Jeudi 25 février 2021

Poussée de fièvre xénophobe en Thaïlande à la vue du Sars-Cov-2

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 25/12/2020 à 06:55 | Mis à jour le 25/12/2020 à 07:18
Photo : REUTERS / Athit Perawongmetha - Des travailleurs migrants dans le marché Mahachai bouclé, épicentre d’un foyer épidémique, dans la province de Samut Sakhon, le 20 décembre 2020
Flambee de xenophobie en Thailande

Les commentaires à caractère xénophobes fusent ces jours-ci sur la toile thaïlandaise à l’encontre des travailleurs birmans, alors que le royaume connait une flambée de cas positifs au coronavirus

"Partout où vous voyez des Birmans, abattez-les", pouvait-on lire en thaïlandais dans un commentaire sur YouTube cette semaine, alors que la Thaïlande connait son plus gros pic de cas positifs au coronavirus.

Le foyer épidémique découvert ce week-end au marché de fruits de mer Mahachai à Samut Sakhon, où travaillent des centaines de Birmans, a suscité une vague de propos haineux sur les réseaux sociaux et un changement d’attitude palpable à l’égard cette main d’œuvre birmane docile et pas chère qui a contribué au boom économique du royaume ces dernières décennies.

Un groupe indépendant de surveillance des réseaux sociaux cité par Reuters dit avoir répertorié des centaines de commentaires relevant du discours de haine sur YouTube avec d'autres sur Facebook et Twitter.

"On trouve des commentaires chargés de langage raciste visant à susciter la discrimination et à promouvoir le nationalisme", a témoigné Saijai Liangpunsakul du groupe Surveillance des réseaux sociaux pour la paix. "Nous craignons que la stigmatisation en ligne ne se traduise par une escalade de la discrimination dans le monde réel qui pourrait aller jusqu’à des violences."

Du monde virtuel à la vie réelle

"Nous savons que les discours de haine ciblant les communautés vulnérables peuvent être les plus néfastes", a admis un porte-parole de Facebook, affirmant que la technologie permettait de détecter 95% des propos incitant à la haine.

Facebook avait été vivement critiqué pour le rôle que le réseau social avait joué dans la diffusion de la rhétorique haineuse ayant alimenté les violences contre les musulmans rohingyas en Birmanie en 2017. Et le géant américain a depuis investi dans des systèmes capables de détecter et supprimer rapidement ce genre de contenus.

Twitter a fait savoir qu'il examinait le problème. YouTube n'a pas répondu aux demandes de réaction de la part de Reuters sur le sujet, de même que les porte-paroles des gouvernements thaïlandais et birman.

Cette poussée de fièvre xénophobe a des conséquences dans la vie réelle, confirme Sompong Srakaew du Labor Protection Network, une ONG thaïlandaise qui vient en aide aux travailleurs immigrés, soulignant que plusieurs Birmans ces jours-ci ont été empêchés de monter dans des bus, sur des motos-taxis ou encore d’entrer dans des bureaux.

Rhétorique officielle

Parmi les nombreux commentaires virulents lus par Reuters sur les réseaux sociaux, un post appelait à ne pas soigner les travailleurs migrants et à punir les personnes qui les ont amenés en Thaïlande.

Ce genre de rhétorique accusant l’étranger de la propagation du virus n’est pas propre à la Thaïlande et a malheureusement été observée un peu partout dans le monde depuis le début de la pandémie, même s’il est plus rare qu’elle soit instiguée par les hauts dirigeants.

Rappelons que le Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha a déclaré mercredi que l'immigration illégale était à l'origine du cluster de Samut Sakhon.

Au début de l’épidémie en février et mars, le ministre de la Santé, Anutin Charnvirakul, avait conspué dans des termes vulgaires les "farangs" (terme signifiant occidentaux) qui ne portaient pas le masque et avait plus tard menacé de signaler voire déporter ceux qui refusaient de s’exécuter. Plusieurs lieux publics dont des temples et des parcs nationaux, mais aussi certaines compagnies de transports avaient par la suite interdit l’accès aux étrangers.

Toutefois, les Thaïlandais ne sont pas systématiquement hostiles aux travailleurs birmans, et certains prennent même leur défense qu’il s’agisse d’internautes ou d’officiels. 

Ainsi, le porte-parole de la cellule de gestion de la situation du Covid-19 (CCSA), Taweesin Wisanuyothin, a appelé cette semaine les Thaïlandais à la tolérance tout en exprimant sa sympathie pour les migrants.

"Les Thaïlandais ne veulent pas des métiers qu'ils font", a-t-il déclaré dans une émission télévisée. "Aujourd'hui, ils sont notre famille (...) Les Birmans et les Thaïlandais sont bouddhistes."

La Thaïlande est généralement perçue comme relativement tolérante envers les étrangers, mais en ce qui concerne les Birmans, une inimitié historique persiste dans certains esprits eu égard à la destruction au 18ème siècle par les armées birmanes d'Ayutthaya, qui fut une capitale du Siam, l’ancien nom de la Thaïlande.

Porteurs sains

L’origine exacte des nouveaux cas d’infection survenus à Samut Sakhon n’a pas encore été déterminée, même si le département thaïlandais des sciences médicales a déclaré mercredi que la souche responsable de l'épidémie correspondait à la variante du virus observée en Birmanie et en Inde, selon The Nation.

Si le royaume a été relativement épargné jusqu’ici par l’épidémie de coronavirus avec un peu plus de 5.800 cas d’infection et 60 décès, la Birmanie voisine a été plus durement touchée puisqu’elle compte près de 120.000 cas confirmés et plus de 2.500 morts. 

Sur plus de 10.000 tests au coronavirus effectués depuis vendredi, principalement à Samut Sakhon, près de 1.300 tests se sont révélés positifs -sur des personnes asymptomatiques en grande majorité- et plusieurs milliers de personnes ont été placées en quarantaine. 

La Thaïlande a été plébiscitée par l’OMS en août pour sa gestion du Covid-19, mais les facteurs qui pourrait éventuellement expliquer le bilan thaïlandais -climat, contexte sociologique, profil des populations à risque, etc.-, n’ont curieusement pas fait l’objet d’une étude approfondie pour déterminer de manière factuelle et objective lesquels sont les plus significatifs. 

Frontières poreuses

La fermeture des frontières et le filtrage des entrées est souvent mis en avant comme un facteur évident de la réussite thaïlandaise.

Or, la Thaïlande, qui a été en janvier le deuxième pays après la Chine à déclarer des cas de Covid-19, a continué d’accueillir plusieurs millions de touristes pendant plus de deux mois, dont des dizaines de milliers venant de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie.

Et malgré cela, le nombre d’infections signalées par jour a atteint son pic le 22 mars, avec 188 cas, juste avant que les autorités ne mettent en place des restrictions d’entrée sur le territoire. 

Depuis lors, des passages illégaux de migrants aux frontières ont été signalés à plusieurs reprises et, alors que la Thaïlande n’a quasiment pas signalé de cas locaux entre juin et début décembre, les autorités sanitaires birmanes ont dit avoir détecté de leur côté plusieurs cas positifs au coronavirus chez certains de leurs ressortissants de retour de Thaïlande. 

"Notre jugement est que des porteurs sains étaient présents en Thaïlande", a déclaré Sein Htay du Migrant Worker Rights Network, basé à Rangoun. "Les conditions de vie des travailleurs birmans ne sont pas compatibles avec la distanciation physique lorsque vous avez trois ou quatre personnes par chambre".

Cité par le Bangkok Post, le porte-parole de l'armée, le lieutenant général Santipong Thammapiya a admis lundi que "les travailleurs migrants illégaux continuent de traverser la frontière en empruntant les passages naturels", rappelant que la Thaïlande partage 5.526 kilomètres de frontière terrestre avec ses voisins, la Malaisie, le Cambodge, le Laos et la Birmanie.

Conditions de vie peu compatibles

À Singapour et en Malaisie, des foyers épidémiques similaires chez des travailleurs migrants vivant dans une certaine promiscuité ont montré comment le virus pouvait se propager sans être détecté chez des jeunes en bonne santé qui présentent peu de symptômes – la grande majorité des morts du Covid-19 concerne les personnes âgées et celles souffrant de maladies ou troubles préexistants tels que l’obésité, le diabète ou encore des déficiences pulmonaires. 

Officiellement, la Thaïlande compte près de 1,9 million de travailleurs birmans, soit les deux tiers de l’ensemble de la main d’œuvre immigrée déclarée, mais le chiffre réel pourrait avoisiner le double selon des estimations tenant compte de l'immigration illégale.

La Thaïlande a fait l’objet d’une série de scandales ces dernières années entourant l’emploi des travailleurs migrants dans divers secteurs, principalement l’agro-alimentaire et tout particulièrement la pêche, donnant lieu en 2019 à un durcissement des lois contre la traite des êtres humains.

Le royaume fait partie des plus gros exportateurs de produits de la mer au monde, un statut que le royaume doit, selon les groupes de défense des droits de l'homme, à la surpêche illégale et à un recours massif aux travailleurs immigrés sous-payés des pays voisins.

Mercredi, des militants des droits des travailleurs ont dénoncé le fait que le gouvernement entassait des centaines de travailleurs migrants dans des bâtiments sans séparer ceux ayant contracté le virus des autres, rapporte le journal Khaosod English.

Dans les deux sens

Aujourd’hui les travailleurs birmans sont accusés de franchir illégalement la frontière au risque de répandre le virus, mais les Thaïlandais le font aussi.

Avant le cas de Samut Sakhon, la Thaïlande s’était faite une frayeur début décembre lorsqu’une dizaine de femmes thaïlandaises travaillant dans la ville birmane de Tachilek ont traversé illégalement la frontière pour retourner dans leur province d'origine. Alors que la Thaïlande impose une quatorzaine obligatoire -prise en charge par l’Etat pour ses ressortissants-, ces employées d’un hôtel-casino ont contourné le dispositif sanitaire thaïlandais en empruntant les passages clandestins de la frontière de 2.400 kilomètres réputée poreuse qui sépare les deux pays, avant de prendre des transports en commun, et de visiter des centres commerciaux et autres lieux publics de leur province. 

Les autorités thaïlandaises ont depuis assuré que la situation était sous contrôle, non sans avoir dû retracer le parcours de ces femmes dans différentes provinces du royaume et testé des dizaines de personnes ayant été en contact avec elles, montrant ainsi l’efficacité de leur dispositif de surveillance et d’intervention. 

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