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Salvador Dalí, un univers onirique qui réveille le monde animal

Par Jill-Manon Bordellay | Publié le 30/10/2021 à 18:05 | Mis à jour le 02/11/2021 à 14:38
Photo : Salvador Dalí avec Babou, son ocelot domestiqué
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Salvador Dalí, né à Figueras en 1904, apparaît comme le principal représentant de la peinture onirique. Dans ses œuvres, toujours figuratives, réalisées à l’aide de techniques traditionnelles, il représente des scènes infiniment reliées au monde des rêves. L’artiste suivait en cela les théories du père de la psychanalyse, Sigmund Freud, en voulant représenter des stimuli extérieurs venant s’intégrer à des images oniriques.

Les rêves associent des éléments complexes où l’humain devient l’animal, où la bête se réveille en monstre. Dans ses peintures, Dalí recueille différents animaux qui contribuent à attiser son imaginaire. Le peintre ne crée-t-il pas ainsi sa propre mythologie, où chaque être appartient à la fois au monde humain mais aussi à celui de l’animalité ? 

 

Les modèles animaux dans les oeuvres de Dalí 

Un chat tigré servit au Maître de modèle pour peindre les tigres dans ses visions oniriques. Deux tigres féroces, dont l’un semble dévoré par un poisson-chat, sont associés à un éléphant sur des échasses. Le même chat tigré offrit pour modèle son pelage afin que des rhinocéros à rayures soient peints. 

 

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Sueño causado por el vuelo de una abeja alrededor de una granada un segundo antes del despertar (1944)
​​​​​​Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

 

Mais ce chat n’étant plus assez exotique, Dalí se proposa de poser lui-même pour des photos avec Babou, un ocelot domestiqué. Si Babou inspira l’artiste pour nombre de toiles, il fut aussi un compagnon particulièrement joueur qui déchirait les tissus des fauteuils et se pendait très souvent aux double-rideaux du salon.

 

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Salvador Dalí avec Babou, son ocelot domestiqué

 

Excentricités de l’artiste

L’artiste sortit un jour à Paris d’une bouche de métro avec un fourmilier en laisse. La photo suscita beaucoup de curiosité, les Parisiens se demandaient si Dalí vivait avec ce fourmilier ? Est-ce qu’il nourrissait cet étrange animal avec des fourmis ?

 

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Salvador Dalí avec un fourmilier

 

Le peintre a souvent représenté des fourmis, surtout dans les décompositions d’animaux comme la petite chauve-souris blessée qui était en train de mourir, couverte de fourmis frénétiques.

 

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La persistencia de la memoria (1931), MoMA, New York
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L’imaginaire de l’artiste

L’imagination de Dalí, riche en représentations animalières, associait des cygnes aux reflets d’éléphants, des girafes en feu ou dans un verre, un chien andalou dormant sous un épais manteau d’eau, des papillons qui servaient de voiles aux navires, des éléphants et des cerfs dont la tête était remplacée par une trompette, des chevaux aux côtes efflanquées et très souvent des pachydermes sur des échasses.

 

Cygnes reflétant des éléphants de Salvador Dali
Cisnes que se reflejan como elefantes (1937), Cavalieri Holding, Co., Inc., Genève

 

Confusion du rêve et de la réalité

Le homard est l’animal leitmotiv dans l'œuvre de l’artiste catalan. Si certains scientifiques assurent désormais que les homards peuvent être dépressifs et qu’ils ont une vraie vie intérieure, Dalí avant eux, avait compris que le homard est un crustacé aux “allures érotiques”.

Le peintre écrivait à ce sujet : “Comme les homards, les jeunes filles ont l’extérieur exquis, comme les homards, elles rougissent quand on veut les rendre comestibles”.

Dalí représente plusieurs homards, l’un sur une robe blanche de la créatrice de mode Elsa Schiaparelli, l’autre sur le combiné d’un téléphone dont il trouve le titre : “Le téléphone érotique”.

 

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Le téléphone érotique / Nasch92, CC BY 4.0

 

L’artiste et son double : l’animal

Les animaux ont été le double du peintre,  comme les êtres hybrides mythologiques moitié homme et moitié bête : les Centaures, le Minotaure, les Gorgones. À l’instar de Circé, l’artiste transforme les êtres à volonté d’un coup de pinceau !

Dali avait fait installer un sol en verre dans son atelier, il s’en servit beaucoup pour étudier les raccourcis vus d’en haut ou d’en bas, pour incorporer les personnages humains et les animaux et créer ainsi sa propre mythologie.

Sans doute que les souvenirs de son enfance en Espagne ont contribué à projeter ses phobies dans ses toiles - comme les sauterelles que ses camarades de classe lui lançaient au visage ou encore celle de la décomposition de son hérisson apprivoisé, envahi par une armée de vers qui soulevaient ses piquants. Comme il disait : “Les mouches sont les fées de la Méditerranée”.

Remarque insolite et humoristique mais toutefois très poétique !

 

Jill-Manon Bordellay

Jill-Manon Bordellay

Docteure en Philosophie, Littérature comparée et Psychologie, collaboratrice à l'Encyclopédie Universalis, elle a écrit plusieurs essais et nouvelles traitant de l'Art et de la relation entre les humains et les animaux.
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