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L’Espagne sans clichés: la vie quotidienne, de l’entrain à la détente

Par Analena Maury | Publié le 26/11/2018 à 13:24 | Mis à jour le 26/11/2018 à 18:12
Photo : Photo by Jon Tyson on Unsplash
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Analena Maury propose une série de 5 analyses pour découvrir des grands traits -mais également des aspects moins évidents- du caractère espagnol, de la vie quotidienne et des codes du monde du travail et des affaires. Troisième épisode : "La vie quotidienne : l’entrain et la détente"
                   
                    

Écrire un article sur la vie quotidienne en Espagne n’est pas faire un traité de paléoanthropologie sur l’homme de Mungo. La vie quotidienne en Europe, et dans une grande partie du monde occidental, est sensiblement la même car l’activité et les occupations des humains sont, en règle générale, très similaires et tendent à se ressembler de plus en plus à l’aune de la globalisation régnante. Les véritables différences sont dans les nuances, parfois subtiles, parfois plus marquées, dans l’attitude vitale et dans certaines coutumes que cet article va tenter d’ébaucher.

 

Cada día trae su afán

 

Si la première précaution dialectique nous a situé sur un plan "macro", il en est une seconde qui est de nature "micro", selon laquelle on ne peut aborder "la vie quotidienne en Espagne" comme une unité car les modes et formes de vie varient certainement autant, dans les petites comme dans les grandes choses, selon que l’on parle du monde rural, du monde féminin, du monde des arts ou de tous les sous-groupes ou catégories que l’on aurait loisir d’observer.


Des journées à rallonge

Et comme la vie quotidienne a trait, étymologiquement, à "la façon dont les gens agissent, sentent et pensent chaque jour, ou durant un cycle de 24 heures" (wikipedia) notre premier point d’analyse est la durée d’une journée en Espagne. Bien que la durée exacte du jour sidéral soit de 23 heures, 56 minutes, 4,09 secondes dans le monde entier, les journées semblent infiniment plus longues en Espagne. C’est une caractéristique cruciale car cette dilatation apparente du temps détermine le nombre d’occupations et d’activités possibles, et en conséquence la manière de les vivre ainsi que le tempo à suivre. Il va de soi que cette durée rallongée est possible grâce à la réduction presque généralisée du temps de sommeil, ce qui n’est pas non plus une affaire très préoccupante puisqu’il est pratiquement toujours possible, en Espagne, de trouver un instant pour faire un courte (ou moins courte) sieste.

Ceci est dû aux horaires qui se sont établis en Espagne au fil des années et qui sont franchement déconcertants pour les étrangers et les touristes. Même si la journée commence entre 8 et 9 heures, la pause pour déjeûner n’arrive qu’aux alentours de 14 heures et, hormis de nombreuses administrations, banques et filiales multinationales, une pause d’à peu près deux heures vient scinder la journée. Cette césure est plus qu’une interruption car la reprise du travail, vers 16h, se fait sous un tout autre signe, et l’état d’esprit dans lequel on "reprend vie" l’après-midi ne ressemble en rien à celui des heures matinales, que l’on travaille ou non. Ceci est, typiquement, une de ces subtilités évoquées plus haut. Il semblerait en Espagne que les choses importantes se font le matin et que, même pour les personnes qui travaillent, l’après-midi marque un autre rythme. Ce changement de cadence semblerait être paradoxalement la conséquence commune de deux circonstances opposées, une dichotomie pratiquement shakespearienne : avoir ou n’avoir pas dormi une sieste.

 

Sieste et rendement

La sieste, qui est à tort associée à la paresse, a, selon le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, la faculté de remettre les indicateurs immunologiques et neuroendocriniens à leur niveau optimal. C’est d’autant plus important si l’on a peu dormi -ce qui est fréquent en Espagne, comme s’il fallait exprimer la vie le plus possible- et ça l’est aussi si l’on doit être d’aplomb encore cinq, six ou sept bonnes heures ! Si donc un individu a la possibilité de dormir une sieste -30 minutes sont souvent suffisantes- il retrouvera un élan qui, dans d’autres pays, s’essouffle aux alentours de 19 ou 20 heures pour ne plus repartir, ou très rarement pour un délai assez court. Si, au contraire, il n’a pas pu dormir de sieste, tout en ayant fait une bonne pause en milieu de journée, il fera son possible pour durer le plus longtemps possible en ralentissant et consacrant son après-midi à des activités moins astreignantes (physiquement et mentalement) que ce soit au travail ou ailleurs.
Tout ceci dans le but de ne pas se coucher trop tôt, ce qui n’est bon que pour les malades et les personnes âgées, puisque même les enfants sont debout jusqu’à des heures souvent incompatibles avec un bon rendement scolaire. En définitive, il commence vraiment à être tard en Espagne, en semaine, vers 23 heures. Mais pas très tard, n’exagérons rien ! Les touristes qui viennent pour la première fois sont souvent éberlués de ne pas pouvoir déjeuner avant 13h30 –"la cocina está cerrada"- et de ne pas pouvoir dîner à 19h, qui est pratiquement l’heure de la fin du goûter. Certes, le trait n’est pas si accusé dans les grandes villes où toutes sortes d’établissements servent de nos jours pratiquement n’importe quel type de repas à n’importe quelle heure. Ceci étant, si l’on souhaite se mêler aux Espagnols, à partir de 20 heures on peut commencer à prendre l’apéritif.


Des horaires pour tous les goûts

Ce régime horaire est loin d’être uniforme, ce qui est aussi une caractéristique de la vie quotidienne en Espagne et qui est loin de simplifier les choses. Notamment, pour la conciliation de la vie professionnelle et personnelle, de nombreuses familles doivent jongler pour la garde des enfants pendant les après-midis puisque les écoles ferment, au plus tard, à 17 heures, lorsque les parents qui travaillent viennent à peine de reprendre le travail. Le rôle des grands-parents est, dans de nombreux cas, très important pour parer à ces décalages et de plus en plus, comme dans le reste des pays européens, il faut faire appel à une assistance externe, nounou ou autre, en attendant que les tablettes et autres écrans puissent assurer la relève.

D’un autre côté, les horaires de banques et des administrations publiques sont différents des horaires des commerces, qui à leur tour varient selon qu’il s’agisse du petit commerce ou du grand, et que l’on se trouve dans une grande ville, une ville moyenne ou un village, dans une région plus ou moins touristique, de tourisme saisonnier ou stationnaire, qu’on soit en été ou en hiver… Cet imbroglio se simplifie relativement en été, lorsque de nombreuses entreprises modifient radicalement leurs horaires et ne travaillent plus que le matin, s’alignant ainsi sur les banques et les administrations. "Il fait trop chaud pour travailler" s’étend alors jusqu’aux Pyrénées. Les Espagnols s’y retrouvent parfaitement bien, même si le tout n’est pas forcément à leur convenance. En revanche les touristes ou les étrangers peuvent un peu y perdre leur latin, et surtout leur temps !


Temps partagé, accointances et commérage

Pour ce qui est du déroulement de la vie quotidienne "normale", il n’y a pas vraiment de caractéristiques spécifiques de l’Espagne à signaler : on se lève, on vaque à ses occupations, on s’occupe de ses proches si besoin est, et si ce n’est pas trop compliqué, on garde du temps si l’on peut pour ses amis et pour soi-même… somme toute un peu comme partout ailleurs. Il est vrai qu’en Espagne le contact avec les autres et l’assiduité des échanges et du temps partagé avec des amis ou des accointances est assez élevé, même au quotidien. On ne peut bien évidemment pas voir ses amis tous les jours mais les liens qui tissent les réseaux sociaux sont plus présents que dans d’autres pays plus "individualistes". Les Espagnols sont éminemment sociaux et s’intéressent à la vie quotidienne de leurs être chers, mais également à celle des membres de leur communauté. À ce titre, il est surprenant d’observer à quel point ils suivent l’actualité qui concernent les célébrités nationales (ou même internationales) comme s’il s’agissait de personnes de leur entourage. Le cotilleo, ce que l’on appelle gossip en anglais et commérage en français, sans connotation péjorative, est une constante de la vie en Espagne. Les magazines les plus vendus et les séries nationales les plus suivies prouvent à quel point la vie quotidienne de parfaits inconnus leur tient à cœur. Ce n’est pas une généralité, bien entendu, mais c’est un trait fort répandu. On pourrait résumer en disant que l’on ressent plus de curiosité pour autrui en Espagne qu’en France, par exemple. Et les conversations dans les lieux du quotidien peuvent facilement tourner sur le menu détail de la vie des autres. On aurait tendance à croire que la vie quotidienne d’une grande partie de la population espagnole se vit au travers des vies, apparemment plus excitantes -ou scandaleuses-, de gens sur lesquels on jase un peu partout.


Les tapas et l’entrain

Pour finir, on ne peut éviter de mentionner la nourriture comme fondement du quotidien espagnol à tous les niveaux. Il est certain que l’intérêt pour l’alimentation n’est pas un patrimoine de l’Espagne et qu’il faut y penser et y pourvoir partout où il y a des humains. Mais l’omniprésence, la diversité, le colori, l’allégresse et la réjouissance qui caractérisent la relation des Espagnols à leur gastronomie et à leurs "rendez-vous" avec la table sont frappants -il suffit de voir l’incroyable variété de tapas existantes et l’imagination pour en créer continuellement de nouvelles. Entrez dans un bistrot en France en milieu de matinée, et avec un peu de chance il restera quelques œufs durs perchés sur leur support. Faites de même en Espagne et il est très vraisemblable que vous aurez l’embarras du choix pour calmer une petite fringale.

En définitive, la vie quotidienne en Espagne est, comme dans les autres pays méditerranéens, un mélange d’obligations et de plaisirs, d’agitation et de détente, de travail et de loisirs, de familles et d’amis. Le climat, un naturel assez insouciant, un sens de l’immédiateté à mi-chemin entre le fatalisme et l’enjouement et des journées d’une durée inusuelle y rendent la vie plutôt entraînante, en dépit des contraintes, des adversités... et de la fatigue !

 


analena maury

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Analena Maury

Bilingue français-espagnol, titulaire d’une Maîtrise en Sciences de l’Information et la Communication décernée par la CELSA - Paris Sorbonne – Paris IV, son expérience professionnelle s’étend du marketing et la communication à l’écriture et l'édition.
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