Elles ont toutes les deux 20 ans et se croiseront à Bangkok début 2026. L’une conclut son stage. L’autre va le commencer et arrive pleine d’espoirs et d’images. Portraits croisés.


Lorsque nous nous sommes parlé avec Lola, elle se trouvait sur le campus polytechnique de Rabat. Elle a choisi de passer un semestre à la Faculté de gouvernance et de sciences économiques et sociales de la capitale du Maroc.

Originaire de Bordeaux, elle y a obtenu son bac avec mention Très Bien, en section sciences économiques et sociales, spécialité histoire, géopolitique et sciences politiques. Elle a envie de faire du Droit mais le par-cœur l’ennuie. Elle cherche alors des études qui aiguisent l’esprit critique. On l’oriente vers Sciences Po. Elle prépare le concours en ligne pendant son année de Terminale et l’obtient du premier coup. Elle avoue avoir choisi le campus d’Aix-en-Provence pour le soleil. Elle s’intéresse au Certificat d’études sur le monde arabe contemporain, à Daesh, à Al-Qaïda, apprend l’arabe, littéraire surtout. Elle trouve plus difficile de l’écrire et de le parler. Rabat prend tout son sens. Mais pourquoi Bangkok ?
Au Maroc, la vie sociale est difficile
« Ici, au Maroc, le quotidien n’est pas celui que je connais en France, répond Lola. La vie sociale est difficile. Mais je voulais quand même découvrir une nouvelle zone d’inconfort. À Science Po, on nous encourage à faire un stage de troisième année au Vietnam ou en Thaïlande. L’oncle de mon copain a été ambassadeur au Vietnam et le pays me paraissait plus vert et plus authentique. J’ai postulé dans une ONG il y a un an et j’ai été prise. » Mais quelque temps plus tard, son stage a finalement été annulé.
Bangkok me fait rêver
Après le Droit, Lola a un temps envisagé de devenir journaliste mais un stage au Figaro lui a fait réaliser que ce n’était pas un métier pour elle. Elle viendra donc à Bangkok travailler auprès des Conseillers des Français de l’étranger Claude Bauchet et Marc Laval. Elle aidera également ce dernier au sein de l’association Terres d’Isan et de France.

« Je me fais de Bangkok l’idée d’une ville immense, avec des quartiers pour tout le monde. Je n’ai jamais voyagé aussi loin. Ça me fait rêver. Sur le campus de Rabat, je me sens dans une prison dorée. J’ai envie de vivre en centre-ville et de me faire bousculer par le bruit et les scooters. Je me fais une idée. Je serai peut-être déçue. On verra bien. » En attendant, elle ira un peu découvrir le pays en famille. Ensuite, elle s’imagine aller découvrir la Malaisie, l’Indonésie, le Vietnam, le Laos, le Japon, la Corée. Et plus tard, passer le concours du Quai d’Orsay où travailler dans un cabinet de conseil. « Pour l’instant, je vie ma meilleure vie », conclut une Lola radieuse.
J’ai voulu me secouer
Pénélope est originaire de région parisienne. Elle est étudiante en troisième année de l’Edhec, la grande école de commerce lilloise. Plus jeune, elle a beaucoup voyagé mais vit sa grande première en Asie. Elle a débarqué à Bangkok au mois de juillet dernier.

« J’étais sûre de vouloir partir loin du cocon familial, de la France, m’ouvrir à une culture totalement différente de la mienne et je savais que je trouverais ça en Asie, explique-t-elle. Normalement, je suis assez renfermée sur moi-même, relativement timide. J’ai voulu me secouer. La boule au ventre est venue quand je suis arrivée seule à l’aéroport. Mais j’étais décidée. J’étais rassurée de savoir que j’allais me retrouver avec des Français. »
Je cherchais un stage dans le cinéma
La Thaïlande est arrivée par hasard dans ce projet. Pénélope a vécu un peu le même souci que celui rencontré par Lola. Elle avait un stage prévu à Shanghai mais il a été annulé pour cause de problèmes administratifs. Il lui restait un mois pour trouver un plan B. Son père, jeune retraité, l’a aidée. « Je cherchais dans un secteur très précis, le cinéma, parce que c’est là que j’ai envie de travailler, raconte-t-elle. Mais ce genre de stage est compliqué à réaliser en Asie. Mon père a trouvé le contact de Christophe Larrouilh, avocat et président de la branche thaïlandaise de l’Union des Français de l’Étranger. Ils se sont parlé puis j’ai eu un entretien et j’ai été prise. »
J’ai clairement fait le bon choix
Pendant six mois, Pénélope aura partagé son temps entre le cabinet de Christophe Larrouilh, où elle l’a assisté, et l’UFE, où elle avait en charge la communication, les réseaux sociaux, la mise en avant des événements et même leur organisation. Elle s’est notamment occupée de la grande soirée annuelle de l’association et a travaillé sur le Forum de l’emploi. « J’ai clairement fait le bon choix, dit-elle satisfaite. J’ai été bien encadrée. J’ai appris à m’organiser, ce qui n’est pas mon fort. Je me suis sentie très seule à l’arrivée mais j’avais tellement à découvrir que j’en ai oublié que j’étais seule. Il m’a fallu quelques jours pour m’adapter et lorsque j’ai commencé mon stage, les choses se sont mises en place d’elles-mêmes. »
C’est assez compliqué de rencontrer des gens
Pénélope a cherché de nouveaux amis sur des groupes online. Au début, ce n’étaient pas forcément des gens de son âge. Un jour, elle a posté une story sur Instagram. Une fille de son école a réagi depuis Bangkok. Elles se sont vues et le groupe s’est agrandi naturellement.

« C’est assez compliqué de rencontrer des gens qui ne soient pas des backpackers de passage. Les étudiants qui viennent en échange se constituent plus facilement des groupes d’amis. Ils sont ensemble au quotidien, pas nous. Même si je me suis bien entendue avec tout le monde, j’étais la seule stagiaire de la génération. » Pénélope n’a pas eu le temps de beaucoup découvrir la Thaïlande mais une amie qui connaît bien le monde des rooftops et des boîtes de nuit lui a permis de passer de bons moments. Elle a aussi beaucoup marché dans la ville et visité ses sites touristiques.
Je me vois bien revenir travailler ici
Et maintenant ? « J’ai hâte de retrouver mes proches, reconnaît-elle. Six mois, c’est long. Mais plus tard, j’envisage de faire un bout de route professionnelle en Asie. Le Japon me fait rêver. J’irai y voyager ou y travailler. Je me vois bien aussi revenir travailler ici. » Entre Pénélope et l’Asie, c’est le début d’une histoire d’amour.
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