Édition internationale

Cristina Torres : apprendre à réussir sans s'épuiser

Après plus de 25 ans dans le marketing et le management international, entre Lisbonne, Madrid et Paris, Cristina Torres a réorienté sa carrière vers le coaching.

cristina torres dos santoscristina torres dos santos
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 2 novembre 2026

Une décision nourrie par son expérience de dirigeante, mais aussi par une prise de conscience personnelle : l'énergie consacrée au travail ne peut pas être illimitée. Depuis Madrid, elle accompagne aujourd'hui particuliers et organisations dans leur recherche d'un équilibre plus durable.

De Lisbonne à Paris, une carrière façonnée par les changements

Lorsque Cristina Torres rejoint Accor à Lisbonne, elle a déjà expérimenté plusieurs facettes du monde professionnel. Formée au marketing management dans la capitale portugaise, elle a commencé sa carrière chez Nestlé, avant de créer son propre centre de bien-être. Une première aventure entrepreneuriale qui lui a permis de toucher à tous les aspects d'une activité, du positionnement de marque à la relation client, en passant par la gestion financière et les fournisseurs.

"Quand tu es entrepreneur, tu dois tout faire. Tout est ta décision", raconte-t-elle. Cette expérience lui a appris à élargir ses compétences et à mieux se connaître. Elle a aussi révélé une limite : malgré le plaisir de construire son propre projet, elle ressent le besoin de retrouver une dimension internationale. La crise de 2008 a précipité la vente de son activité, mais elle n'explique pas à elle seule ce choix. Cristina Torres aspire à travailler dans des environnements plus ouverts, au contact de cultures et de marchés différents.

Elle rejoint alors Accor au Portugal, avant de prendre la direction du marketing digital pour la péninsule Ibérique, à Madrid, en janvier 2016. Un an plus tard, elle devient directrice marketing et réseaux sociaux pour la région. Son parcours se poursuit au rythme des réorganisations du groupe, qui transforme progressivement son modèle économique.

Le changement est aussi culturel. Accor passe d'un modèle dans lequel le groupe possède une part importante de ses hôtels à une organisation davantage tournée vers la gestion de marques, les contrats de franchise et les partenaires propriétaires. Pour les équipes marketing, les directeurs d'hôtels, autrefois collègues au sein du même groupe, deviennent des clients qu'il faut convaincre.

"Le changement était dur pour les gens. Avant, on était chez nous, on faisait ce qu'on voulait. Il a fallu apprendre à vendre des idées, à influencer, à travailler autrement", se souvient-elle.

Habituée à l'univers commercial de la grande consommation, elle apprécie cette évolution. Elle y voit une occasion d'apprendre, là où d'autres peuvent ressentir une perte de repères. Cette capacité à considérer les réorganisations comme des opportunités va accompagner la suite de sa carrière.

En 2018, elle rejoint Paris pour prendre la vice-présidence du marketing de Thalassa Sea & Spa, le réseau de bien-être du groupe Accor, avec un périmètre international comprenant notamment la France, l'Italie, le Maroc et Bahreïn. Elle découvre alors un autre rapport au management.

"En France, j'ai découvert un leadership plus humain. J'étais très focalisée sur les objectifs, mais cette expérience m'a appris autre chose. Aujourd'hui, c'est justement ce dont nous avons besoin."

La différence se manifeste jusque dans les réunions, la manière de confronter les idées et de donner du feedback. Cristina Torres doit s'adapter à des échanges plus longs, où les arguments de chacun prennent davantage de place avant qu'une décision soit arrêtée. Elle y voit un apprentissage qui complète son approche, jusque-là très orientée vers l'action et les résultats.

La maternité, révélateur d'un équilibre devenu impossible

La pandémie de Covid-19 bouleverse ensuite le secteur hôtelier et les organisations qui en dépendent. Les hôtels ferment, les activités se restructurent et le périmètre de Thalassa Sea & Spa est profondément remanié. Cristina Torres quitte Accor et rejoint l'ESCP Business School à Madrid, d'abord à la tête du marketing et ventes, puis comme directrice du département de formation des cadres.

Elle retrouve un environnement international, avec une équipe d'une quinzaine de personnes issues de différents pays. Le poste lui plaît. Pourtant, quelque chose a changé dans sa manière d'appréhender sa vie professionnelle.

Son enfant est né en 2021. La jeune mère tente d'abord de s'organiser sans remettre fondamentalement en cause le rythme qui avait accompagné sa carrière jusque-là. Le temps passe, les responsabilités s'accumulent et l'énergie vient à manquer.

"J'étais toujours à 200 % de mon énergie pour ma carrière professionnelle. J'étais très contente, mais aujourd'hui, quand je regarde cette période, je sais que j'étais en déséquilibre."

Elle fait beaucoup de sport, s'efforce de préserver une activité physique régulière et poursuit son travail avec le même engagement. Mais ces efforts ne suffisent plus à compenser le décalage entre ses exigences professionnelles et ses besoins personnels. Un problème de santé l'amène à s'arrêter et à s'interroger sur ce qu'elle doit changer.

Sa première démarche n'est pas de préparer une reconversion. Elle commence à étudier le coaching pour elle-même, par curiosité et par intérêt pour le développement personnel. Elle se forme auprès de l'Institute for Professional Excellence in Coaching (iPEC), obtient une qualification de Certified Professional Coach et une certification auprès de l'International Coaching Federation (ICF).

Cette formation devient progressivement un nouveau projet professionnel. Cristina Torres y trouve un moyen de relier ce qu'elle a appris dans les entreprises à une question qui la concerne directement : comment continuer à progresser sans que toute l'énergie disponible soit absorbée par le travail ?

Son expérience de dirigeante lui fournit un point d'observation particulier. Elle connaît les objectifs commerciaux, les restructurations, les équipes multiculturelles et les exigences auxquelles sont soumis les cadres. Elle sait aussi ce que signifie vouloir maintenir le même niveau d'investissement professionnel alors que les circonstances personnelles ont changé.

L'enjeu, à ses yeux, n'est pas d'opposer la performance au bien-être. Il est de sortir d'un fonctionnement dans lequel l'engagement se mesure uniquement à l'intensité de l'effort.

À Madrid, accompagner les transitions professionnelles et personnelles

Installée à Madrid depuis 2016, Cristina Torres a conservé un ancrage fort dans les réseaux français et franco-espagnols. Son parcours l'a conduite à travailler dans des groupes français, à travailler plusieurs années à Paris et à côtoyer des équipes réparties entre différents pays. Elle est également impliquée dans Mujeres Avenir, l'association d'amitié hispano-française, dont elle est membre du conseil d'administration.

Son lien avec la France remonte toutefois à bien avant sa carrière chez Accor. Née à Lisbonne en 1978, elle a appris le français à l'école et à l'université. Elle l'a ensuite peu pratiqué dans les multinationales, où l'anglais domine, avant de le remettre au centre de sa vie professionnelle lors de son arrivée en France. Lorsqu'elle a rejoint le comité de direction de son responsable en France, elle a demandé à suivre des cours pour pouvoir prendre pleinement part aux échanges.

Madrid est devenue son point d'ancrage personnel et professionnel. Elle y apprécie la vie sociale, les rencontres et la diversité des personnes qu'elle côtoie. "La ville, le plus important, c'est la vie que tu fais et que tu développes, que tu crées dans la ville", explique-t-elle.

C'est depuis cette ville qu'elle développe Live My Wellness, son activité de coaching et d'accompagnement des organisations. Sa méthode, EnergyRootFlow®, associe un travail sur les comportements et les mécanismes personnels à une démarche structurée de transformation. Elle intervient auprès de particuliers qui souhaitent retrouver un équilibre, mais aussi d'entreprises, à travers des ateliers, du coaching d'équipe et l'accompagnement de dirigeants.

L'expatriation fait partie des situations qu'elle souhaite traiter. Une prise de poste à l'étranger suppose de découvrir une nouvelle culture professionnelle, de reconstruire des relations et de faire ses preuves dans un environnement inconnu. À ces exigences s'ajoute parfois la nécessité de réorganiser la vie familiale et de créer de nouveaux repères sociaux. L'énergie mobilisée pour cette transition peut peser sur la durée, même lorsque l'expérience est choisie et désirée.

Cristina Dos Santos insiste sur la différence entre le temps, qui reste limité à vingt-quatre heures par jour, et l'énergie, qui varie selon les périodes et les circonstances. Son accompagnement vise à aider chacun à identifier ce qui l'épuise, à comprendre ses réactions et à faire des choix plus cohérents avec ses priorités.

"Le leadership commence par la connaissance de soi", résume-t-elle. Elle défend une approche qui ne consiste pas nécessairement à renoncer à une responsabilité ou à quitter son entreprise, mais à modifier sa manière d'exercer son métier et de répartir ses ressources.

Pour les Français qui s'installent à Madrid, son conseil tient en une question : qu'est-ce que l'on veut vraiment, indépendamment de ce que l'environnement professionnel ou social attend de nous ? C’est à partir de cette réponse, estime-t-elle, que nous pouvons choisir notre attitude vis-à-vis du travail et du leadership, de nos proches et de notre propre vie.

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