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WOMEN’S WLPT LISBOA, une association contre les violences conjugales au Portugal

A l'occasion de la journée de lutte internationale contre les violences faites aux femmes qui a lieu chaque 25 novembre, Lepetitjournal a rencontré une association qui s'est donnée pour mission de venir en aide aux femmes, enfants ainsi qu’aux hommes victimes de violences conjugales au Portugal.

Women-LisboaWomen-Lisboa
Écrit par Agathe Trigueiro
Publié le 20 décembre 2023, mis à jour le 5 février 2024

La violence conjugale est, dans une relation privée ou privilégiée, une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre, une emprise, un conditionnement dont il est difficile de se dégager lorsqu’on en est la victime. Cette violence n’est pas accidentelle, elle n’est pas le résultat d’un simple conflit, ni le symptôme d’une union en difficulté. C’est un abus de pouvoir dans une relation de couple où l’un des partenaires utilise un rapport de force pour contrôler l’autre.

Lepetitjournal s'est entretenu avec la co-fondatrice de l’association européenne WOMEN’S WLPT LISBOA, Isabel Costa. Cette dernière a créé l’association en 2020 avec Emilie Silva. Isabel Costa a la double nationalité française et portugaise. Elle a vécu plus de quarante ans en France et est revenue au Portugal pour s’y installer il y a des années. Elle vient en aide à des personnes francophones en situation de détresse au Portugal mais aussi à des personnes dans toute l’Europe, même parfois des personnes originaires du Brésil ou de République Dominicaine. Dans bien des cas, les ambassades n’ont pas le pouvoir d’aider les victimes. Dans d’autres cas, ces dernières ne connaissent pas la langue ni les dispositifs de justice portugais. Ayant finalement mis le doigts sur ce problème qui l’a particulièrement touché, Isabel Costa a décidé de lutter avec les victimes pour leurs droits. Elle les accompagne de ce fait dans leurs démarches afin que les victimes retrouvent un cadre de vie sain au plus vite.
 
Lepetitjournal : Pourriez-vous présenter l’association ?

Isabel Costa : Au cours de l’année 2017, j’ai été scandalisé de voir les conditions de vie des femmes étrangères et portugaises dans les centres d’abris pour victimes de violences conjugales. C’est ce qui m’a amené en 2020 à vouloir créer une association qui viendrait en aide aux femmes, aux enfants et aux familles et qui lutterait contre les violences conjugales. L’association WOMEN’S WLPT LISBOA est donc née en 2020. Il s’agit avant tout d’une association européenne et francophone à but non lucratif. Le siège social se situe à Lisbonne mais l’association intervient dans tout le Portugal. WOMEN’S WLPT LISBOA œuvre principalement pour la défense et les droits : des femmes, des enfants et des familles qui sont victimes de violences domestiques.

L’association fonctionne depuis bientôt 4 ans grâce à l’aide formidable des nombreux bénévoles. Des hommes et des femmes de professions différentes viennent apporter leurs aides en fonction de leurs compétences. Nous avons des retraités actifs, des mamans au foyer, des avocats, des juristes, des psychologues, des professionnels de santé, des traducteurs, des interprètes, un coach sportif, mais aussi des assistantes sociales, des chefs d’entreprises, des architectes, des community manager et des professeurs. L’association fait aussi partie du programme ERASMUS + avec l’association KASAPT et la Maison Familiale Rurale du Bergeracois avec qui nous avons un partenariat par le biais de l’association KASAPT et de leur programme « une année autrement » pour favoriser les mobilités chez les jeunes diplômés. Grâce à cette collaboration, nous recevons tous les ans, des jeunes qui souhaitent vivre une expérience professionnelle à l’étranger. Ces jeunes sont d’une grande aide pour l’association.

Nous travaillons aussi en collaboration avec le collectif et association française Mots et Maux de femmes/Violences faites aux femmes hors de France. Il s’agit d’un partenariat très important entre la France et le Portugal car à ce jour WOMEN’S WLPT LISBOA est le seul référent sur le sol portugais. Et enfin, nous recevons une aide immense dans l’Algarve du Rotary Club Lagoa International et francophone et aussi du Rotary Club Estoi Palace International anglophone qui se mettent en quatre pour nous aider.

A qui cette association vient-elle en aide ? 

L’association est au service des plus faibles, à savoir les personnes victimes qui n'ont pas toujours les moyens de se défendre et qui souhaitent rentrer en France. Nous avons tous les types de profils, des étudiantes, des femmes retraitées, des mères de familles, des femmes enceintes, des enfants, nous avons eu aussi des hommes. Nous avons un grand nombre de victimes qui vivent avec la violence et qui ont peur de la dénoncer et de faire le premier pas vers la plainte.

La violence domestique tue, c’est une guerre. Elle tue par la violence physique, les coups et blessures, les séquestrations, les violences sexuelles, les violences psychologiques, les menaces et les intimidations, et aussi l’exploitation financière.
L’association lutte pour la défense et les droits des femmes, des enfants, des familles, nous aidons aussi des hommes, l’association s’adresse à tout le monde. En langue Française, nous parlons portugais et d’autres langues au sein de l’association.

Combien de personnes avez-vous aidé depuis la création de l´association de droit portugais ?

En 2022 au Portugal, on recense 30.389 plaintes portées dans le cadre de violences domestiques, 16.736 mesures de protections mises en place, 1.151 mesures correctives. 3.078 agresseurs ont participé à des programmes et on recense 28 femmes tuées dont 24 mères. Les femmes âgées de plus de 68 ans sont souvent oubliées et pourtant 1.600 d’entre elles ont porté plainte cette même année. En 2021-2022, l’association a aidé 72 femmes et 3 hommes en détresse. 17 femmes ont été orientées vers des centres d’hébergement. En 2023, nous avons aidé 47 femmes et 1 homme, et nous avons reçu 112 appels et 90 courriels de personnes en situation de détresse. Cette année 4 femmes ont été placées dans des centres d’hébergement. Les chiffres sont tous disponibles sur notre site.

Quelles sont les problématiques principales de l’association aujourd’hui ?

Les principales problématiques de l’association depuis bientôt 4 ans que nous existons, c’est de pointer toutes les personnes qui tournent le dos à la réalité du terrain. Nous avons besoin d’un lieu de transition pour accueillir les victimes jusqu’à leur retour en France ou le temps d’une solution adaptée. Et d'être référencé dans toutes les ambassades francophones.

Voici la réalité du terrain : les femmes ont besoin d’accompagnement, c’est obligatoire. Car pour aider ces femmes, il faut accueillir la victime et les enfants, puis établir une évaluation de la situation. Il faut apporter du soutien, établir une relation de confiance, expliquer les mécanismes de l’emprise et de la violence. Il faut amener la victime à s’engager dans un parcours de sortie de la violence, fournir les premières informations sur les droits, aider à compléter les documents administratifs, rechercher une mise à l’abri. Il faut aussi orienter vers les partenaires adaptés aux besoins. Il faut aussi accompagner pendant la plainte pour interpréter et traduire.

Pourriez-vous évoquer une situation type au sein de laquelle vous êtes intervenu ?

Oui, un samedi vers 16h, je reçois un mail via notre site internet d’une personne au Canada. Cette personne est un monsieur qui s´inquiète de ne plus avoir de nouvelles de sa sœur qui vit dans les alentours de Lisbonne, il ne sait même pas où elle habite. Il va me donner son numéro et je prends contact avec sa sœur, qui ne pourra pas me parler de suite. Car son époux lui a cassé son téléphone et son application WhatsApp ne fonctionne plus bien. Elle n’avait aucun moyen pour rentrer en contact avec sa famille. La sœur de ce monsieur est maman et séquestrée depuis deux mois et elle est aussi enceinte de plus de 7 mois. Elle a déjà un autre enfant de 3 ans. Je ne peux pas vous raconter le fond de l’histoire, mais nous avons réussi à acheminer mère et enfant sur Lisbonne pour l’aider dans sa plainte et l’acheminer vers un endroit de protection à plus de 400 km faute de ne pas avoir de lieu. Le père avait lui de son côté planifié un suicide collectif. L’importance du référencement sur internet a aidé ce frère à nous contacter, et notre disponibilité un samedi après-midi et un dimanche a permis de parvenir à aider cette maman dans l’urgence.

Une autre histoire de vie  qui a eu lieu lors d’une plainte au commissariat : Une maman raconte que son compagnon vient de rentrer de sa soirée à 2h du matin alcoolisé. Ce monsieur va lui tirer les cheveux, la jeter hors du lit, et la frapper à coups de ceinturon. Le policier continue son interrogatoire en lui posant la question suivante « et vous madame qu’avez-vous fait pour que votre mari en arrive là… vous avez bien fait quelque chose… »
La maman s’est mise à pleurer, a dégrafé son chemisier pour montrer les marques et a répondu au policier « rien, j’étais en train d’allaiter mon bébé, j’avais mon bébé dans les bras. »

Auriez-vous besoin d’aide supplémentaire ? Si oui, de quelle nature ?

Pour soutenir sa mission et fournir des services essentiels, l'association s'appuie sur des ressources précieuses obtenues par le biais d'adhésions annuelles et de dons. Ces contributions jouent un rôle vital dans la pérennisation des initiatives de l'organisation et la création d'un impact positif dans la communauté. L’adhésion est de 12 euros à l’année, mais ce sont les dons qui constituent une source importante de soutien pour l'association. Les contributions généreuses de particuliers, d'entreprises et de partenaires communautaires permettent à l'association d'étendre son champ d'action et de mettre en œuvre des projets à impact. En faisant un don, les entreprises peuvent montrer à leurs clients et fournisseurs qu'elles sont soucieuses d'avoir un impact positif sur la société au-delà de leurs activités commerciales. Ces fonds facilitent le développement de ressources, telles que des supports éducatifs, des programmes de formation et des services de conseil. Chaque don, quelle que soit sa taille, contribue à créer un avenir plus sûr et plus équitable. Pour continuer à combattre, nous avons aussi besoin d’un lieu de transition ou les victimes seront accueillies, protégées, soignées, écoutées dans leur langue maternelle jusqu’à leur retour vers la France si c’est envisagé dans certains cas. Nous avons enfin besoin de bénévoles pour soutenir l’association. Nous avons besoin de personnes pour collecter des objets de première nécessité pour aider les familles ou encore pour représenter l’association lors de journées événementielles.

Avez-vous des projets en cours ?

Oui, nous avons trois grands projets sur la période 2024-2028. Le premier projet qui est prévu pour 2024, c’est la création d’un cahier interactif pour des pré-ados et des adolescents sur le thème de la violence et de leurs droits. Ce cahier est illustré par une illustratrice française et le but est de le présenter dans les trois langues à savoir le français, le portugais et l’anglais. L’idée est également d’aller le présenter dans les écoles primaires et collèges pour faire de la prévention sur ces thématiques.  

Pour le second projet, nous n’avons pas encore de date bien définie, mais il s’agirait d’un projet similaire au premier. Cette fois-ci, l’idée est de viser les grands adolescents, sur les mêmes sujets, toujours dans les trois langues et avec toujours comme objectif la prévention.

Et enfin le troisième projet, est un projet 3 en 1. Nous souhaitons présenter une expographie en faveur de l’élimination de la violence envers les femmes. Il s’agirait d’une exposition de photos et de textes qui serait itinérante dans tout le Portugal et qui aurait pour mission d’être un outil pédagogique.

Pour plus d’informations, vous pouvez vous rendre sur le site de l’association

 

Agathe Trigueiro
Publié le 20 décembre 2023, mis à jour le 5 février 2024

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