Édition Andalousie

Mineurs isolés en Andalousie, entre crise humanitaire et récupération politique

L'Andalousie, confrontée à la crise des mineurs isolés étrangers, se heurte à un manque de solidarité nationale et à une instrumentalisation politique, exacerbant les tensions migratoires.

Photo jeune syrienne Photo jeune syrienne
©Pexels

L'Andalousie à bout de souffle

Depuis plusieurs mois, l'Andalousie est en première ligne face à l'afflux croissant de mineurs étrangers non accompagnés (MENA). La communauté autonome espagnole, déjà confrontée à une pression migratoire intense, voit ses centres d'accueil saturer sous l'effet des transferts en provenance des îles Canaries et de Ceuta. Prétextant un manque de concertation avec Madrid, le gouvernement régional andalou dénonce une gestion unilatérale de la part de l'exécutif espagnol. Pourtant, la situation ne date pas d'hier. En début d’année 2024, plus de 42 000 migrants sans papiers sont arrivés en Espagne, soit une augmentation de 59 % par rapport à 2023, la grande majorité ayant bravé la mer pour rejoindre les îles Canaries. Faute d'une organisation adéquate, les mineurs sont dispersés vers le continent, sans plan clair de prise en charge.

Une migration qui divise jusqu'à l'extrême droite

La crise migratoire espagnole est devenue un instrument politique puissant, et un marqueur des clivages qui fracturent la société. Alors que les centres d'accueil débordent, le parti d'extrême droite VOX joue la carte de la peur, qualifiant la hausse des arrivées d'"invasion" orchestrée. Dans ce climat délétère, la droite traditionnelle tente de se positionner entre un discours humaniste et la tentation du repli identitaire.

La situation espagnole révèle une dynamique bien plus large qui s’étend à l'ensemble du continent. En France, en Italie ou en Allemagne, la question migratoire est devenue un terrain miné, où chaque débat se transforme en épreuve de force politique. L'immigration est aujourd'hui l'un des sujets les plus tabous en Europe, exacerbant les tensions entre humanisme et repli nationaliste.

Un dilemme entre solidarité et intérêts économiques

Pourtant, cette immigration que certains dénoncent comme une "menace" est aussi une source de main-d'œuvre essentielle dans une Espagne confrontée à un vieillissement démographique critique. L'argument est simple : à l'heure où de nombreux secteurs, agriculture, bâtiment, services, manquent cruellement de bras, l'afflux migratoire pourrait être une opportunité plutôt qu'un fardeau. Dans un rapport d'avril 2024, la Banque centrale espagnole a estimé que l'Espagne aura besoin d'environ 25 millions d'immigrants dans les 30 prochaines années pour combler son déficit de main-d'œuvre. Mais en Europe, cet aspect économique est souvent éclipsé par la rhétorique de la "submersion" culturelle.

La contribution des travailleurs migrants à notre économie est fondamentale, tout comme la durabilité de notre système de sécurité sociale et de nos pensions - Pedro Sánchez.

La France et l'ombre des tensions avec l'Algérie

De l'autre côté des Pyrénées, la France n'est pas en reste. Contrairement à l'Espagne, où le gouvernement central tente d'imposer une répartition des migrants, l'Hexagone s'en remet aux départements pour gérer les MENA, engendrant de profondes inégalités territoriales. Certains refusent de les accueillir, d'autres sont contraints de pallier l'inaction de l'État.

Sur le plan diplomatique, l'immigration reste également un sujet hautement inflammable entre Paris et Alger. La France menace de plus en plus régulièrement de revoir les accords migratoires de 1968 avec l'Algérie, qui facilite l'entrée des ressortissants algériens sur le sol français. De son côté, Alger la blanche refuse catégoriquement de réadmettre ses ressortissants expulsés, alimentant les crispations. Une nouvelle preuve que la question migratoire est avant tout un bras de fer politique.

Une Europe en quête de cohérence

L'Andalousie et la France sont le reflet d'un malaise européen plus profond : l'incapacité à penser une politique migratoire solidaire et efficace. Plutôt que de construire des solutions concertées, les États métissent volontiers la migration d'enjeux électoraux, la transformant en levier politique au détriment des réalités humaines et économiques.

Aujourd’hui, ces tensions ne se limitent plus aux bancs des assemblées. Elles s’immiscent dans nos conversations quotidiennes, de la salle de classe aux repas de famille, en passant par les plateaux télé et les réseaux sociaux. Certains politiques, nourrissent une peur construite de l’étranger, reliant systématiquement immigration et insécurité. Lorsqu’un crime est commis par un étranger, ils y voient la preuve irréfutable d’un "grand remplacement" en cours, alors que les faits contredisent ces amalgames. Ce discours, qui joue sur les angoisses, fracture encore davantage une opinion publique déjà polarisée. En France, il suffit d’écouter les débats entre jeunes pour constater que la question migratoire n’est plus seulement un enjeu politique : elle est devenue un marqueur générationnel du clivage idéologique.

La question demeure alors : l'Europe saura-t-elle un jour regarder la migration comme un fait structurel plutôt que comme un problème à gérer au coup par coup ? Tant que la réponse politique sera dictée par la peur et l'opportunisme électoral, la solidarité restera un mirage.

 

Flash infos

    L'annuaire à Andalousie

    L'agenda à Andalousie