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« Blocus » : des lycées français aux arrestations à Valence, ce que l'on sait

Trois arrestations près de Valence, des appels relayés sur TikTok et un nom venu des lycées français : que sait-on de « Blocus » en Espagne ?

Un agent de la Guardia Civil, chargée de l'enquête sur le mouvement « Blocus » en Espagne après l'arrestation d'un suspect à Picanya, près de Valence, le 30 octobre 2026.Un agent de la Guardia Civil, chargée de l'enquête sur le mouvement « Blocus » en Espagne après l'arrestation d'un suspect à Picanya, près de Valence, le 30 octobre 2026.
© Guardia Civil / La Guardia Civil a annoncé, vendredi 30 octobre 2026, l'arrestation à Picanya, près de Valence, du principal promoteur présumé du mouvement « Blocus » en Espagne.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 30 octobre 2026

Trois arrestations en trois jours dans la province de Valence, à la veille d'Halloween. Sous le nom de « Blocus », des comptes TikTok et des groupes de messagerie diffusent des appels à manifester, mais aussi des messages encourageant les pillages. Les policiers espagnols cherchent à identifier leurs animateurs et les liens éventuels entre ces différents groupes.

Le mot vient de France, où les lycéens l'emploient pour désigner le blocage de leur établissement. Repris sur les réseaux sociaux espagnols dans le sillage des manifestations de cet automne, il sert désormais de bannière à des revendications très diverses, parfois accompagnées d'appels à la violence. Mais qui se cache derrière ces comptes, et quel est leur véritable lien avec la France ?

 

À Valence, trois arrestations à l'approche d'Halloween

Mercredi 28 octobre, la Police nationale arrête à Valence un adolescent de 17 ans, soupçonné d'avoir créé deux groupes de messagerie baptisés « Blocus Vlc ». Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, ces canaux appelaient à piller des commerces du centre-ville le samedi 31 octobre. L'un comptait plus de 400 membres.

Les enquêteurs soupçonnent également l'adolescent d'avoir diffusé des consignes et encouragé la préparation d'incendies destinés à détourner l'attention des policiers. Le parquet des mineurs a ordonné son placement provisoire dans un centre spécialisé. Les deux groupes ont été fermés.

Vendredi 30 octobre, un jeune de 18 ans est à son tour interpellé à Alfafar, au sud de Valence. Selon la Police nationale, il participait aux mêmes canaux et aurait encouragé l'utilisation d'engins incendiaires lors des pillages annoncés.

Le même jour, la Guardia Civil annonce une troisième arrestation, à Picanya. Le suspect est présenté comme le principal promoteur présumé de « Blocus » en Espagne. D'après les enquêteurs, il administrait des groupes Telegram et se revendiquait responsable du mouvement sur les réseaux sociaux. Cette dernière interpellation relève toutefois d'une enquête distincte. Et le fait qu'un suspect se présente comme fondateur de « Blocus » ne signifie pas qu'il dirige tous les comptes utilisant ce nom dans le pays.

Les trois personnes sont soupçonnées de différents délits, notamment liés à la préparation de troubles à l'ordre public ou à des atteintes aux biens. Elles demeurent présumées innocentes.

 

À Barcelone, 130 interpellations après les violences du 24 octobre

L'affaire avait pris une dimension nationale quelques jours plus tôt, à Barcelone. Samedi 24 octobre, une mobilisation relayée sur TikTok rassemble plusieurs centaines de jeunes dans le centre de la capitale catalane. Des affrontements éclatent avec les Mossos d'Esquadra, la police régionale. Des commerces sont pillés, du mobilier urbain dégradé et des incendies allumés.

Selon le bilan communiqué par les Mossos le 26 octobre, 130 personnes ont été interpellées, dont 76 mineurs. Une trentaine de commerces ont subi des dégradations ou des pillages. Les enquêteurs cherchent depuis à identifier les auteurs des appels et à déterminer dans quelle mesure les violences avaient été préparées.

D'autres arrestations ont suivi en Catalogne. Jeudi 29 octobre, un adolescent de 16 ans a été interpellé à Bellmunt d'Urgell, dans la province de Lleida, soupçonné d'avoir administré des canaux appelant à des dégradations. Un autre mineur, âgé de 17 ans, a été arrêté à Sant Sadurní d'Anoia, près de Barcelone, pour son rôle présumé dans des groupes de messagerie liés aux violences du 24 octobre.

Ces investigations documentent des appels à la violence dans plusieurs villes, sans établir pour autant que tous les groupes concernés obéissaient à une même direction.

 

« Blocus » : un mot des lycées français repris en Espagne

En France, un blocus désigne notamment le blocage d'un établissement par des lycéens pour protester contre une réforme ou une décision politique. Le terme a été largement repris lors des mobilisations étudiantes de l'automne 2026. Dans leur sillage, des comptes TikTok espagnols se sont emparés du mot et de certains codes visuels des manifestations françaises.

Dès le 23 octobre, une enquête de Newtral identifiait plus d'une vingtaine de profils TikTok appelant les jeunes à se rassembler à Madrid, Barcelone, Valence, Alicante ou Bilbao. Certains incitaient leurs abonnés à porter des vêtements sombres et à dissimuler leur visage. D'autres appelaient explicitement à dégrader des commerces.

Les revendications variaient d'un compte à l'autre. Selon EFE Verifica, elles allaient de la défense de l'enseignement public à la dénonciation du coût de la vie, de la corruption ou du gouvernement. Certains profils affichaient aussi des positions hostiles à l'immigration. D'autres ne formulaient aucune revendication et appelaient directement à la violence.

L'inspiration française est donc documentée dans les mots, les images et les modes de mobilisation. Rien ne permet, en revanche, d'affirmer que les groupes espagnols sont dirigés depuis la France.

 

De TikTok à Telegram, comment les appels se propagent

Les enquêtes de Newtral, Maldita.es et RTVE décrivent un fonctionnement récurrent. Sur TikTok, des comptes diffusent des vidéos et des appels à manifester, accompagnés parfois de liens ou de codes QR renvoyant vers des groupes Telegram ou WhatsApp. Les discussions se poursuivent alors à l'écart des publications publiques.

Dans son enquête du 26 octobre, Maldita.es indique avoir repéré au moins dix comptes créés ou renommés entre les 18 et 20 octobre. Plusieurs partageaient des affiches similaires, se suivaient mutuellement ou relayaient leurs publications. Des indices d'une possible coordination, sans qu'un organisateur commun ait pu être identifié.

Les journalistes de Maldita.es ont également accédé à un groupe Telegram consacré au rassemblement annoncé à Barcelone le 31 octobre. Plus de 1 000 utilisateurs y étaient inscrits. Certains messages appelaient ouvertement à piller des commerces et à s'en prendre aux forces de l'ordre.

Tous les participants ne partageaient pourtant pas ces intentions. Plusieurs défendaient une manifestation pacifique et contestaient les appels aux vols. Appartenir à un groupe de messagerie ne signifie pas approuver les propos qui y circulent.

Dans un article publié le 29 octobre, The Objective affirme avoir consulté d'autres conversations encourageant de nouvelles violences à Barcelone. Ces enquêtes montrent comment les réseaux sociaux diffusent les convocations, tandis que les messageries permettent de préparer d'éventuelles actions. Mais elles ne permettent pas d'assimiler l'ensemble des comptes et de leurs membres à une même organisation criminelle.

 

Golden Owl : des traces de « Blocus » dans 18 localités espagnoles

Le phénomène dépasse Barcelone et Valence. Dans un rapport publié le 26 octobre, Golden Owl, une société spécialisée dans le renseignement en sources ouvertes et implantée dans la province d'Alicante, en retrace la diffusion à travers l'Espagne. Cette méthode, appelée OSINT (Open Source Intelligence), consiste à analyser des informations accessibles sur Internet : publications, profils, images ou messages.

Golden Owl affirme avoir examiné plus de 10.000 éléments numériques sur sept plateformes, dont 18 affiches de mobilisation. Ses analystes relèvent des indices d'activité dans 18 localités réparties entre 11 communautés autonomes. Pour 13 d'entre elles, ils ont retrouvé des appels comportant une date.

La cartographie mentionne notamment Madrid, Barcelone, Valence, Bilbao, Saragosse, Séville, Málaga, Santander et La Corogne. Ailleurs, les traces se limitent parfois à des comptes locaux dont l'activité reste difficile à établir. Un compte « Blocus » associé à une ville ne prouve ni l'existence d'un groupe organisé sur place ni la préparation de violences. Le rapport distingue d'ailleurs plusieurs niveaux de fiabilité.

Golden Owl a aussi suivi un groupe Telegram barcelonais. Selon ses relevés des 25 et 26 octobre, celui-ci est passé d'environ 690 à 1 376 membres en une vingtaine d'heures. Après la divulgation de certains échanges, les administrateurs auraient effacé une partie de l'historique et remplacé des messages explicites par des allusions ironiques à des activités pacifiques, comme le yoga. Ces observations suggèrent des tentatives de rendre les conversations moins accessibles, sans permettre d'identifier avec certitude les personnes derrière les comptes.

 

Une organisation nationale ou des groupes qui s'imitent ?

Dans son analyse, Golden Owl distingue les comptes qui organisent des actions ou appellent à la violence, ceux qui relaient ces messages, les profils « Blocus » dont les contenus sont devenus inaccessibles et ceux qui glorifient les violences sans nécessairement participer à leur organisation. Certains comptes évoquant des représailles sont même explicitement exclus du réseau étudié.

Cette classification rappelle une limite essentielle : des connexions entre comptes ne prouvent pas l'existence d'une direction commune.

La piste d'une ingérence étrangère reste elle aussi sans confirmation. Selon des informations policières rapportées par The Objective le 29 octobre, les Mossos d'Esquadra n'avaient pas établi de direction étrangère derrière les violences de Barcelone. Les références aux manifestations françaises témoignent donc d'une circulation internationale des mots d'ordre, pas en l'état d'une coordination entre leurs auteurs.

Autre distinction importante : appeler à manifester n'est pas appeler à commettre des délits. Une revendication étudiante, même diffusée sous le nom de « Blocus », ne peut être automatiquement assimilée à la préparation de pillages.

 

Halloween, prochaine date sous surveillance en Espagne

De nouveaux rassemblements sont annoncés pour samedi 31 octobre, notamment à Barcelone et à Valence. Des appels ont aussi circulé à Madrid, où certains comptes ont ensuite annoncé l'annulation de leur mobilisation. Golden Owl relève d'autres dates, notamment les 2 et 30 novembre. Il s'agit toutefois de convocations diffusées en ligne, sans garantie que les rassemblements se tiennent.

À la veille d'Halloween, les forces de sécurité poursuivent leurs investigations. Plusieurs personnes soupçonnées d'avoir encouragé ou préparé des violences ont été interpellées cette semaine.

L'existence d'un mouvement national unifié, et plus encore d'une organisation dirigée depuis la France ou un autre pays, n'est pas établie. Sous le même nom circulent des revendications étudiantes, des appels à manifester et des incitations à la violence. Reste à déterminer quels liens unissent réellement leurs auteurs.

 

Sources et méthodologie

Cet article s'appuie en priorité sur les communiqués officiels du ministère espagnol de l'Intérieur concernant les arrestations à Valence et à Alfafar, ainsi que sur le communiqué de la Guardia Civil relatif à Picanya. Le bilan des violences du 24 octobre à Barcelone provient des chiffres des Mossos d'Esquadra publiés le 26 octobre et relayés par Europa Press. La diffusion des appels a été étudiée à partir des enquêtes de Newtral, Maldita.es, EFE Verifica et VerificaRTVE, ainsi que des informations publiées par The Objective le 29 octobre. Les données géographiques et numériques proviennent du rapport Golden Owl du 26 octobre 2026, une analyse de sources ouvertes qui distingue plusieurs niveaux de fiabilité et ne constitue pas une enquête judiciaire. Les procédures sont en cours et les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d'innocence. Les convocations en ligne ne préjugent ni de la tenue effective des rassemblements ni de leur déroulement.

Informations arrêtées au vendredi 30 octobre 2026, en début d'après-midi (heure espagnole).

 

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