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Les jardins ouvriers, les poumons verts de Berlin

Petits coins de verdure, extension d'un chez-soi, les jardins ouvriers offrent aux habitants un coin de nature en ville. Malgré la pression des promoteurs immobiliers, ces espaces persistent dans le paysage urbain.

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© Jules Germain Formel
Écrit par Jules Germain Formel
Publié le 7 mars 2026

Les jardins ouvriers, plus connus en allemand sous le nom de Kleingärten ou Schrebergärten, sont des parcelles de terrain mises à disposition de particuliers, afin qu’ils puissent profiter d’un jardin en plein milieu de la ville. Cultiver un potager, jardiner, ou profiter d’un petit coin de nature en milieu urbain, ces petites parcelles de terrain, munies de cabanes de jardin et souvent même de petites maisonnettes, incarnent un certain art de vivre. Elles sont regroupées en colonies plus souvent situées le long des voies de chemins de fer ou des canaux, et permettent de retrouver un petit coin de campagne sans quitter la ville.  

 

Une réponse à l’industrialisation 

Le concept de jardin ouvrier apparaît au XIXe siècle dans un contexte de forte industrialisation en Allemagne. À mesure que les villes s’agrandissent, l’idée d’offrir aux ouvriers un accès à la terre malgré l’étalement urbain se popularise. À Leipzig, dans les années 1860, des terrains sont mis à disposition des familles modestes pour leur permettre de cultiver des fruits et légumes et d’améliorer leur alimentation. Le mouvement qui a permis la création des premiers jardins ouvriers est souvent associé au médecin Moritz Schreber, d’où le nom “Schrebergärten”, qui défendait les bienfaits de l’activité physique et du contact avec la nature pour les enfants. 
Lors des deux conflits mondiaux, les jardins ouvriers ont joué un rôle important lors des pénuries alimentaires. Par exemple, lors de la Première Guerre mondiale et l’épisode du Steckrübenwinter, une disette qui a frappé l’Allemagne durant l'hiver 1916-1917, notamment à cause du blocus maritime de la mer du Nord par les Britanniques. Les jardins ouvriers deviennent alors essentiels pour compléter les rations insuffisantes. 

 

Les jardins face à la pression foncière

Berlin compterait aujourd’hui environ 70 000 de ces parcelles réparties dans plusieurs centaines de colonies. Ces espaces sont gérés par des associations locales. Chaque habitant loue sa parcelle pour un loyer modéré, à condition de respecter des règles strictes : une partie du terrain doit être dédiée à la culture potagère, les cabanons ne peuvent dépasser une certaine taille, et l’usage est réservé aux loisirs et on ne peut pas y habiter à l’année.

Malgré tout, une ombre plane sur ces espaces verts. En effet, certains investisseurs immobiliers sont en guerre ouverte contre les jardins ouvriers, et parfois ces derniers se retrouvent menacés par des projets de construction. On leur reproche d’occuper beaucoup d’espace qui pourrait être utilisé pour construire de nouveaux logements. Selon la mairie de Berlin, la surface occupée par les Schrebergärten est d’environ 2 900 hectares, ce qui représente 3% de la superficie de la ville. Un pourcentage unique au monde pour une métropole de cette envergure. Selon l’investisseur immobilier Arne Piepgras, en supprimant tous les jardins de la capitale allemande, 500 000 nouveaux logements pourraient être construits, ce qui ferait entre autres baisser les loyers.

 

Des emblèmes de l’urbanisme berlinois

Malgré les pressions foncières, les jardins ouvriers conservent leur ancrage dans l’identité berlinoise. Ces parcelles jouent un rôle écologique majeur, elles favorisent la biodiversité, servent de refuge à certains animaux, et participent à la régulation thermique de la ville lors des épisodes de forte chaleur. Mais leur importance est aussi sociale, retraités, familles, jeunes actifs ou nouveaux arrivants s’y côtoient. Ils rappellent qu’une capitale moderne peut aussi préserver des espaces naturels et conviviaux. 

 

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