie Jaimes et que j'appréciais particulièrement le travail de Montse, je n'ai pas hésité à répondre favorablement à cette invitation. Je ne saurais dire exactement quel est le lien entre le travail de libraire et mon penchant pour l'écriture, mais je sais que j'ai été immédiatement en harmonie avec cet univers.
À la librairie Jaimes, je suis dans mon élément, et contrairement à certaines professions que j'ai exercées précédemment, je m'y sens tranquille, apaisé. Cela tient sans doute aussi à ce caractère que Montse Porta a su donner à sa librairie, cet engagement pour la défense du livre et pour la liberté d'expression.

Qu'est-ce qui vous a incité à franchir le pas de la publication avec « Balthazar et moi » ?
En effet, cela peut paraître étrange : j'ai écrit toute ma vie mais je n'ai jamais cherché à publier mes textes. Sans doute parce que mon cahier et mon stylo-plume me suffisent largement, et que le simple fait d'écrire me remplit de satisfaction, sans autre nécessité. Ici aussi, c'est une rencontre qui a été déterminante, celle avec Delphine Chaume, qui est éditrice chez Maurice Nadeau. C'est elle qui m'a proposé de publier ce livre.
La 'vocation au foirage', c'est à dire la tendance à toujours pervertir ou dénaturer ce que l'on entreprend, me paraît être l'une des grandes constantes de l'être humain.
Quel est le « pitch » de votre roman ?
Après avoir longtemps travaillé ensemble, deux hommes décident de ne pas rester inactifs à l'heure de la retraite. Ils vont mettre leur énergie à monter un commerce dans un village , avant de nourrir l'ambition d'en devenir maire... Cette trame sert de toile de fond pour mettre en scène ce que j'appelle « la vocation au foirage », c'est à dire la tendance à toujours pervertir ou dénaturer ce que l'on entreprend, ce qui me paraît être l'une des grandes constantes de l'être humain.
Il y a beaucoup d'ironie dans cette histoire qui mélange des aspects à la fois extrêmement drôles et tragiques. Parce que c'est ce type de littérature que j'apprécie particulièrement, celle qui ressemble le plus à la vie dans tous ses paradoxes. Comme lorsqu'on est pris d'un fou-rire à l'enterrement d'un ami, malgré le sentiment de détresse, au moment où les sensations les plus fortes peuvent s'entremêler sans qu'on en soit maître. C'est ce mélange qui façonne en permanence nos vies et constitue notre humanité. C'est aussi la force du roman, qui permet d'approcher au mieux cette réalité humaine. Parce que, comme disait en substance le psychiatre espagnol Francesc Tosquelles, il y probablement plus de vérité dans le mensonge que dans l'exposé de faits réels.
Y a-t-il des livres qui ont changé votre vie ?
En tous cas, il y en a un qui a complètement changé ma façon de lire : « Mercier et Camier », de Samuel Beckett. Et il y a un autre livre qui a conditionné ma façon d'écrire, c'est « La Compagnie des spectres » de Lydie Salvayre, où j'ai été fasciné par cette alternance entre une langue extrêmement bien tenue, et en même temps la liberté d'une sorte de relâchement maîtrisé teinté d'argot. Un style absolument incroyable ! C'est à ce moment là que j'ai pris conscience que l'on pouvait écrire avec un tel rythme, que l'on pouvait se permettre cette virtuosité des romans qui nous marquent.
Plus d’informations : rendez-vous le 8 avril 2025 à la Librairie Jaimes de Barcelone (Carrer de València, 318) pour la rencontre avec le romancier, en présence de Lydie Salvayre (Prix Goncourt 2012 avec Pas pleurer), Bernard Wallet (Créateur des éditions Verticales et auteur), et Delphine Chaume (éditrice chez Maurice Nadeau).