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L'Espagne sans clichés - S’intégrer sans peur et sans reproche

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Écrit par Analena Maury
Publié le 17 juin 2019, mis à jour le 19 juin 2019

Il est difficile de faire preuve de plus d’incohérence qu’en vivant dans un pays que l’on critique. C’est pourtant ce qui arrive à de nombreux expatriés qui ne savent pas, ne veulent pas ou ne réussissent pas à s’adapter à une autre culture que la leur. Cette difficulté n’est pas l’apanage des Français, mais ce sont leurs "réticences" à s’adapter en Espagne qui font l’objet de cet article. 


Beaucoup de Français adorent l’Espagne, et même s’ils achoppent sur certaines des caractéristiques du mode de vie espagnol, ils avouent n’avoir aucune intention de retourner en France. Cependant, nombreux sont ceux qui peinent à s’y adapter et vivent entre l’agacement et l’impatience quand ce n’est pas dans une intolérance latente, en évitant, sciemment ou inconsciemment, de s’intégrer dans la culture espagnole. 

Pour attiser cet antagonisme apparent, l’Espagne souffre encore, dans une certaine mesure, d’une mauvaise réputation séculaire que j’aurai l’occasion de décortiquer dans une série d’articles sur la "leyenda negra" qui sera publiée à l’automne dans lepetitjournal.com. Même si les choses tendent à évoluer et que l’Espagne améliore son score dans tous les domaines -perception culturelle, perception de l’environnement politique et institutionnel, perception du bien-être social et qualité perçue des produits et services selon le Reputation Institute- les préjugés ont la vie dure et ceux qui y sont enclins se rétractent difficilement.


Pas assez français

Le premier problème des Français qui ne s’adaptent pas semble être que les non-Français ne le sont pas. Français, j’entends. Et comme il ne faut pas circonscrire l’ethnocentrisme à certaines nationalités plus qu’à d’autres, mieux vaut dire tout de suite que pour beaucoup d’Américains, de Chinois ou de Russes, le problème des autres est de ne pas être américains, chinois ou russes. Le problème de l’expatriation, en tout cas dans le court ou moyen terme, est précisément là, à mon humble avis. On s’en va avec son attirail local et on tente de reproduire le schéma de vie à l’identique ailleurs, ce qui est voué à l’échec non seulement en Espagne mais il semblerait qu’en Corse aussi !

Les commentaires que j’ai entendus de la part de Français peu ou mal à l’aise en Espagne semblaient toujours indiquer que, comme les choses ne se faisaient pas comme en France (ou dans d’autres pays d’expatriation plus "francophones"), et bien… qu’elles ne se faisaient pas bien, ou pas au mieux de ce qui serait souhaitable. Les complexes de supériorité sont, de toute évidence, les pires conseillers pour aller voir ailleurs si on y est. 

Du coup les horaires sont impossibles, les gens parlent trop fort, l’huile d’olive contient trop d’olive, le calendrier des jours fériés est détestable, les fonctionnaires sont plus lents qu’en France (demandons à Jérôme Morin, dans son livre "On ne réveille pas un fonctionnaire qui dort" !), la circulation est à devenir fou, le pain est mauvais, et la paperasserie vous bouffe la vie ! 


Les bons scores de l’Espagne

Des statistiques récentes élaborées par des organismes internationaux fiables semblent dire que beaucoup de choses se passent mieux en Espagne que chez certains de ses voisins proches. L’Espagne détient un des plus faible taux d’assassinats du monde, elle a été le troisième pays à reconnaître et légaliser le mariage pour tous ; elle se situe parmi les plus "humanitaires" en matière d’accueil de réfugiés, les plus égalitaires dans le monde du travail et celui où les femmes sont le plus nombreuses dans les différents organes de gouvernement. L’Espagne est le leader mondial en don d’organes, le pays le plus sain du monde et celui où l’attention sanitaire publique, universelle et gratuite est une des meilleures du monde ; par voie de fait, l’Espagne est donc le pays où l’espérance de vie est la plus longue, ex aequo avec le Japon.

Toutes ces raisons sont plus que suffisantes pour s’y trouver comme un poisson dans l’eau, même s’il faut faire quelques efforts pour vivre selon les codes espagnols, ce qui est la moindre des choses quand on vient en Espagne. On ne met pas la table quand on est invité à dîner. Il est stupéfiant de voir comment le Français moyen exige aux immigrés de s’intégrer à la France selon les règles de vie de la France, et attendent que les Espagnols soient, somme toute, un peu plus français, que diable !


Transcender ses cercles

La culture étant composée d’une succession de cercles concentriques qui partent de la culture personnelle et aboutissent à la culture universelle, en passant par la culture locale, régionale, nationale et ainsi de suite, un individu peut sauter de l’un à l’autre en fonction de son degré d’ouverture ou de tolérance. C’est ce que nous démontrent les invraisemblables films américains sur les invasions extraterrestres ou les cataclysmes cosmiques, où tous les humains, communistes, jaunes, hippies, politiciens véreux, ménagères et autres catégories stéréotypées, se serrent les coudes en larmoyant dans un élan inconditionnel de solidarité et union face à un danger commun. Tout cela pour dire que la France et l’Espagne étant voisines, ayant de fait appartenu "fraternellement" aux mêmes règnes et faisant partie de la culture méditerranéenne, latine, judéo-chrétienne, occidentale et autres paramètres communs, on serait tenté de croire que les aversions des uns pour les coutumes des autres surgissent certainement d’un cloisonnement mental au niveau des premiers cercles : personnel, local, régional.

La voie est donc tracée : pour s’intégrer, en Espagne ou ailleurs, il faut démolir les cloisonnements. Personne n’est obligé de tout trouver soudainement irrésistible et d’adopter un style de vie contraire à son tempérament –à sa culture- et donc inconfortable, mais on peut faire un premier pas et ne pas s’offusquer et s’incommoder de choses qu’on ne pourra de toute façon pas changer et qui ne peuvent que nous isoler sur un territoire étranger. Alors à défaut de décider de vivre en vase clos dans un "ghetto" culturel, il vaut mieux se souvenir que personne ne nous a demandé de venir et encore moins de jouer les redresseurs de "torts", et qu’il fera meilleur vivre en cherchant ce qui nous lie au lieu de s’outrer de ce qui nous sépare.


De plus en plus heureux

Une enquête faite auprès d’un échantillon de citoyens britanniques férus d’Espagne révèle un conseil qui devrait remplir d’espoir les plus sceptiques : plus on reste longtemps en Espagne, plus on est heureux ! Un pays où l’on a huit heures de soleil en moyenne par jour, où il y a un bar tous les 128 habitants et où l’on peut manger trois plats pour moins de 10 euros par jour, où les gens se disent généralement "bonjour" le matin dans les distances courtes, où l’offre culturelle égale l’offre touristique, mérite bien qu’on soit indulgent sur ses faiblesses, qui ne sont somme toute que des défaillances de la nature humaine, moins corsetée qu’en France, après s’être affranchie d’un demi-siècle de rigidité morale, culturelle et politique. 


Et puis, définitivement, si on ne tient plus le coup et qu’on ne réussit véritablement pas à supporter "l’espagnolité", autant prendre ses cliques et ses claques et repasser la frontière dans l’autre sens. Comme disent les Espagnols, "a enemigo que huye, puente de plata".

 

analena maury

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